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Hussein nargue Bush

Le régime ne s'effondre pas de lui-même, comme l'espérait la coalition américano-britannique. Premiers raids contre la Garde républicaine près de Bagdad

Brian Myles   25 mars 2003 
Des Irakiens manifestent leur joie près d’un hélicoptère américain capturé hier à Karbala, au sud-ouest de Bagdad.
Photo : Agence Reuters
Des Irakiens manifestent leur joie près d’un hélicoptère américain capturé hier à Karbala, au sud-ouest de Bagdad.
Le régime de Saddam Hussein ne s'est pas effondré de lui-même contrairement aux prévisions optimistes de la coalition américano-britannique. Le dictateur, qui semble toujours vivant et aux commandes de son armée, a appelé hier ses troupes à frapper l'ennemi «avec force et précision», prédisant même que «la victoire est proche», alors que se profilent la bataille pour la prise de Bagdad et les premières confrontations avec la Garde républicaine irakienne.

Les forces de la coalition se trouvaient hier à moins de 100 km de la capitale, toujours soumise à des bombardements intenses et continus qui visaient surtout le centre-ville et la banlieue sud, où se trouve l'aéroport international.

De trente à quarante hélicoptères d'attaque Apache AH-64 sont entrés en action pour la première fois en tirant sur les soldats de la division Médina de la Garde républicaine, qui défendent les alentours de la capitale. Les hélicoptères n'ont pas réussi à détruire les positions irakiennes, essuyant tous des dommages au grand désarroi des généraux américains, affirme le New York Times. Mais, selon le Pentagone, l'opération constitue «un grand succès» affaiblissant «significativement» la Garde républicaine.

Un paysan dit «héroïque» a abattu un hélicoptère Apache «avec son fusil», selon la télévision irakienne, qui a montré les images des deux pilotes capturés près de Karbala (80 km au sud de Bagdad), en indiquant qu'ils seraient traités «conformément à la Convention de Genève».

L'étau se resserre malgré tout sur l'Irak, le général Tommy Franks faisant état de progrès «rapides et parfois spectaculaires» au cinquième jour de la guerre.

Les Américains s'activent dans le nord du pays en menant des raids aériens contre plusieurs positions irakiennes sur le long de la zone séparant la ville de Kirkouk de Chamchamal (Kurdistan) de même qu'à Moussoul (390 km au nord de Bagdad). Des membres des forces spéciales ont atterri dans la nuit de dimanche à hier au Kurdistan, et elles devraient se joindre sous peu à une offensive concertée avec les Kurdes.

Les États-Unis ont établi un Commandement de liaison et de coordination militaire dont la mission est de superviser militaires et humanitaires opérant dans le sud-est de la Turquie et dans le nord de l'Irak. Les Américains veulent aussi empêcher tout conflit entre Kurdes et Turcs car les intentions d'Ankara dans le Kurdistan demeurent aussi floues que menaçantes.

Six navires de guerre américains, transportant du matériel militaire, empruntent par ailleurs le canal de Suez pour rejoindre l'armada massée dans le Golfe étant donné que la Turquie a refusé d'ouvrir son territoire aux militaires américains.

Dangers sur le front sud

Sur le front sud, après des bombardements sur Bassorah (500 km au sud-est de Bagdad), les forces américaines ont lancé hier après-midi une nouvelle attaque sur Nassiriah (350 km au sud-est de Bagdad) où elles se heurtent depuis le week-end à une forte résistance irakienne.

Une douzaine de Marines sont portés disparus et une dizaine sont morts dimanche après être tombés dans une embuscade. Citant des sources militaires, le New York Times a levé le voile sur une partie de l'incident. Un convoi de ravitaillement de 15 véhicules a pris la mauvaise direction à la sortie de l'autoroute.

Les Américains ont tenté de faire demi-tour lorsqu'ils ont réalisé leur erreur à la périphérie de Nassiriah, mais deux autobus bloquaient déjà leur retraite. Deux tanks et des combattants fedayin ont lancé l'attaque.

Le général Franks a minimisé les revers enregistrés ces derniers jours, qualifiant la résistance rencontrée sur le terrain de «sporadique» et attendue. Selon les Irakiens, 25 soldats américains et britanniques ont trouvé la mort à Nassiriah. Les États-Unis revendiquent pour leur part 3000 prisonniers irakiens.

La deuxième attaque contre Nassiriah a commencé hier avec des bombardements intenses, après qu'une colonne de chars Abrams et deux colonnes de chars d'assaut amphibies eurent pris position autour de la ville, a constaté un correspondant de l'AFP. Six membres du Parti Baas ont été tués dans ces combats alors qu'ils pourchassaient les troupes américaines et britanniques, a rapporté la télévision irakienne.

L'armée américaine affirme avoir pris le contrôle de points de passage sur l'Euphrate plus au nord, à côté de Nadjaf (160 km au sud de Bagdad), mais non sans peine. Un soldat américain a été tué par balles et ses camarades lancés à la recherche de l'assaillant ont tué deux Irakiens en plus d'en capturer d'autres.

Le port d'Oumm Kasr, fenêtre stratégique sur le golfe Persique, est enfin animé par une résistance acharnée.

Les principales formations terrestres poursuivent leur marche vers Bagdad, en contournant volontairement les unités irakiennes. Le «but essentiel» de l'offensive est d'atteindre Bagdad «le plus vite possible», a souligné le premier ministre britannique Tony Blair.

Le rédacteur en chef de la revue Jane's World Armies, Charles Heyman, a exprimé des réserves sur cette tactique. À mesure que la coalition progresse vers Bagdad, elle prend le risque de se couper de ses bases situées plus au sud de l'Irak. Le soldats pourraient se faire couper leurs lignes de ravitaillement par des poches de résistance dissimulées derrière la ligne de front. Ces routes constituent le nerf de la guerre. Si elles sont coupées, les troupes les plus en avant risquent de manquer de carburant et de munitions très rapidement, craint ce spécialiste des questions militaires. «Ils ont progressé très très vite et ces lignes de ravitaillement sont certainement étirées», a expliqué M. Heyman à Reuters.

Cette stratégie du «plus vite possible» pourrait coûter cher, a renchéri le colonel Christopher Langton, de l'Institut international des études stratégiques. «Je crois qu'ils sont devenus très vulnérables. Il n'y a pas assez de protection. [...] Il leur faudra se consolider avant de commencer à s'occuper de Bagdad, a-t-il dit à Reuters. Car les rues de Bagdad pourraient les contraindre au pire des scénarios: une guérilla urbaine.»

Saddam Hussein garde la forme

À quelques heures de l'attaque terrestre contre Bagdad, Saddam Hussein s'est montré en apparente bonne forme dans une adresse aux forces armées et au peuple d'une bonne vingtaine de minutes diffusée à la télévision d'État. Dans un discours nationaliste et religieux, il a invité les Irakiens à «oeuvrer pour que le conflit soit long et lourd en conséquences» pour les soldats américains et britanniques. «Plus ils progressent en territoire irakien, plus ils s'enfoncent dans l'impasse. [...] Dieu les a humiliés et les humiliera davantage», a-t-il lancé sur un ton monocorde, monotone et aigre.

Saddam Hussein semblait au fait du déploiement de son armée puisqu'il a félicité la 11e division d'infanterie et notamment la 45e brigade qui se bat dans le port d'Oumm Kasr.

Le leader irakien «a le contrôle total de ses forces armées, de son peuple et du parti Baas», a proclamé son vice-premier ministre, Tarek Aziz, hier soir lors d'une conférence de presse. M. Aziz, qui était lui même donné pour mort ou en fuite, a assuré que tous les dirigeants irakiens étaient sains et saufs et «en bonne santé». «La direction irakienne n'a pas été décapitée», a-t-il martelé dans une allusion au raid initial dirigé contre le pouvoir irakien.

Avec Agence France-Presse, Reuters, Libération, le New York Times et la BBC.
Des Irakiens manifestent leur joie près d’un hélicoptère américain capturé hier à Karbala, au sud-ouest de Bagdad. Un jeune garçon de Bagdad appuie son oreille contre une radio afin d’écouter le président irakien Saddam Hussein.
 
 
 
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