La guerre des ondes
Paule Des Rivières
25 mars 2003
Entre les défilés de chars américains et les lumineuses explosions chirurgicales sur Bagdad, les images de prisonniers terrifiés ont outré les dirigeants américains, qui se sont ainsi rendu compte que le contrôle de l'information leur échappait. En effet, l'arrivée dans le décor de trois télévisions arabes, à commencer par la chaîne Al-Jazira, apporte une dimension nouvelle à la bataille des ondes, notamment par rapport à la guerre du Golfe de 1991. À cette époque, les journalistes sur le terrain étaient peu nombreux et les informations, distillées au compte-gouttes. Les morts franchissaient rarement le seuil du petit écran. Dans nos salons, cette guerre ressemblait à un jeu vidéo. Rien de tel aujourd'hui. La guerre ayant été annoncée cent fois plutôt qu'une, des milliers de journalistes ont eu le temps de se déployer dans les différents points chauds de la région, souvent sous l'oeil vigilant du Pentagone.
Mais, au ton quasi euphorique des trois premiers jours de cette guerre, a succédé, dimanche, un sentiment d'inquiétude exacerbé par la diffusion des images des dépouilles de soldats américains. La majorité des télévisions américaines ont accepté, à la demande du Pentagone, de ne pas diffuser ces images. N'empêche. Elles ont fait le tour du reste du monde. Et c'est un Donald Rumsfeld indigné, en appelant à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre, qui est apparu à la télévision en commentant lesdites images. Leur diffusion confirme, si besoin était, le peu de cas que fait l'Irak des règles internationales. Mais les médias américains ont eux-mêmes diffusé vendredi des images de prisonniers irakiens, sans que personne ne s'émeuve très fort. Notons aussi que Washington était beaucoup moins chatouilleux sur les articles-clés de la Convention de Genève lorsqu'il s'est agi du traitement des prisonniers faits au cours de l'intervention en Afghanistan il y a un an et demi.
Mais surtout, les images de prisonniers ne sont pas venues seules. Elles se sont additionnées à des scènes qui ne laissaient aucun doute sur les difficultés rencontrées dimanche dans les combats. Les informations touchant les bavures ayant causé la mort de soldats alliés, mais surtout celles démontrant la résistance des troupes irakiennes à des postes-clés, l'ont confirmé: la guerre contre l'Irak ne sera ni courte, ni facile. Le président Bush tente désormais de préparer les Américains à un conflit long et dur. Il n'a guère le choix: il est clair, désormais, que les images du camp «ennemi» ne se limiteront pas à de gros plans sur Saddam Hussein.
En invitant 600 journalistes à s'insérer dans des unités terrestres, sur des navires ou sur des bases aériennes, Washington a opéré un virage à 180 degrés par rapport à l'intervention en Afghanistan, alors que les reporters étaient tenus loin des combats. Mais si le gouvernement américain espérait ainsi contrôler la diffusion d'images, il se leurrait. Remarquez que, du côté irakien, le régime en place exerce un contrôle quasi total sur l'information. Mais dans le cas irakien, on ne s'attend pas à autre chose.
pdesrivieres@ledevoir.ca
Mais, au ton quasi euphorique des trois premiers jours de cette guerre, a succédé, dimanche, un sentiment d'inquiétude exacerbé par la diffusion des images des dépouilles de soldats américains. La majorité des télévisions américaines ont accepté, à la demande du Pentagone, de ne pas diffuser ces images. N'empêche. Elles ont fait le tour du reste du monde. Et c'est un Donald Rumsfeld indigné, en appelant à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre, qui est apparu à la télévision en commentant lesdites images. Leur diffusion confirme, si besoin était, le peu de cas que fait l'Irak des règles internationales. Mais les médias américains ont eux-mêmes diffusé vendredi des images de prisonniers irakiens, sans que personne ne s'émeuve très fort. Notons aussi que Washington était beaucoup moins chatouilleux sur les articles-clés de la Convention de Genève lorsqu'il s'est agi du traitement des prisonniers faits au cours de l'intervention en Afghanistan il y a un an et demi.
Mais surtout, les images de prisonniers ne sont pas venues seules. Elles se sont additionnées à des scènes qui ne laissaient aucun doute sur les difficultés rencontrées dimanche dans les combats. Les informations touchant les bavures ayant causé la mort de soldats alliés, mais surtout celles démontrant la résistance des troupes irakiennes à des postes-clés, l'ont confirmé: la guerre contre l'Irak ne sera ni courte, ni facile. Le président Bush tente désormais de préparer les Américains à un conflit long et dur. Il n'a guère le choix: il est clair, désormais, que les images du camp «ennemi» ne se limiteront pas à de gros plans sur Saddam Hussein.
En invitant 600 journalistes à s'insérer dans des unités terrestres, sur des navires ou sur des bases aériennes, Washington a opéré un virage à 180 degrés par rapport à l'intervention en Afghanistan, alors que les reporters étaient tenus loin des combats. Mais si le gouvernement américain espérait ainsi contrôler la diffusion d'images, il se leurrait. Remarquez que, du côté irakien, le régime en place exerce un contrôle quasi total sur l'information. Mais dans le cas irakien, on ne s'attend pas à autre chose.
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