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Questions d'image - Un slogan pas catholique

Jean-Jacques Stréliski   16 mars 2009 
Cela devait provoquer les passions, constituer le débat de l'heure, couvrir la une des gazettes et faire trembler mosquées, synagogues et cathédrales. Une campagne née en Angleterre et affichée dans plusieurs pays européens veut redorer le blason des athées et des agnostiques. La chose, en vérité, n'a pas produit beaucoup plus d'effet qu'un pet de lapin.

Timidement étalé sur le flanc de quelques bus montréalais (cherchez-les), un slogan que l'on penserait sortir tout droit du grand livre des incertitudes proclame: Dieu n'existe probablement pas. Ni affirmé ni innocent, ce slogan contient pourtant tout ce qu'il faut de provocation pour déclencher l'ire des croyants et fort peu de quoi concerner les athées. À tout le moins, vient-il attirer, et l'on sent bien que c'est l'objectif, le regard de ceux qui pensent que la liberté d'expression passe aussi par l'affirmation de la non-croyance religieuse dans une époque où les religions ont, il est vrai, tendance à occuper dans l'actualité une place prédominante. Mais pour quoi faire? diront certains, non sans justesse. Le jour de la sortie, quelques tribunes et journaux ont bien tenté d'y faire écho, mais en vain, on a d'autres casseroles sur le feu par les temps qui courent.

Le moment, il faut bien le dire, n'était pas non plus particulièrement choisi. Mais la chance non plus n'était pas au rendez-vous. Rien que la semaine dernière, la conférence attendue d'Henri-Paul Rousseau et surtout le congédiement de Guy Carbonneau ont totalement éclipsé «l'événement». Force est donc de constater qu'aujourd'hui «personne n'en parle plus».

Je le répète, le geste n'est pas sans valeur. Au contraire, la nécessité d'un tel débat me paraît démocratiquement fort valable. Mais je ne peux m'empêcher de penser que si la mayonnaise n'a pas réellement pris, c'est que non seulement les moyens et le momentum de communication ne sont pas adéquats, mais que personne n'est véritablement désireux, un an après les «accommodements raisonnables», que reprenne sur le même thème une polémique très similaire, alors que bien des blessures ne sont pas tout à fait cicatrisées.

Le communicateur en moi est donc perplexe. En effet, même si cette campagne d'un style particulier respecte des règles simples d'interpellation, je ne vois pas comment elle accomplira tout ce qu'elle semble vouloir accomplir. Sur le plan de sa forme, on comprend qu'elle veut exploiter la construction ambiguë de son slogan. Ce «probablement» non anodin vise à nuancer une affirmation qui, sans cela, aurait pris de véritables allures nietzschéennes. Ce que l'on a voulu manifestement éviter. Pourquoi? Ou alors, comme l'a justifié l'un de ses responsables sur une tribune radiophonique, et je le cite: «Parce que, finalement, on n'a ni la preuve de l'existence de Dieu ni celle de sa non-existence!» Bizarre. Tout ça est un peu amateur. Les auteurs de cette opération me font penser à une bande de garnements faisant exploser des pétards devant le parvis des églises avant de s'enfuir en courant, poursuivis par un bedeau courroucé.

Mais si le communicateur que je suis est perplexe, l'athée l'est encore davantage. Et c'est bien là que le bât blesse. Que cherche-t-on à me faire dire, à me faire penser? À quel nouveau dogme veut-on me faire adhérer? À quelle tribu veut-on que j'appartienne? Moi qui ne me reconnais pas dans la chapelle des autres, pourquoi irais-je me réfugier dans une autre spécialement créée pour moi? Je vis intimement, en mon âme et conscience, une existence areligieuse. J'ai fait miennes des valeurs humaines très proches de la spiritualité. Mon objectif personnel ne m'amène pas à lutter pour convaincre les croyants qu'ils sont dans l'erreur. Quel que soit le Dieu qui les inspire, je les respecte. Être athée n'implique pas que l'on soit privé de vie intérieure que je sache. Ou que l'on ne s'intéresse pas, ne serait-ce que culturellement, à l'histoire des religions. La majorité des athées que je fréquente sont loin d'être faits du même moule. Mais, dans l'ensemble, leur quotidien ne consiste pas à nier l'existence du Dieu des autres. Ils n'y croient pas, c'est tout.

Je ne suis pas sot, je sais bien que cette campagne veut remettre la balle au centre et crier au monde, de sa petite voix fluette: «Vous les religions, on vous a assez vues, tassez-vous, nous autres aussi on a le droit d'exister!» Par une petite dizaine de flancs d'autobus?

Franchement, s'Il existe, Dieu en a probablement vu d'autres.

***

Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.






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Vos réactions

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  • Georges Paquet
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 04h51
    Les contradictions de M. Stéliski.
    « Comment quelqu'un qui se dit athé peut-il en toute logique conclure son texte en écrivant "si Dieu existe..."

    Comment peut-il aussi reprocher à ceux qui ont conçue cette publicité d'être trop fluettes dans leur convictions et de ne pas prendre position en utilisant l'adverbe "probablement" dans leur publicité qui dit que Dieu n'existe probablement pas, alors...

    M. Stéliski, un athé qui s'affiche, vient de dire exactement la même chose. »

  • Robert Henri
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 08h19
    Il existe!
    « Je viens de recevoir un courriel: «Nietzsche est mort!» C'est signé Dieu

    Qu'on se le tienne pour dit. Ce n'est pas prêt de changer. »

  • Marilyne Dion
    Abonnée
    lundi 16 mars 2009 11h28
    Bien vu!
    « Article qui, selon moi, est très pertinent. À mon avis, il est vrai que ce n'est pas parce que l'on est athée (l'étant moi-même) que l'on critiques les croyants d'autres religions. Encore une fois, n'y aurait-il pas présence d'un sujet hautement épidermique, afin de susciter maintes réactions question de produire un autre débat? Laissons les Dieux de côté et misons davantage sur le respect des autres et de leurs croyance. Enfin, une publicité qui, selon moi, n'a rien de solide et qui choque plus qu'autre chose. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 12h19
    Un peu court, en effet
    « Je partage votre malaise, monsieur Stréliski, et trouve cette campagne malhabile, sinon insignifiante devant une question si grave: comment remplacer Dieu dans nos vies et être à l'aise devant tant de souffrances autour de nous, avec la mort au bout? Pourquoi la vie alors?

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Yvan Bélanger
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 12h20
    Le dogmatisme
    « À mon avis, c'est le dogmatisme qu'il faut abolir. Si la publicité mentionnée pouvait amené les gens à reconnaître que chacun a le droit à sa croyance dans sa démarche spirituelle et que personne ne possède la vérité absolue, alors on pourrait se respecter et facilement "s'accomoder raisonnablement".

    Yvan Bélanger »

  • Yvan Bélanger
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 12h20
    Le dogmatisme
    « À mon avis, c'est le dogmatisme qu'il faut abolir. Si la publicité mentionnée pouvait amené les gens à reconnaître que chacun a le droit à sa croyance dans sa démarche spirituelle et que personne ne possède la vérité absolue, alors on pourrait se respecter et facilement "s'accomoder raisonnablement".

    Yvan Bélanger »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 12h34
    La nouvelle religion du Nouveau Monde
    « Si cette campagne ridicule s'est transformée en pétard mouillé, c'est qu'elle ne s'attaquait pas aux nouveaux mythes modernes.

    Ce message, "Dieu n'existe probablement pas", cent ans après Nietzsche, n'a rien d'un brassage des consciences ou d'une défiance aux limites de la liberté d'expression.

    "L'Holocauste n'a probablement pas eu lieu"

    Voilà le mythe, le dogme, le culte moderne dont il est interdit par la nouvelle inquisition de nier l'absolu.

    Ça, sur un autobus, vous mènne au bûcher. »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 12h37
    La religion du Nouveau Monde
    « Si cette campagne ridicule s'est transformée en pétard mouillé, c'est qu'elle ne s'attaquait pas aux nouveaux mythes modernes.

    Ce message, "Dieu n'existe probablement pas", cent ans après Nietzsche, n'a rien d'un brassage des consciences ou d'une défiance aux limites de la liberté d'expression.

    "L'Holocauste n'a probablement pas eu lieu"

    Voilà le mythe, le dogme, le culte moderne dont il est interdit par la nouvelle inquisition de nier l'absolu.

    Ça, sur un autobus, vous mènne au bûcher. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 14h52
    Ça pas Zach
    « L'existence ou pas de Dieu n'est pas un événement comme l'extermination des juifs en 39-45, monsieur Gebello. L'on peut croire ou non à l'existence d'un Dieu mais nous ne pouvons nier les atrocités nazi documentés et il suffit de faire un voyage en Europe pour voir l'existence de ces camps de la mort.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Albert Descôteaux
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 15h02
    Le courage de ses convictions
    « À voir l'émoi que sème l'affichage d'un slogan timide sur quelques autobus de Montréal, il est clair que nous, les athées, avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour que nos croyances et opinions soient respectées. Si je ne passe pas mon temps à nier l'existence des divinités des autres, je prends chaque occasion qui se présente pour exprimer mes croyances sur la non-existence de ces divinités et pour mettre en évidence les mensonges sur lesquels sont basés les religions. »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 19h00
    @M. l'Heureux
    « La documentation et les témoignages de la résurrection du Christ sont aussi nombreux que l'Holocauste, M. l'Heureux. Je peux même aller faire un voyage à Jérusalem pour y voir le lieu de sa crucifiction. Pourtant, on n'emprisonne plus ceux qui n'y croient pas.

    Qu'on ne retrouve pas les restes de Jésus est compréhensible, mais qu'on ne puisse trouver ceux de 6 millions de victimes il y a 60 ans seulement...

    Franchement, je trouve plus facile de croire possible l'existence historique de Jésus. »

  • Jean Ouellette
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 19h29
    Un pet de lapin vous dites?
    « Pourtant la vague médiatique n'arrête pas de déferler. On en entend parler partout. Votre propre journal en a fait mention plusieurs fois. Nommez-moi un média qui n'en a pas parlé. Vous avez déjà vu un tel effet à partir de quelques annonces sur les autobus? Mauvaises foi ou ignorance de votre part, j'hésite entre les deux. »

  • Dany Leblanc
    Abonné
    lundi 16 mars 2009 19h58
    Je suis membre de l'Association des Humanistes du Québec
    « Le slogan qu'a choisi l'association des Humanistes du Québec «Dieu n'existe probablement pas. Alors, cessez de vous inquiéter et profitez de la vie.» et une traduction de celui des Humanistes de la Grande-Bretagne. Il était en réaction à la campagne publicitaire d'une organisation évangélique. Elle disait que ceux qui rejettent Dieu seraient condamnés à souffrir en enfer pour l'éternité.

    Ce slogan colle mieux à la réalité britannique que Québécoise. Il nous dit de ne pas s'inquiéter de souffrir un jour en enfer car Dieu n'existe probablement pas.

    Évidemment, la réalité Québécoise est très différente. Plusieurs croyant nous reprochent que ce ne sont pas juste les athées qui profitent de la vie. C'est vrai qu'un croyant peu profiter de la vie, ce que le slogan ne contredit pas, malgré certaines contraintes qu'impose leur foi. Pour cette raison, j'aurais préféré un slogan plus adapté à la réalité québécoise.

    Pourquoi avons-nous utilisé le mot « probablement »?

    Ce n'était pas uniquement pour des raisons stratégiques mais parce que l'association inclut aussi des agnostiques.

    La campagne a-t-elle eu un impact médiatique?

    Pour le peu d'argent utilisé, elle répond au-delà de nos attentes. Le président Michel Virard et le membre Michel Pion ont été interviewés un peu partout dans les médias. L'Association des Humanistes du Québec était quasiment inconnue et maintenant, nous avons de nouveaux membres grâce à cette publicité.

    Je suis membre de cette association depuis quelques années. Pour moi, ce sont des gens avec qui nous pouvons partager nos préoccupations qui touchent de près ou de loin aux questions religieuses. Nous ne sommes pas des membres qui suivent aveuglément un gourou et son dogme, donc nous ne sommes pas une secte. Nous avons souvent des désaccords entre nous, dont le slogan de cette campagne. Nos membres ont beaucoup d'idées à communiquer. Ils sont souvent très cultivés et très instruits. Nous sommes très loin des discussions insignifiantes qu'on attend très souvent dans la population.


    En réaction à la lettre de Martin Généreux, «Dieu... existe».

    En tant qu'athée, je ne suis pas angoissé par la mort même si elle est triste en soi. Je refuse d'inventer une vie après la mort parce que justement je ne suis pas angoissé. C'est vrai pour moi mais aussi pour la plupart des athées. »

  • Michel Virard
    Inscrit
    lundi 16 mars 2009 21h42
    Permettez moi quelques précisions
    « Je suis l'actuel président de l'Association humaniste du Québec, et donc, à ce titre, responsable de cette campagne des "autobus athées" à Montréal. Deux questions pour M.Stéliski, qui, je n'en doute pas est un expert alors que nous ne sommes que des amateurs:

    1-comment fait-il pour avoir une effet de 100 000$ avec un budget de moins de 5000$ ? (nous avons obtenu plus de 25 entrevues avec les médias en l'espace d'une semaine, toutes les télés, plusieurs radios, beaucoup de journaux ... mais, curieusement, pas le Devoir)

    2-comment prévoit-il les évènements médiatiques concurrents avec un mois d'avance (le temps requis pour préparer une campagne d'affichage) ?

    La réalité est que nous avons parfaitement atteint nos objectifs qui étaient, après tout, relativement modestes: montrer que nous existons et recruter des membres. Nos résultats à ce jour se comparent aux résultats des campagnes similaires ailleurs dans le monde et j'ai le plaisir de vous annoncer que nous avons amassé suffisamment de dons en deux semaines pour financer une extension de la campagne à l'extérieur de Montréal (psst: c'est un scoop :-) ). »

  • John Mokawi
    Inscrit
    mardi 17 mars 2009 01h42
    Il fallait bien essayer
    « Il y a une crainte grandissante chez certains athées et agnostiques, qui réalisent soudainement que l'augmentation de leur nombre n'est pas nécessairement écrit dans les étoiles, et qu'il serait peut-être temps de protéger leur foi et leur valeurs. C'est un peu le résultat des tensions avec le monde musulman, et du regain de pertinence que ça a semblé donner au christianisme sous le règne de Bush.

    Le pétard est mouillé, mais après tout, pour les gens qui craignent que la voix agnostique se perde dans le tumulte des guerres de religion, il était urgent de manifester son existence.

    @Claude L'heureux: c'est drôle, mes raisons pour être athée sont précisément celles que vous avez pour croire en Dieu. Quant à remplacer Dieu... j'avoue que ça demande de l'étude, mais pour ce genre de question, ça vaut la peine.

    @Robert Henri: Elle est bien bonne!

    @Paquet: Avez-vous déjà entendu parler du "second degré"? Et avez-vous remarqué qu'il est question d'efficacité du message? »

  • Hélène Dugal
    Inscrite
    jeudi 26 mars 2009 09h03
    Un peu enfantin, non ?
    « J'aime bien cette image amusante de l'article de M. Stéliski: «Tout ça est un peu amateur. Les auteurs de cette opération me font penser à une bande de garnements faisant exploser des pétards devant le parvis des églises avant de s'enfuir en courant, poursuivis par un bedeau courroucé.»
    Pour ma part, je ne vois pas l'intérêt de cette publicité qui m'apparaît bien simpliste. Loin de me choquer, elle me fait plutôt penser à ce qu'on disait déjà, il y a une cinquantaine d'années « Si Dieu n'existe pas, tout est permis. » Un peu enfantin, non ? »

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