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«La plus dure journée»

Une dizaine de soldats américains ont été tués dans le sud de l'Irak; cinq autres ont été faits prisonniers. La Coalition doit atteindre Bagdad demain

Brian Myles   24 mars 2003 
Ci-dessus, des soldats polonais neutralisent des combattants irakiens dans le port d’Oumm Kasr (sud).
Photo : Agence Reuters
Ci-dessus, des soldats polonais neutralisent des combattants irakiens dans le port d’Oumm Kasr (sud).
L'armée irakienne a démontré sa capacité de résistance, hier, lors de violents combats dans la région de Nassiriah qui se sont soldés par la capture d'au moins cinq soldats américains et la mort d'une dizaine d'entre eux; des entrevues de Marines hébétés diffusées par la chaîne Al-Jazira, en violation avec la Convention de Genève, ont suscité l'ire du président des États-Unis, George W. Bush, menaçant de poursuivre pour crimes de guerre ceux qui maltraiteraient les prisonniers. La coalition demeure optimiste et satisfaite du déroulement de «l'opération Liberté de l'Irak» et prévoit marcher sur Bagdad, soumise à un déluge de feu, dès demain.

Les principaux affrontements sont survenus dans le sud du pays, à Oumm Kasr, Nadjaf, Bassorah et Nassiriah, le commandement central avouant qu'il avait connu «la plus dure journée de combats» depuis le début de la guerre jeudi.

À Nassiriah (sud-est), les Marines sont tombés dans un piège tendu par des soldats irakiens qui ont fait semblant de se rendre en brandissant un drapeau blanc avant d'ouvrir le feu. D'autres militaires irakiens ont également déjoué la vigilance des G.I. en se faisant passer pour des civils. Les Marines ont accusé d'importantes pertes alors qu'ils essayaient de traverser des ponts sur l'Euphrate, a rapporté un journaliste de Reuters.

Le Pentagone a fait état d'un bilan officiel de «moins de dix morts» et «douze portés disparus», sans en préciser davantage. Selon un communiqué irakien, 25 soldats américains et britanniques ont trouvé la mort lors de ces combats.

Les chaînes de télévision du monde entier ont diffusé les images de cadavres américains ensanglantés et de cinq prisonniers de guerre obtenues par Al-Jazira auprès de la télé d'État irakienne. Certains soldats ont été tués de balles en plein front. Trois survivants ont déclaré venir du Texas, et les deux autres du New Jersey et du Kansas. «Je ne suis venu tuer personne. On m'a dit de tirer seulement si on me tirait dessus», a dit l'un de ces soldats qui tremblait et semblait hébété lorsque la télévision irakienne l'a interrogé. «Je suis les ordres», a déclaré un soldat texan pressé de questions sur l'objectif de sa mission.

Ces interviews violent la Convention de Genève, qui interdit à l'article 13 la diffusion d'images de prisonniers de guerre afin de les protéger contre les actes de violence, l'intimidation, les insultes et la curiosité publique.

Les chaînes de télé américaines ont fini par s'autocensurer à la suggestion du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, en refusant de montrer ces images dramatiques.

Le président américain, George W. Bush, a sommé Bagdad de traiter les prisonniers «avec humanité». «Sinon, ceux qui maltraitent les prisonniers seront traités comme des criminels de guerre», a-t-il déclaré.

M. Bush a rappelé que la chute de Saddam Hussein prendrait «un peu de temps» et que la coalition n'en était «qu'au début d'un rude conflit» dont l'issue ne fait aucun doute. Malgré les poches de résistance rencontrées ce week-end par la coalition, le dictateur irakien «est en train de perdre le contrôle de son pays», a assuré M. Bush.

La marche sur Bagdad

La tactique de la coalition consiste à se rendre à Bagdad le plus vite possible, quitte à éviter l'affrontement dans les villes du sud. Le Pentagone a annoncé samedi que les militaires contourneraient Nassiriah, un noeud ferroviaire et routier stratégique sur la route de Bagdad. Les troupes n'ont pas plus l'intention d'entrer à Bassorah, où les milices armées de fusils AK 47 et de lance-grenades présentent un risque permanent d'embuscade mortelle. Les troupes anglo-américaines maintiennent enfin le contrôle du port d'Oumm Kasr, bien que des combats à l'artillerie y fassent toujours rage en raison de la présence d'éléments de la Garde républicaine, rempart du régime de Saddam Hussein.

Les forces anglo-américaines se trouvaient hier à «100 ou 150 km» de la capitale, selon un correspondant de l'AFP, et elles frapperont à ses portes demain. L'armée irakienne a déplacé ses lance-missiles vers le nord de Bassorah pour accueillir les troupes en mouvement, rapportait hier le New York Times. Un général américain a par ailleurs fait état d'informations selon lesquelles des forces irakiennes dotées d'armes chimiques se trouveraient à proximité de la ville de Kout, à 170 km au sud-est de Bagdad.

«Nous leur avons permis de se promener dans le désert, mais toutes les villes résisteront», a promis le vice-président irakien, Taha Yassine Ramadan. Sept millions de militants armés du parti Baas dominant sont déployés sur tout le territoire irakien «pour combattre les hordes d'envahisseurs», a renchéri le ministre de l'Information irakien, Mohammad Saïd al-Sahhaf.

Bagdad est recouverte d'un nuage noir, résultat d'un déluge de bombes et des incendies allumés dans des tranchées remplies de pétrole afin de nuire à l'aviation. La capitale a essuyé les bombardements les plus violents depuis la frappe initiale de vendredi, d'énormes explosions secouant le centre-ville et le siège du Conseil des ministres, situé dans l'enceinte de l'imposant complexe du palais présidentiel. Seuls des sites militaires ou gouvernementaux étaient visés, a assuré Donald Rumsfeld. «La ville n'est pas en flammes, c'est le régime irakien qui est en flammes», a-t-il dit.

L'ouverture du front nord se précise. La coalition est venue prêter main-forte aux factions kurdes qui tentent d'éliminer Ansar Al Islam, un groupe soupçonné d'affiliation avec le réseau d'Oussama ben Laden. Environ 280 membres des forces spéciales sont arrivés par avion dans le Kurdistan irakien dans la nuit de samedi à dimanche; les grandes villes de Moussoul et Kirkouk ont enfin essuyé leurs premiers bombardements en prévision d'une offensive terrestre des combattants kurdes de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK).

La guerre n'est pas exempte de cafouillage du côté de la coalition anglo-américaine, qui a perdu son premier avion, un chasseur-bombardier biplace Tornado de la Royal Air Force, abattu par erreur par un missile Patriot américain dans la nuit de samedi à dimanche. Les deux membres de l'équipage sont morts, a confirmé le ministère britannique de la Défense.

Au Koweït, un sergent américain récemment converti à l'Islam s'est retourné contre son bataillon en lançant trois ou quatre grenades dans l'une des tentes du camp de la 101e division aéroportée. Un soldat a été tué et 12 autres blessés. L'auteur de ce fratricide, Asan Akhbar, éprouvait des problèmes disciplinaires. Il est présentement détenu.

Où est Saddam?

Choisissant de narguer Washington et Londres, Saddam est apparu une nouvelle fois hier sur les écrans de la télévision irakienne, souriant et détendu au milieu de hauts dirigeants de son régime. Mais pour Donald Rumsfeld, il est impossible de savoir si le dictateur est toujours aux commandes de son armée. S'appuyant sur des rapports des services de renseignement américain, M. Rumsfeld a affirmé que ces images «ont été enregistrées à l'avance au cas où il serait tué ou qu'il ne serait pas en mesure d'accéder à des moyens d'enregistrement».

À Londres, le Sunday Telegraph a rapporté hier que le premier ministre Tony Blair a été informé des blessures subies par Saddam Hussein lors de la frappe initiale de mercredi. «Nous avons reçu des informations selon lesquelles Saddam Hussein a quitté les lieux en ambulance», a par la suite déclaré à la BBC Mike O'Brien, le secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères.

Selon l'hebdomadaire américain Newsweek, cette attaque ciblée contre Saddam a été déclenchée sur la foi d'un renseignement émanant d'un haut responsable irakien, qui a révélé à la CIA que le dictateur passerait la nuit dans un abri souterrain construit sous une maison anonyme d'un quartier résidentiel de Bagdad. L'informateur de la CIA a certifié que Saddam Hussein se trouvait à l'intérieur au moment de l'attaque.

Avec l'Agence France-Presse, Reuters, Libération, le New York Times et CNN.
Ci-dessus, des soldats polonais neutralisent des combattants irakiens dans le port d’Oumm Kasr (sud). La chaîne de télévision Al-Jazira, du Qatar, a montré hier les cadavres de soldats américains tués dans une embuscade à Nassiriah.
 
 
 
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  • Martine GERONIMI - Inscrite
    24 mars 2003 09 h 18
    DRAMATIQUE
    Je rentre depuis le 12 mars des USA. J'ai été stupéfaite du nombre de personnes venant me parler de leur désir de ne pas faire cette guerre qu'ils jugent indigne.

    En tant que Française je pensais avoir des réactions hostiles. Ce fut tout le contraire, même un chauffeur de taxi m'a dit à La Nouvelle-Orléans combien il avait compris que les médias américains les manipulaient, eux les Américains, le Peuple. Le fait est qu'ils ont pour 60$US par mois 100 chaines de télévision et donc sont capables de voir ce qu'on omet volontairement de leur montrer. Dans ce cas précis, les journaux se seraient autocensurés... Où est la démocratie ?
    FICTION, ILLUSION. Une dame distinguée m'a dit ; nous sommes les otages de notre "Grand Fanatique". Vous aurez compris qu'elle traitait ainsi de Bush.

    Souvent les gens de la Louisiane me disaient, nous ne comprenons plus, pourquoi les Français sont contre nous. Que se passe-t-il, j'ai mes ancêtres en France et de me montrer leurs noms : originaires de la Normandie ou de la vallée du Rhône comme cette dame chez American Airlines. Jusqu'au douanier américain à Montréal qui voyant mon passeport français me demandait où j'habitais à Paris...et moi de lui expliquer que je suis résidente permanente au Québec et que je vis à Montréal. Il me parlait du 14ème arronsissement parisien avec la nostalgie dans la voix. J'étais abasourdie.

    Il ya vraiment plusieurs Amériques et une grande détresse pour un grand nombre d'Américains qui par les temps sombres que nous vivons ont du mal à faire entendre leurs voix. Une amie, professeure à l'université de la Nouvelle orléans m'a avoué à voix basse qu'il était recommandé de ne pas parler et le chauffeur de taxi m'a dit que son patron lui disait de ne pas aborderr des sujets politiques avec ses clients.

    Je n'ai jamais sollicité un commentaire. Tous les gens me parlaient à l'occasion du Carnaval de la Nouvelle Orléans, qui pour une fois était vivable car beaucoup beaucoup moins fréquenté.

    Pauvre soldat, chair à canon, envoyé combattre un ennemi ignoré, inconnu, pour une supposée démocratie par un supposé président, marionnette écervelée !

    Nous sommes tous otages...
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