Perspectives: Un dimanche en campagne
Michel David
24 mars 2003
Visiblement, ça agaçait Bernard Landry. Son veston avait vraiment l'air trop serré, disaient les experts en communication. Avait-il engraissé? Ça risquait de faire un très mauvais effet auprès de l'électorat féminin.
La coupable, a-t-il protesté, est cette maudite batterie, qu'on le condamne à porter du matin au soir pour alimenter le micro du cinéaste Jean-Claude Labrecque, qui le suit pas à pas depuis le début de la campagne, pour tourner un film dont le titre provisoire est À grandeur d'homme.
Durant tout le voyage qui l'a mené à de Montréal à Gatineau, hier, c'est le seul petit signe d'impatience qu'il ait manifesté. Le premier ministre avait eu l'amabilité de m'accueillir à bord de son autobus de campagne et ces quelques heures passées en sa compagnie m'ont inspiré une grande sympathie pour mes collègues qui assurent la couverture quotidienne de sa tournée. Rien ne semble pouvoir le faire descendre du nuage sur lequel il est juché depuis le début de la campagne. Dans l'état d'esprit où il se trouve, il aurait fallu bien plus qu'une douzaine de manifestants, même conduits par l'infatigable Bill Clennett, pour le démonter.
Pendant des années, M. Landry a fait la leçon aux journalistes. Rares sont ceux qui n'ont pas eu à subir ses foudres un jour ou l'autre. Hier matin, il a commencé son point de presse en distribuant les fleurs.
Au Journal de Montréal pour son illustration graphique des opérations militaires en Irak. À La Presse pour son cahier sur la conciliation famille-travail. Eh non, il n'y avait rien pour Le Devoir!
C'est plutôt dans la distribution de la matière à nouvelles qu'il est devenu radin. Prenez, par exemple, la question de la souveraineté sur laquelle on s'était rabattu en désespoir de cause. Quand un nouveau gouvernement péquiste présenterait-il son «plan national de transition?» Réponse: «En temps et lieu.» À quoi faut-il s'attendre exactement? «Je vais faire de mon mieux.» Même chose en ce qui concerne la proposition de tenir les élections à date fixe: «Mon idée n'est pas encore faite.»
Chantal Renaud s'amuse énormément de ce petit jeu. «De souris, il est devenu chat», dit-elle. L'attaché de presse du premier ministre, Hubert Bolduc, lui a tout de même suggéré de retenir ses éclats de rire en entendant ses réponses.
L'environnement étant le thème officiel de la journée, André Boisclair était aussi du voyage à Gatineau et il était d'humeur combative, pressant son chef de reprendre là où il les avait laissées la veille ses attaques contre Jean Charest sur la question des défusions, en insistant particulièrement sur son statut de résident de Westmount. Hubert Bolduc paraissait sceptique: alors que le chef du PLQ avait lui-même multiplié les attaques personnelles en début de campagne, était-il bien avisé de le transformer en victime?
À Gatineau, Sylvain Simard, ministre responsable de l'Outaouais, se joint à la tournée. Il avait une autre bonne raison de conseiller à M. Landry d'y aller mollo à propos des députés qui ne résident pas dans leur circonscription: il fait lui-même la navette entre Sorel et Gatineau chaque semaine. En fait, si les libéraux dressaient la liste de tous les ministres habitant hors de la circonscription qu'ils représentent à l'Assemblée nationale, ça pourrait devenir assez gênant.
À mesure qu'approche le débat des chefs, André Boisclair a suggéré de se concentrer sur les lacunes du cadre financier du PLQ. Il a lui-même donné l'exemple en démontrant ce que signifierait concrètement le gel du budget du ministère de l'Environnement au cours des cinq prochaines années. D'autres démonstrations du genre sont à prévoir au cours des prochains jours.
On ne peut pas dire que M. Landry mène sa campagne à un train d'enfer. Il est vrai que le PQ n'a pas grand-chose à espérer en Outaouais, mais deux petits points de presse et une assemblée en fin d'après-midi, c'est un peu pépère. En soirée, il soupait au restaurant avec sa fille, son gendre et ses deux petites-filles, dont la désormais célèbre Clémentine. Il a même eu le temps de s'inviter pour l'apéro chez Sylvain Simard, qui s'est aussitôt rué sur son téléphone cellulaire: «Chérie, devine qui vient nous voir...»
La bonne tenue de son parti dans les sondages n'est sûrement pas étrangère à cette nouvelle sérénité, mais M. Landry est également un homme rassuré. Peu importe le résultat des élections, il sait maintenant qu'il ne passera pas à l'histoire comme le fossoyeur du PQ.
mdavid@ledevoir.com
La coupable, a-t-il protesté, est cette maudite batterie, qu'on le condamne à porter du matin au soir pour alimenter le micro du cinéaste Jean-Claude Labrecque, qui le suit pas à pas depuis le début de la campagne, pour tourner un film dont le titre provisoire est À grandeur d'homme.
Durant tout le voyage qui l'a mené à de Montréal à Gatineau, hier, c'est le seul petit signe d'impatience qu'il ait manifesté. Le premier ministre avait eu l'amabilité de m'accueillir à bord de son autobus de campagne et ces quelques heures passées en sa compagnie m'ont inspiré une grande sympathie pour mes collègues qui assurent la couverture quotidienne de sa tournée. Rien ne semble pouvoir le faire descendre du nuage sur lequel il est juché depuis le début de la campagne. Dans l'état d'esprit où il se trouve, il aurait fallu bien plus qu'une douzaine de manifestants, même conduits par l'infatigable Bill Clennett, pour le démonter.
Pendant des années, M. Landry a fait la leçon aux journalistes. Rares sont ceux qui n'ont pas eu à subir ses foudres un jour ou l'autre. Hier matin, il a commencé son point de presse en distribuant les fleurs.
Au Journal de Montréal pour son illustration graphique des opérations militaires en Irak. À La Presse pour son cahier sur la conciliation famille-travail. Eh non, il n'y avait rien pour Le Devoir!
C'est plutôt dans la distribution de la matière à nouvelles qu'il est devenu radin. Prenez, par exemple, la question de la souveraineté sur laquelle on s'était rabattu en désespoir de cause. Quand un nouveau gouvernement péquiste présenterait-il son «plan national de transition?» Réponse: «En temps et lieu.» À quoi faut-il s'attendre exactement? «Je vais faire de mon mieux.» Même chose en ce qui concerne la proposition de tenir les élections à date fixe: «Mon idée n'est pas encore faite.»
Chantal Renaud s'amuse énormément de ce petit jeu. «De souris, il est devenu chat», dit-elle. L'attaché de presse du premier ministre, Hubert Bolduc, lui a tout de même suggéré de retenir ses éclats de rire en entendant ses réponses.
L'environnement étant le thème officiel de la journée, André Boisclair était aussi du voyage à Gatineau et il était d'humeur combative, pressant son chef de reprendre là où il les avait laissées la veille ses attaques contre Jean Charest sur la question des défusions, en insistant particulièrement sur son statut de résident de Westmount. Hubert Bolduc paraissait sceptique: alors que le chef du PLQ avait lui-même multiplié les attaques personnelles en début de campagne, était-il bien avisé de le transformer en victime?
À Gatineau, Sylvain Simard, ministre responsable de l'Outaouais, se joint à la tournée. Il avait une autre bonne raison de conseiller à M. Landry d'y aller mollo à propos des députés qui ne résident pas dans leur circonscription: il fait lui-même la navette entre Sorel et Gatineau chaque semaine. En fait, si les libéraux dressaient la liste de tous les ministres habitant hors de la circonscription qu'ils représentent à l'Assemblée nationale, ça pourrait devenir assez gênant.
À mesure qu'approche le débat des chefs, André Boisclair a suggéré de se concentrer sur les lacunes du cadre financier du PLQ. Il a lui-même donné l'exemple en démontrant ce que signifierait concrètement le gel du budget du ministère de l'Environnement au cours des cinq prochaines années. D'autres démonstrations du genre sont à prévoir au cours des prochains jours.
On ne peut pas dire que M. Landry mène sa campagne à un train d'enfer. Il est vrai que le PQ n'a pas grand-chose à espérer en Outaouais, mais deux petits points de presse et une assemblée en fin d'après-midi, c'est un peu pépère. En soirée, il soupait au restaurant avec sa fille, son gendre et ses deux petites-filles, dont la désormais célèbre Clémentine. Il a même eu le temps de s'inviter pour l'apéro chez Sylvain Simard, qui s'est aussitôt rué sur son téléphone cellulaire: «Chérie, devine qui vient nous voir...»
La bonne tenue de son parti dans les sondages n'est sûrement pas étrangère à cette nouvelle sérénité, mais M. Landry est également un homme rassuré. Peu importe le résultat des élections, il sait maintenant qu'il ne passera pas à l'histoire comme le fossoyeur du PQ.
mdavid@ledevoir.com
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

