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Lobbying - Du mythe à la réalité

Martine Hébert - L'auteure est consultante spécialisée en stratégies et affaires publiques. Elle oeuvre dans le domaine des affaires publiques depuis une dizaine d'années.  4 juin 2002 
Dans le débat sur le lobbying qui fait rage actuellement au Québec, Molière aurait trouvé de quoi écrire une version moderne du Malade imaginaire. On a tenté de traiter l'hypocondrie qui s'est installée autour du phénomène, à la suite d'événements qui n'ont rien à voir avec le véritable lobbying, par un remède disproportionné avec le mal: le projet de loi n° 80.

Au terme des audiences tenues par le gouvernement sur ce projet de loi, il importe de préciser ce que font vraiment les lobbyistes et à quoi sert leur travail afin d'enrayer cette spirale d'inquiétudes qui pourrait enliser notre société et notre démocratie dans un faux débat et paralyser son avancement.


En raison des événements récemment rapportés à satiété dans les médias, je peux comprendre que l'on puisse se faire de fausses idées de ce métier. Le traitement qui lui est réservé sur la place publique depuis le début de ce que je qualifierais «la phobie du lobbying» au Québec et dans tout le reste du pays, ne fait que renforcer ces perceptions erronées.


Mais, dans les relations gouvernementales — communément appelées lobbying —, faciliter aux organisations, aux entreprises ou aux individus l'accès à des membres d'un gouvernement n'est qu' une faible partie (moins de 5 %) du travail à accomplir pour arriver à un résultat.


En fait, la quasi-totalité des efforts et du travail du lobbyiste réside dans la constitution d'un dossier et la préparation du client à rencontrer les interlocuteurs gouvernementaux. Ce travail consiste à étudier et à comprendre les lois, les programmes et les politiques gouvernementales, à les expliquer à ses clients ainsi qu'à élaborer les stratégies et les argumentaires qui constitueront le dossier présenté. En apparence, tout cela peut paraître évident et très facile. Mais qui ne connaît pas quelqu'un qui s'est buté à la complexité de l'administration gouvernementale, ne serait-ce qu'à celle d'un simple formulaire?


Imaginez un peu ce qu'il en est lorsqu'il est question de naviguer dans le processus parlementaire, dans les dédales des programmes gouvernementaux ou encore dans le labyrinthe de l'appareil administratif du gouvernement, pour réaliser un projet ou faire changer une loi. Et ce, sans compter la connaissance que l'on doit avoir de l'actualité, des grandes tendances, des changements, des opinions, des acteurs importants et des éléments clés à considérer pour forger des dossiers bien étoffés. C'est sur la connaissance qu'ils ont de tout ce système: des règles de fonctionnement, des protocoles, des processus, des programmes, des normes, des tendances, des acteurs, des enjeux, de l'actualité, que les spécialistes des relations gouvernementales fondent leur expérience.





Le lobbying, ça sert à qui?


Sans le lobbying, nombre de projets, tant sur les plans de la santé, de l'emploi, de la culture, des services sociaux que du développement technologique, communautaire ou économique, n'auraient jamais vu le jour ou seraient nés en retard au Québec.


Le lobbying fait partie de notre société démocratique et il s'exerce sous plusieurs formes, par plusieurs individus et dans toutes les sphères. Sans lui, exit la maison de jeunes du quartier, la nouvelle maison d'hébergement pour femmes violentées, les 300 emplois créés par la nouvelle usine de la région, des lois du travail équilibrées, les grands projets culturels, technologiques et économiques du Québec, pour ne citer que ces exemples.


Sans un Ghislain Dufour et sans un Clément Godbout — qui ont exercé le lobbying une grande partie de leur vie —, où serait le Québec en matière d'équilibre des relations du travail aujourd'hui? Sans le lobbying des groupes communautaires, que serait notre vie quotidienne et la place des plus démunis? Sans le lobbying, où seraient les champions du multimédia et nombre d'autres grandes réussites québécoises ? La liste pourrait s'allongerÉ


Ce sont toutes ces entreprises et organisations qui composent le bassin des employeurs ou de la clientèle des spécialistes en relations gouvernementales.


Pour toutes ces raisons, je dis oui à la transparence et à tout ce que le projet de loi 80 n'est pas. Il ne faut pas encadrer l'exercice des activités de lobbying de manière abusive comme le gouvernement s'apprête à le faire. Un tel geste précipité et démesuré contribuerait à freiner la démocratie, le développement et l'essor du Québec.


hebert.martine@videotron.ca
 
 
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