Paroles de parolier
Photo : Pascal Ratthé
À peine descendu de l’avion, le 1er mars dernier, en provenance de Paris (ou était-ce Miami, Pondichéry, les îles Bikini?), Plamondon a été happé par un ouragan promotionnel de force 5, celui de Starmania Opéra. On le voit ici à la Galerie Sim
C'est un auteur pas comme les autres, mais moi je l'aime, c'est pas d'ma faute. Il passe la moitié de sa vie en l'air, entre New York et Singapour. Quand il arrive en ville, ça fait peur à voir, les médias le monopolisent. Mais qu'est-ce que c'est que cette starmania?
J'ai vu les yeux de Luc Plamondon. Il en a deux. Couleur? Indéterminée. La photo en noir et blanc sur YouTube date de la création de Starmania, en 1979. Chevelure ébouriffée, moustache en balai, chemise ouverte, le parolier fait de l'oeil au petit oiseau. Avec le compositeur Michel Berger, Luc vient d'enfanter une créature apocalyptique et il est heureux. Il pressent que leur opéra-rock va donner un grand coup, sûrement tenir l'affiche pendant plusieurs mois. Question de feeling. Même ses pupilles étincellent.
Depuis, le temps a passé, la Faucheuse aussi, emportant Berger avec elle. Starmania est devenu un monument et Luc, une star (même s'il se défend d'en être une). Il s'est acheté des verres fumés, les a collés sur le nez, et du coup son regard a disparu de la circulation. Peut-être n'est-ce qu'un look, mais j'en doute. L'accessoire stylisé n'est pas anodin. Miroir des émotions, hublot sur le vague à l'âme, verrière sur le jardin secret, les yeux sont tout ça, bavards comme des pies souvent bien malgré eux. Et Luc a décidé un jour que les siens ne piperaient plus mot en public.
Nous avions convenu d'une rencontre Chez Lévêque entre quatre-z-yeux, et évidemment, il en manquait la moitié. De quoi devenir parano. Fixe-t-il sa montre ou son poisson? Ai-je quelque chose de coincé entre les dents? Dans mes prunelles de fan intimidé, il pouvait lire tout un roman tandis que moi, scrutant en vain l'opacité, je n'avais même pas droit au prologue. J'avais pensé garder mes Ray-Ban. Sérieux. Par manque de couilles, j'ai pas osé. Ce n'est que partie remise, mon cher Luc. La prochaine fois qu'on se rencontrera, pour les 50 ans de Starmania...
Diane, Régine et Petula
À peine descendu de l'avion le 1er mars dernier, en provenance de Paris (ou était-ce Miami, Pondichéry, les îles Bikini?), il a été happé par un ouragan promotionnel de force 5, celui de Starmania Opéra. Pour les médias, imprimés, électroniques, en lock-out ou convergents, Luc Plamondon, c'est du Dom Pérignon dans un entrepôt de Pepsi Diète. Telle une Shéhérazade frisée à lunettes, il a mille et une histoires palpitantes à raconter, qui ne se terminent jamais vraiment tout à fait, et avec un meilleur casting en plus...
«Andrew Lloyd Webber nous avait invités, Berger et moi, dans son château près de Londres...»
«Le téléphone sonne, c'est Lucien Bouchard, alors premier ministre, qui me dit: "Luc, je t'appelle pour te parler d'une chanteuse..."»
«Comme Kent Nagano me disait...»
«René m'a demandé d'aller faire un discours sur lui...»
René? Celui de Céline, qui lançait sa biographie autorisée il y a quelques jours. René doit une fière chandelle au célèbre parolier. Luc a été jadis l'artisan du passage crucial — et réussi — de la jeune chanteuse un brin nounoune pâmée devant le pape à la Lolita affranchie qui «n'est pas trop jeune pour se donner, quand le désir dévore son corps jusqu'au bout de ses doigts...».
Et vous, Luc, à quand la biographie?
«J'ai failli dire: j'attends que tout le monde soit mort.» Il rit. Parenthèse. Luc Plamondon rit souvent à la fin de ses phrases. Et comme je ne savais pas pourquoi il riait parce que c'était pas toujours drôle et que je n'étais pas de-de-de-de-dans sa tête, il riait tout seul. J'imagine qu'il a vécu des moments tellement dingues que le seul fait d'y penser déclenche du coup l'hilarité. Exemple: «Diane Dufresne a été mon premier opéra-rock, ma première comédie musicale en soi.» Il pouffe, s'étouffe presque dans son tilapia. Je vous le jure, c'est un grand gamin de 67 ans. Fin de la parenthèse.
«Il y en a qui font des mémoires posthumes. Il faudrait raconter les vraies histoires. Et les vraies histoires, c'est pas tout le temps ce qu'on raconte dans les interviews...»
En attendant les vraies histoires, on peut se farcir Paroles de Plamondon, une brique parue en 2005 (Lanctôt Éditeur). Luc a retenu 300 des 500 chansons rédigées depuis la toute première, Dans ma Camaro, en 1970. «J'ai choisi celles qui méritaient de survivre. C'était difficile d'en enlever, mais il y en a des moins essentielles que d'autres.»
Elles sont classées par blocs: «Les années repères», «Les années littéraires», «Les années planétaires»... L'un d'eux, «Les années d'enfer (1984-1986)», intrigue plus que les autres, mais Luc laisse le lecteur sur sa faim. «La fin de mon histoire avec Diane Dufresne et le show avec Barbara, ça atteint des dimensions de folie telles que je ne souhaitais pas aller au-delà.» Il rit.
De Barbara à Édith Butler, de Pauline Julien à Nicole Martin, sans oublier Marie-Denise Pelletier, Petula Clark, Monique Leyrac, Martine St-Clair et tant d'autres: Luc Plamondon n'a peut-être pas le génie de Van Gogh ou de Vinci, mais l'éclectisme de sa plume est simplement ahurissant, et sans égal. À part peut-être Belgazou, sans doute trop prise par ses tournées mondiales, il les a toutes fait chanter. À preuve, Régine, ex-reine des nuits chaudes:
«J'ai essayé Warren Beatty
Mais c'était pas ma cup of tea
J'me suis tapé tout Hollywood
Mon préféré c'est Clint Eastwood»
Ouais. Bon, soit. On ne peut pas pondre Le Blues du businessman tous les jours, même si on se nourrit du meilleur grain. Parfois on fait des hits, parfois on fait des flops. Mais même ses détracteurs l'admettent, de gré ou de force: Luc sait écrire. Son univers est riche, sa culture, vaste. Ses chansons sont des courts-métrages, des polaroïds, des scènes de la vie quotidienne mises en images. «J'ai une écriture très directe. C'est probablement ce que j'ai hérité de ma première idole, Aznavour. Il a été le premier à écrire des choses très directes avec des mots de tous les jours. Mes chansons ne sont pas hermétiques.»
Quand j'écoute les délires poétiques de Pierre Lapointe, j'ai l'impression qu'il n'a pas fait école. Je lui en glisse un mot, il ne veut pas s'aventurer sur ce terrain glissant. Il se bornera à dire: «Combien de gens remarquent encore l'écriture? Les gens m'arrêtent dans la rue tout le temps, me parlent de mes chansons, se disent touchés par mes textes. Je sais que mes chansons qui ont beaucoup marché l'ont été à cause des textes... qui ont eu la chance de rencontrer des bonnes mélodies aussi.»
Je clos le volet tounes en lui lisant un bout de L'Ours, un tube signé Tricot Machine:
«Ce matin j'me suis faite une tite bouffe
Mais à vrai dire ça passait pas vraiment
J'm'étais même préparé un bol de soupe
Car j'espérais te voir dedans»
Il s'est esclaffé. Moi aussi. J'ai imaginé Régine chantant ça.
Une diva stone
«Dans ma jeunesse, je n'ai aimé que la chanson française et le rock'n'roll. J'aurais voulu être un chanteur, comme Elvis... mais je chantais tellement mal.» Je confirme. Il a fredonné à quelques reprises pendant l'interview. Mais c'était touchant. «J'aimais pas l'opéra du tout, je n'étais pas sensible à ça même si j'avais fait du piano classique dans mon enfance. C'est en 1967, quand j'ai étudié l'allemand à Berlin, que je me suis mis à aller à l'opéra. J'étais un peu rébarbatif au début. Et je suis devenu un fan de Wagner.»
Tel qu'il l'a avoué en conférence de presse, Luc a longtemps aimé l'opéra en cachette, «comme on va dans les maisons closes». Depuis, il est sorti du placard: l'opéra, il n'y a que ça!
«C'est clair que c'était un beau cadeau de le faire pour l'Opéra de Québec [l'an dernier, dans le cadre du 400e]. Mais de se retrouver à l'Opéra de Montréal avec Bizet et Puccini et Verdi... c'est flatteur. Le seul musical joué en opéra complet, à ma connaissance, c'est West Side Story, qui est entré au répertoire du New York City Opera.»
Comme d'habitude, Luc a vu à tout. Au casting, notamment. Et il en a rassemblé un idéal, précise-t-il. «Si on présente ce spectacle en France, j'aimerais qu'il soit joué par eux. Les chanteurs d'opéra québécois ont une diction parfaite en français, ils arrivent à chanter sans tics d'opéra, sans déformer les mots. Ce sont des comédiens naturels. Ils chantent avec leurs tripes. C'est drôle, les chanteurs d'opéra québécois ont la même qualité que les chanteurs rock ou pop québécois. Quand Marie-Josée Lord entre dans le personnage de Marie-Jeanne, c'est comme quand Garou entre dans Quasimodo, un bloc d'émotions, et ce qui se passe, c'est inexplicable.»
Il se dit très fier du résultat. L'an dernier, la critique (dont Christophe Huss, du Devoir) a beaucoup apprécié. Il pressent que Starmania Opéra va donner un grand coup, sûrement tenir l'affiche plus longtemps que prévu (on vient d'ajouter une supplémentaire, le 20 mars). Question de feeling. Derrière les vitres teintées, on dirait que ses pupilles étincellent.
«C'est comme une création, une vraie mise en scène d'opéra, avec une chorégraphie contemporaine, des images virtuelles, de Michel Berger... [il se reprend immédiatement], Michel Lemieux et Victor Pilon. Tu vas voir l'effet que ça produit sur le public. C'est très, très fort. Oui, en 1979, avec Fabienne Thibault, Diane, Nanette et les autres, c'était de la magie pure. Mais quand tu vas entendre Marie-Josée Lord chanter Le monde est stone, c'est de la magie pure aussi. Les gens me disent: on a l'impression que c'est la première fois qu'on écoute le texte.» À l'oreille d'un parolier, aujourd'hui librettiste, voilà sûrement la plus belle des musiques.
***
- Stamania Opéra, une coproduction Opéra de Québec-Opéra de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier, les 14, 18, 19, 20, 21, 23, 26 mars à 20h et le 28 mars à 14h.
***
Jyg90@hotmail.com
J'ai vu les yeux de Luc Plamondon. Il en a deux. Couleur? Indéterminée. La photo en noir et blanc sur YouTube date de la création de Starmania, en 1979. Chevelure ébouriffée, moustache en balai, chemise ouverte, le parolier fait de l'oeil au petit oiseau. Avec le compositeur Michel Berger, Luc vient d'enfanter une créature apocalyptique et il est heureux. Il pressent que leur opéra-rock va donner un grand coup, sûrement tenir l'affiche pendant plusieurs mois. Question de feeling. Même ses pupilles étincellent.
Depuis, le temps a passé, la Faucheuse aussi, emportant Berger avec elle. Starmania est devenu un monument et Luc, une star (même s'il se défend d'en être une). Il s'est acheté des verres fumés, les a collés sur le nez, et du coup son regard a disparu de la circulation. Peut-être n'est-ce qu'un look, mais j'en doute. L'accessoire stylisé n'est pas anodin. Miroir des émotions, hublot sur le vague à l'âme, verrière sur le jardin secret, les yeux sont tout ça, bavards comme des pies souvent bien malgré eux. Et Luc a décidé un jour que les siens ne piperaient plus mot en public.
Nous avions convenu d'une rencontre Chez Lévêque entre quatre-z-yeux, et évidemment, il en manquait la moitié. De quoi devenir parano. Fixe-t-il sa montre ou son poisson? Ai-je quelque chose de coincé entre les dents? Dans mes prunelles de fan intimidé, il pouvait lire tout un roman tandis que moi, scrutant en vain l'opacité, je n'avais même pas droit au prologue. J'avais pensé garder mes Ray-Ban. Sérieux. Par manque de couilles, j'ai pas osé. Ce n'est que partie remise, mon cher Luc. La prochaine fois qu'on se rencontrera, pour les 50 ans de Starmania...
Diane, Régine et Petula
À peine descendu de l'avion le 1er mars dernier, en provenance de Paris (ou était-ce Miami, Pondichéry, les îles Bikini?), il a été happé par un ouragan promotionnel de force 5, celui de Starmania Opéra. Pour les médias, imprimés, électroniques, en lock-out ou convergents, Luc Plamondon, c'est du Dom Pérignon dans un entrepôt de Pepsi Diète. Telle une Shéhérazade frisée à lunettes, il a mille et une histoires palpitantes à raconter, qui ne se terminent jamais vraiment tout à fait, et avec un meilleur casting en plus...
«Andrew Lloyd Webber nous avait invités, Berger et moi, dans son château près de Londres...»
«Le téléphone sonne, c'est Lucien Bouchard, alors premier ministre, qui me dit: "Luc, je t'appelle pour te parler d'une chanteuse..."»
«Comme Kent Nagano me disait...»
«René m'a demandé d'aller faire un discours sur lui...»
René? Celui de Céline, qui lançait sa biographie autorisée il y a quelques jours. René doit une fière chandelle au célèbre parolier. Luc a été jadis l'artisan du passage crucial — et réussi — de la jeune chanteuse un brin nounoune pâmée devant le pape à la Lolita affranchie qui «n'est pas trop jeune pour se donner, quand le désir dévore son corps jusqu'au bout de ses doigts...».
Et vous, Luc, à quand la biographie?
«J'ai failli dire: j'attends que tout le monde soit mort.» Il rit. Parenthèse. Luc Plamondon rit souvent à la fin de ses phrases. Et comme je ne savais pas pourquoi il riait parce que c'était pas toujours drôle et que je n'étais pas de-de-de-de-dans sa tête, il riait tout seul. J'imagine qu'il a vécu des moments tellement dingues que le seul fait d'y penser déclenche du coup l'hilarité. Exemple: «Diane Dufresne a été mon premier opéra-rock, ma première comédie musicale en soi.» Il pouffe, s'étouffe presque dans son tilapia. Je vous le jure, c'est un grand gamin de 67 ans. Fin de la parenthèse.
«Il y en a qui font des mémoires posthumes. Il faudrait raconter les vraies histoires. Et les vraies histoires, c'est pas tout le temps ce qu'on raconte dans les interviews...»
En attendant les vraies histoires, on peut se farcir Paroles de Plamondon, une brique parue en 2005 (Lanctôt Éditeur). Luc a retenu 300 des 500 chansons rédigées depuis la toute première, Dans ma Camaro, en 1970. «J'ai choisi celles qui méritaient de survivre. C'était difficile d'en enlever, mais il y en a des moins essentielles que d'autres.»
Elles sont classées par blocs: «Les années repères», «Les années littéraires», «Les années planétaires»... L'un d'eux, «Les années d'enfer (1984-1986)», intrigue plus que les autres, mais Luc laisse le lecteur sur sa faim. «La fin de mon histoire avec Diane Dufresne et le show avec Barbara, ça atteint des dimensions de folie telles que je ne souhaitais pas aller au-delà.» Il rit.
De Barbara à Édith Butler, de Pauline Julien à Nicole Martin, sans oublier Marie-Denise Pelletier, Petula Clark, Monique Leyrac, Martine St-Clair et tant d'autres: Luc Plamondon n'a peut-être pas le génie de Van Gogh ou de Vinci, mais l'éclectisme de sa plume est simplement ahurissant, et sans égal. À part peut-être Belgazou, sans doute trop prise par ses tournées mondiales, il les a toutes fait chanter. À preuve, Régine, ex-reine des nuits chaudes:
«J'ai essayé Warren Beatty
Mais c'était pas ma cup of tea
J'me suis tapé tout Hollywood
Mon préféré c'est Clint Eastwood»
Ouais. Bon, soit. On ne peut pas pondre Le Blues du businessman tous les jours, même si on se nourrit du meilleur grain. Parfois on fait des hits, parfois on fait des flops. Mais même ses détracteurs l'admettent, de gré ou de force: Luc sait écrire. Son univers est riche, sa culture, vaste. Ses chansons sont des courts-métrages, des polaroïds, des scènes de la vie quotidienne mises en images. «J'ai une écriture très directe. C'est probablement ce que j'ai hérité de ma première idole, Aznavour. Il a été le premier à écrire des choses très directes avec des mots de tous les jours. Mes chansons ne sont pas hermétiques.»
Quand j'écoute les délires poétiques de Pierre Lapointe, j'ai l'impression qu'il n'a pas fait école. Je lui en glisse un mot, il ne veut pas s'aventurer sur ce terrain glissant. Il se bornera à dire: «Combien de gens remarquent encore l'écriture? Les gens m'arrêtent dans la rue tout le temps, me parlent de mes chansons, se disent touchés par mes textes. Je sais que mes chansons qui ont beaucoup marché l'ont été à cause des textes... qui ont eu la chance de rencontrer des bonnes mélodies aussi.»
Je clos le volet tounes en lui lisant un bout de L'Ours, un tube signé Tricot Machine:
«Ce matin j'me suis faite une tite bouffe
Mais à vrai dire ça passait pas vraiment
J'm'étais même préparé un bol de soupe
Car j'espérais te voir dedans»
Il s'est esclaffé. Moi aussi. J'ai imaginé Régine chantant ça.
Une diva stone
«Dans ma jeunesse, je n'ai aimé que la chanson française et le rock'n'roll. J'aurais voulu être un chanteur, comme Elvis... mais je chantais tellement mal.» Je confirme. Il a fredonné à quelques reprises pendant l'interview. Mais c'était touchant. «J'aimais pas l'opéra du tout, je n'étais pas sensible à ça même si j'avais fait du piano classique dans mon enfance. C'est en 1967, quand j'ai étudié l'allemand à Berlin, que je me suis mis à aller à l'opéra. J'étais un peu rébarbatif au début. Et je suis devenu un fan de Wagner.»
Tel qu'il l'a avoué en conférence de presse, Luc a longtemps aimé l'opéra en cachette, «comme on va dans les maisons closes». Depuis, il est sorti du placard: l'opéra, il n'y a que ça!
«C'est clair que c'était un beau cadeau de le faire pour l'Opéra de Québec [l'an dernier, dans le cadre du 400e]. Mais de se retrouver à l'Opéra de Montréal avec Bizet et Puccini et Verdi... c'est flatteur. Le seul musical joué en opéra complet, à ma connaissance, c'est West Side Story, qui est entré au répertoire du New York City Opera.»
Comme d'habitude, Luc a vu à tout. Au casting, notamment. Et il en a rassemblé un idéal, précise-t-il. «Si on présente ce spectacle en France, j'aimerais qu'il soit joué par eux. Les chanteurs d'opéra québécois ont une diction parfaite en français, ils arrivent à chanter sans tics d'opéra, sans déformer les mots. Ce sont des comédiens naturels. Ils chantent avec leurs tripes. C'est drôle, les chanteurs d'opéra québécois ont la même qualité que les chanteurs rock ou pop québécois. Quand Marie-Josée Lord entre dans le personnage de Marie-Jeanne, c'est comme quand Garou entre dans Quasimodo, un bloc d'émotions, et ce qui se passe, c'est inexplicable.»
Il se dit très fier du résultat. L'an dernier, la critique (dont Christophe Huss, du Devoir) a beaucoup apprécié. Il pressent que Starmania Opéra va donner un grand coup, sûrement tenir l'affiche plus longtemps que prévu (on vient d'ajouter une supplémentaire, le 20 mars). Question de feeling. Derrière les vitres teintées, on dirait que ses pupilles étincellent.
«C'est comme une création, une vraie mise en scène d'opéra, avec une chorégraphie contemporaine, des images virtuelles, de Michel Berger... [il se reprend immédiatement], Michel Lemieux et Victor Pilon. Tu vas voir l'effet que ça produit sur le public. C'est très, très fort. Oui, en 1979, avec Fabienne Thibault, Diane, Nanette et les autres, c'était de la magie pure. Mais quand tu vas entendre Marie-Josée Lord chanter Le monde est stone, c'est de la magie pure aussi. Les gens me disent: on a l'impression que c'est la première fois qu'on écoute le texte.» À l'oreille d'un parolier, aujourd'hui librettiste, voilà sûrement la plus belle des musiques.
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- Stamania Opéra, une coproduction Opéra de Québec-Opéra de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier, les 14, 18, 19, 20, 21, 23, 26 mars à 20h et le 28 mars à 14h.
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