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Martin se fait éjecter

Jean Chrétien nomme John Manley aux Finances lors d'un deuxième remaniement en une semaine

Paul Martin est congédié.
Photo : Agence Reuters
Paul Martin est congédié.
Le premier ministre Jean Chrétien a congédié le ministre des Finances, Paul Martin, hier, refusant d'attendre plus longtemps le résultat de la réflexion que le ministre avait entreprise vendredi.

«Des questions n'ayant aucun rapport avec la conduite des affaires publiques sont devenues des obstacles à notre capacité de travailler ensemble sur la politique gouvernementale. Par conséquent et avec regret, nous reconnaissons tous deux qu'il est dans l'intérêt du gouvernement et du pays que vous quittiez le cabinet», a-t-il écrit à M. Martin avant de se rendre chez la Gouverneure générale pour une deuxième fois en sept jours.


«Nous avons tous vécu 48 heures pas très faciles pour le ministre des Finances, moi-même, les membres du caucus, du Parti libéral et du cabinet», a-t-il confié à la presse à sa sortie. Mais après avoir remercié son ministre «pour un travail extrêmement bien fait», M. Chrétien a nié l'avoir congédié.


Mais M. Martin, le pilier économique du gouvernement depuis 1993 et l'artisan de l'élimination du déficit, aurait appris à la radio qu'un remaniement avait lieu, a indiqué une source. Dans l'entourage de M. Chrétien, on soutient plutôt que Paul Martin avait laissé comprendre dans diverses conversations qu'il prévoyait quitter son poste.


Mais ce n'est qu'une demi-heure avant d'annoncer la tenue du remaniement que le premier ministre a finalement parlé à M. Martin, laissant jusque-là à ses subordonnés le soin de discuter avec celui qui est considéré comme un des plus grands ministres des Finances que le Canada ait eus. Il est clair cependant que M. Chrétien ne voyait pas vraiment d'autres solutions que le limogeage de son ministre. «Il y avait d'autres problèmes qui existaient qui rendaient les choses difficiles pour lui et pour moi et nous avons mutuellement accepté...», a-t-il ajouté, rejetant l'idée qu'ils aient eu des désaccords sur les politiques gouvernementales.


Le vice-premier ministre John Manley, un autre candidat potentiel au leadership, prend la relève à la direction des Finances. Il garde aussi la responsabilité des Infrastructures et des relations avec les États-Unis en matière de sécurité alors que celle des Sociétés d'État est confiée à la présidente du Conseil du trésor, Lucienne Robillard.


Ministre de l'Industrie pendant sept ans avant de faire un passage aux Affaires étrangères et d'aboutir au poste de vice-premier ministre, M. Manley a tenu à rassurer les marchés. «Aucun changement de politiques économiques ne découlera de cette nomination», a-t-il dit.


La décision du premier ministre met un terme à l'épisode le plus critique de sa rivalité avec Paul Martin. Elle dure depuis la course au leadership de 1990 mais, malgré leurs divergences, ils avaient réussi à travailler de façon fructueuse depuis 1993.


Cependant, après quelques mois de tensions entre les deux hommes, le premier ministre a, jeudi dernier lors de la réunion du cabinet, ordonné à ses ministres de mettre fin à leur campagne pour lui succéder. Il aurait aussi apostrophé M. Martin, le soupçonnant lui ou son personnel d'être à l'origine de fuites embarrassantes pour le gouvernement.


Vendredi, il répétait son avertissement en public et précisait qu'il chasserait du cabinet quiconque n'obtempérerait pas. Il confirmait aussi qu'il resterait en poste jusqu'en 2004 et se plierait au vote de révision du leadership en février 2003. Le soir même, M. Martin disait vouloir réfléchir à son avenir.


Le départ de M. Martin, qui était à la tête des Finances depuis neuf ans, change de façon fondamentale le visage du gouvernement sans mettre un terme aux controverses, puisque M. Martin n'y était pas directement associé. Ça ne signifie pas davantage la fin automatique de la course au leadership puisque plus rien n'interdit à M. Martin de poursuivre la campagne qu'il a entamée depuis 1990. Le premier test viendra en février avec le vote sur le leadership de M. Chrétien, une procédure qu'il disait trouver étrange hier puisqu'il a reçu un mandat de la population il y a 18 mois.


Dans le clan Martin, on cachait difficilement le haut-le-coeur qu'a provoqué la décision draconienne de Jean Chrétien. Les proches de l'ancien ministre des Finances étaient unanimes à souligner que le premier ministre banalise le poids de Paul Martin au sein du Parti libéral.


«M. Chrétien était incapable d'admettre que Paul Martin s'en aille. Il voulait le prendre de vitesse. Qu'il le limoge, c'est vraiment la cerise sur le sundae», a commenté un collaborateur de longue date de Paul Martin et qui a demandé l'anonymat.


Une autre personne proche de M. Martin a affirmé que Jean Chrétien était allé trop loin en laissant entendre la semaine dernière que Paul Martin pouvait être à l'origine des scandales qui se succèdent depuis quelques semaines. «Cet homme-là est intègre. C'est le meilleur élément du Parti libéral du Canada présentement, a-t-il soutenu. Ce n'est pas drôle ce qui arrive avec les histoires de commandites. Ça éclabousse tout le monde à travers le Canada. Et Jean Chrétien a délibérément voulu pointer Paul. C'est des mots forts "double crossing". Paul en a assez et il se tient debout.»


Certains, dans l'entourage de M. Martin, étaient presque soulagés que Paul Martin puisse enfin avoir les coudées franches en vue d'une bataille au leadership visière levée. Tous prévoyaient une dure semaine pour le PLC, mais surtout sur les marchés financiers.


Les chefs allianciste Stephen Harper et conservateur Joe Clark ont tous deux parlé de «chaos». M. Clark a aussi relevé que le Canada changeait de ministre des Finances au moment où il doit recevoir le sommet du G8 à Kananaskis à la fin juin. M. Martin devait d'ailleurs présider une rencontre des ministres des Finances du G8 les 14 et 15 juin prochains à Halifax.
 
 
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