Bien plus qu'une bataille de coqs
On pourrait croire à une puérile bataille de coqs, mais le conflit entre Jean Chrétien et Paul Martin est plus profond qu'il n'y paraît et était en train de nuire carrément à la capacité du ministre des Finances d'exercer ses fonctions.
Malgré les apparences, ce n'est pas seulement l'ordre de Jean Chrétien de mettre fin à la campagne larvée à sa succession qui explique la décision de Paul Martin de réfléchir à son avenir. Cette directive n'a été que la goutte qui a fait déborder le vase, admettent des libéraux qui ne sont pourtant pas partisans de M. Martin.
Paul Martin a donné lui-même un aperçu de la profondeur de la crise. «La question est la suivante. Est-ce que continuer au sein du cabinet [...] va me permettre d'exercer le genre de responsabilités et d'influence que je crois qu'un ministre des Finances doit avoir», a-t-il dit vendredi.
Le commentaire n'était pas innocent. Les deux hommes ont, jusqu'au dernier budget, établi une relation de travail solide et fructueuse, M. Martin jouissant toujours de l'appui de M. Chrétien dans son combat contre le déficit, la réduction des dépenses et des taxes et ainsi de suite. M. Chrétien l'a lui-même souligné hier. Mais, depuis quelques mois, selon certaines sources, la méfiance du premier ministre à l'égard du ministre s'est accentuée à cause des effets déstabilisants de la course au leadership officieuse qu'il avait pourtant lui-même encouragée.
Cette perte de confiance aurait commencé à créer des frictions autour de certains problèmes financiers touchant les relations avec d'autres niveaux de gouvernement. Au moins un de ces dossiers ne serait toujours pas résolu. Selon certaines sources, M. Chrétien n'était pas d'accord avec le gel des changements à la formule de péréquation provoqués par la décision de Statistique Canada de calculer différemment la valeur des impôts fonciers. Cette modification aurait entraîné des trous importants dans les budgets provinciaux à la toute fin de la dernière année financière. M. Martin a donc décidé de retarder son entrée en vigueur.
Le premier ministre ne serait pas davantage d'accord avec le projet de pacte fiscal que M. Martin voudrait conclure avec les provinces et les municipalités afin de faciliter la vie de ces dernières.
Le dossier qui reste en suspens cependant touche encore les provinces. Le gouvernement fédéral a découvert qu'à cause de ses propres erreurs de calcul, il a versé trop d'argent aux provinces pendant des années.
M. Martin voudrait, indiquent certaines sources, qu'on ne réclame pas cet argent puisqu'il a déjà servi à financer des services aux citoyens. M. Chrétien préférerait adopter la position inverse.
M. Martin avait le sentiment qu'on minait son autorité dans ces dossiers, confie une source, en mettant en doute son intégrité et celle de son équipe dans la course au leadership. C'est ce qui l'a conduit il y a quelques mois à déclarer publiquement qu'il en avait assez. La semaine dernière, révélait le Globe and Mail, M. Chrétien s'en serait pris au ministre des Finances au moment où il exigeait de ses ministres de mettre fin à leurs collectes de fonds pour leur campagne. Il aurait aussi pris le ministre à partie pour des fuites récentes qui ont mis le gouvernement dans l'embarras, une critique qui a piqué au vif le ministre et ses supporteurs. Cette affaire a ironiquement été très vite et largement ébruitée auprès des médias aux moyens de fuites calculées.
Et le dernier clou est venu quand M. Chrétien a intimé à ses aspirants successeurs de cesser de faire campagne et a annoncé qu'il resterait en poste jusqu'en 2004, ce qui équivalait à exiger de Paul Martin qu'il oublie ses ambitions.
Le premier ministre et son personnel parlent volontiers des problèmes causés par cette campagne, mais celle-ci a pris de la vigueur à cause de l'incertitude que M. Chrétien s'est toujours plu à entretenir autour de ses intentions. Il a lui-même avoué vendredi avoir fait comprendre à certaines personnes qu'il partirait en 2003. De plus, il a approuvé les efforts de certains ministres. Il décide maintenant de freiner en sachant très bien que cela ne punit vraiment qu'un joueur, M. Martin, qui est sur les rangs depuis 1990.
Jean Chrétien a changé d'idée. En plus, l'économie va bien et la crédibilité financière largement attribuable à M. Martin est maintenant enracinée. Il sent donc qu'il a les coudées franches et qu'il peut se passer de M. Martin sans faire de manières, en l'écartant sans prendre de gants. À preuve, il n'a parlé à son ministre des Finances qu'une demi-heure avant d'annoncer le remaniement d'hier. Il n'a pas cherché à lui parler avant, laissant ses seconds faire le travail.
Malgré les apparences, ce n'est pas seulement l'ordre de Jean Chrétien de mettre fin à la campagne larvée à sa succession qui explique la décision de Paul Martin de réfléchir à son avenir. Cette directive n'a été que la goutte qui a fait déborder le vase, admettent des libéraux qui ne sont pourtant pas partisans de M. Martin.
Paul Martin a donné lui-même un aperçu de la profondeur de la crise. «La question est la suivante. Est-ce que continuer au sein du cabinet [...] va me permettre d'exercer le genre de responsabilités et d'influence que je crois qu'un ministre des Finances doit avoir», a-t-il dit vendredi.
Le commentaire n'était pas innocent. Les deux hommes ont, jusqu'au dernier budget, établi une relation de travail solide et fructueuse, M. Martin jouissant toujours de l'appui de M. Chrétien dans son combat contre le déficit, la réduction des dépenses et des taxes et ainsi de suite. M. Chrétien l'a lui-même souligné hier. Mais, depuis quelques mois, selon certaines sources, la méfiance du premier ministre à l'égard du ministre s'est accentuée à cause des effets déstabilisants de la course au leadership officieuse qu'il avait pourtant lui-même encouragée.
Cette perte de confiance aurait commencé à créer des frictions autour de certains problèmes financiers touchant les relations avec d'autres niveaux de gouvernement. Au moins un de ces dossiers ne serait toujours pas résolu. Selon certaines sources, M. Chrétien n'était pas d'accord avec le gel des changements à la formule de péréquation provoqués par la décision de Statistique Canada de calculer différemment la valeur des impôts fonciers. Cette modification aurait entraîné des trous importants dans les budgets provinciaux à la toute fin de la dernière année financière. M. Martin a donc décidé de retarder son entrée en vigueur.
Le premier ministre ne serait pas davantage d'accord avec le projet de pacte fiscal que M. Martin voudrait conclure avec les provinces et les municipalités afin de faciliter la vie de ces dernières.
Le dossier qui reste en suspens cependant touche encore les provinces. Le gouvernement fédéral a découvert qu'à cause de ses propres erreurs de calcul, il a versé trop d'argent aux provinces pendant des années.
M. Martin voudrait, indiquent certaines sources, qu'on ne réclame pas cet argent puisqu'il a déjà servi à financer des services aux citoyens. M. Chrétien préférerait adopter la position inverse.
M. Martin avait le sentiment qu'on minait son autorité dans ces dossiers, confie une source, en mettant en doute son intégrité et celle de son équipe dans la course au leadership. C'est ce qui l'a conduit il y a quelques mois à déclarer publiquement qu'il en avait assez. La semaine dernière, révélait le Globe and Mail, M. Chrétien s'en serait pris au ministre des Finances au moment où il exigeait de ses ministres de mettre fin à leurs collectes de fonds pour leur campagne. Il aurait aussi pris le ministre à partie pour des fuites récentes qui ont mis le gouvernement dans l'embarras, une critique qui a piqué au vif le ministre et ses supporteurs. Cette affaire a ironiquement été très vite et largement ébruitée auprès des médias aux moyens de fuites calculées.
Et le dernier clou est venu quand M. Chrétien a intimé à ses aspirants successeurs de cesser de faire campagne et a annoncé qu'il resterait en poste jusqu'en 2004, ce qui équivalait à exiger de Paul Martin qu'il oublie ses ambitions.
Le premier ministre et son personnel parlent volontiers des problèmes causés par cette campagne, mais celle-ci a pris de la vigueur à cause de l'incertitude que M. Chrétien s'est toujours plu à entretenir autour de ses intentions. Il a lui-même avoué vendredi avoir fait comprendre à certaines personnes qu'il partirait en 2003. De plus, il a approuvé les efforts de certains ministres. Il décide maintenant de freiner en sachant très bien que cela ne punit vraiment qu'un joueur, M. Martin, qui est sur les rangs depuis 1990.
Jean Chrétien a changé d'idée. En plus, l'économie va bien et la crédibilité financière largement attribuable à M. Martin est maintenant enracinée. Il sent donc qu'il a les coudées franches et qu'il peut se passer de M. Martin sans faire de manières, en l'écartant sans prendre de gants. À preuve, il n'a parlé à son ministre des Finances qu'une demi-heure avant d'annoncer le remaniement d'hier. Il n'a pas cherché à lui parler avant, laissant ses seconds faire le travail.
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