dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 17h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

La prise turque

Serge Truffaut   22 mars 2003 
On savait les relations entre les États-Unis et la Turquie tortueuses depuis plusieurs semaines. Là, elles s'affichent très tendues. Les premiers accusent les seconds de jouer constamment au chat et à la souris. Les seconds assurent que l'administration Bush a renié ses promesses. Le prochain écueil sera turc ou kurde.

Faute d'avoir récolté certains des engagements financiers mis sur la table par Washington, faute d'avoir obtenu le soutien entier des membres de l'OTAN, le gouvernement du premier ministre turc Tayyp Erdogan marchande au prix fort l'usage de son corridor aérien par les forces américaines contre le déploiement de ses propres troupes dans le Kurdistan irakien. Dans cette perspective, Erdogan a fait voter par le Parlement turc une résolution liant les deux sujets.

On s'en doute, cette position a excédé au plus haut point Washington, qui a prévenu en termes aussi fermes que clairs que l'armée turque doit rester à l'intérieur de ses frontières. Cela a convaincu Erdogan de jouer les malins. Il a pincé la corde des divisions qui ont cours entre le Pentagone et le secrétariat d'État. Erdogan a donné satisfaction à Donald Rumsfeld tout en poursuivant des pourparlers avec Colin Powell. Résultat net: l'homologue turc de Powell, Abdullah Gül, a affirmé que des troupes de son pays envahiront le nord de l'Irak.

Le prétexte employé jusqu'à plus soif par le gouvernement truc est le suivant: contrer l'afflux massif de réfugiés dans la province kurde de la Turquie. Ankara estime que si des milliers de Kurdes irakiens s'installent sur son territoire, sa sécurité intérieure sera sérieusement ébranlée. En vérité, les buts d'Ankara sont beaucoup plus vastes que celui avancé. Fort de l'expérience acquise dans la foulée de la guerre du Golfe, la Turquie ne veut pas être une fois encore, si l'on ose dire, le dindon de la farce.

On se souviendra qu'en raison de l'embargo qui pèse sur l'Irak, la Turquie a perdu en l'Irak son principal partenaire commercial. Elle estime par ailleurs que l'opération humanitaire mise sur pied par les Américains pour protéger les Kurdes a permis aux dirigeants de l'opposition kurde en Turquie de bénéficier d'une base de repli pendant plus d'une dizaine d'années. Enfin, elle ne peut digérer l'autonomie qui a été accordée aux Kurdes du nord de l'Irak.

En prenant pied en Irak, la Turquie entend réaliser avant tout un coup double: mettre un terme à l'autonomie des Kurdes de l'Irak, car elle craint comme la peste que cet exemple donne des ardeurs guerrières aux Kurdes de Turquie. Pour Ankara, cette autonomie a été imposée pour protéger cette population de Saddam Hussein. Lui défait, ce modèle n'a plus sa raison d'être. Qui plus est, en s'installant dans cette région, la Turquie met de facto la main sur la région la plus riche de l'Irak. Ankara lorgne évidemment les nappes de pétrole situées dans les environs de la ville à très forte majorité kurde de Kirkouk. Outre la présence d'or noir, cette région a ceci d'alléchant que c'est là que sont concentrées les plus grandes réserves d'eau potable et les terres les plus fertiles de l'Irak.

En 1920, alors qu'on dépeçait l'empire ottoman, les Britanniques avaient promis l'indépendance aux Kurdes pour s'être opposés aux Turcs lors de la Premier Guerre mondiale. En 1932, Londres fusionnait trois provinces pour accoucher de l'Irak. Cet acte a eu ceci de très singulier qu'on a créé un État sans nation. Toujours est-il que cela fait 80 ans que les Kurdes, qui forment en nombre le peuple sans pays le plus imposant de la Terre, rêvent d'indépendance. Ils vont attendre encore longtemps. Cette question risque fort d'être la principale source de déstabilisation du Moyen-Orient, après le conflit israélo-palestinien, dans les années qui viennent.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
éditoriaux
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012