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Guerre et élections

Bernard Descôteaux   22 mars 2003 
Le premier ministre Bernard Landry aurait-il délibérément choisi, ainsi que l'affirmait Mario Dumont hier, de tenir des élections en temps de guerre dans l'espoir que celle-ci le servirait? L'argument sous-entendu est que les Québécois, en cette période troublée, se tourneraient vers un chef mûr et expérimenté comme le chef péquiste.

Depuis le déclenchement de la guerre en Irak, analystes politiques et stratèges électoraux s'interrogent sur l'influence qu'aura celle-ci sur le dénouement de la campagne électorale. Pour l'heure, il faut conclure que le Parti québécois n'en tire pas profit, comme semblent l'indiquer les résultats des sondages quotidiens menés par Léger Marketing.

Si, en cette période de guerre, les Québécois recherchent la maturité politique, il est clair qu'ils misent aussi bien sur le Parti québécois que sur le Parti libéral. L'un et l'autre ont l'expérience des affaires publiques et offrent la garantie de stabilité politique qui s'impose. Le leadership personnel de Bernard Landry est bien établi, surtout en matière économique, alors que celui de Jean Charest s'affirme à mesure que la campagne avance.

Les chefs péquiste et libéral ont compris que la guerre en Irak est un terrain glissant sur lequel il faut avancer prudemment. D'où les bons mots de Jean Charest à l'égard du premier ministre pour les mesures de sécurité que celui-ci a prises. Mario Dumont n'aidera pas sa cause en voulant prêter des intentions à Bernard Landry.

La conjonction de la guerre et des élections n'est pas heureuse dans la mesure où elle ne facilite pas le débat électoral. La guerre focalise l'attention des médias et, par voie de conséquence, divertit l'intérêt du public. Toutefois, contrairement à ce que Mario Dumont semble croire, la guerre ne mène pas les électeurs à modifier leur attitude envers les partis. Ainsi, la remontée du Parti québécois, comme celle du Parti libéral, correspond à une tendance amorcée au cours de l'automne dernier, qui s'est accentuée à mesure que l'Action démocratique a chuté dans les intentions de vote.

La constance du comportement des électeurs tient avant toute chose aux forces et aux faiblesses de chacun des partis en lice. Par exemple, le désenchantement des Québécois à l'endroit de l'ADQ s'explique par le manque de maturité de ce jeune parti. Cela, on a pu l'observer bien avant le déclenchement de la guerre car l'examen auquel les médias et les partis politiques l'ont soumis depuis l'automne dernier a été sans merci.

L'affaissement de l'ADQ reporte tous les regards vers le PLQ et le PQ, qui sont au coude-à-coude. La légère avance que détiennent les libéraux n'est pas significative en raison d'une pénétration encore trop faible dans les comtés francophones. Pour eux, le reste de la campagne électorale sera décisif. Les forces respectives de l'un et l'autre seront mises en lumière pour peu que nos regards reviennent sur la joute électorale. À cet égard, il faut rappeler que s'il y a en effet une guerre, il n'y a toutefois pas que la guerre. Le reste de la vie suit son cours, et il faut aussi y prêter attention.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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