L'entrevue - Avec un grand J
Photo : Jacques Nadeau
«C'est la vie qui m'a menée», dit Jannette Bertrand.
L'entrevue tirait à sa fin. Elle allait bon train depuis plus d'une heure et Janette Bertrand, fidèle à l'image que l'on s'en fait, plongeait allégrement dans tous les sujets. La matière à écrire était là, abondante. J'étais ravie.
Je concluais donc, quand elle a laissé tomber, avec le tutoiement qui lui est caractéristique: «Tu devais me parler de mon écriture! Tu vois ce que c'est que la popularité: je suis quelqu'un qui a gagné toute sa vie avec l'écriture, qui, paraît-il, a un style, qui a créé des personnages. Or de quoi on me parle: de ma vie privée! On ne me considère jamais comme un écrivain.»
J'en fus désarçonnée: avais-je raté cette entrevue? On m'avait pourtant prévenue: Janette la chaleureuse est aussi une grande inquiète. Toute sa vie est une quête de reconnaissance et l'écriture est la plus grande de ses quêtes, m'avait-on expliqué. Cette femme qui veut tant parler à ses contemporains n'arrive pas à se confronter à sa postérité, m'avait-on dit.
À réécouter mes cassettes, je voyais bien, pourtant, que l'on avait parlé de son oeuvre: avant sa petite phrase et encore après. Mais pas comme elle en rêve, comme pour les entrevues que l'on réserve à ceux qui n'ont d'existence que par les lignes qu'ils écrivent.
La vie qui nous mène
Janette Bertrand est évidemment d'une autre eau. Sa vie privée, tous le savent, a été imbriquée à son travail. Revenir en arrière implique forcément de reparler de Jean Lajeunesse, longtemps son partenaire amoureux et professionnel, de ses enfants, de l'évolution d'une femme. «J'ai toujours écrit mes bibittes, les affaires qui me fatiguaient», dit-elle.
Ainsi la série Toi et Moi, diffusée en épisodes de 15 minutes à la télévision de Radio-Canada, de 1954 à 1960, lui apparaît comme l'ancêtre d'Un gars, une fille. «Ça parlait du couple, de la femme qui était prise entre le traditionnel et le moderne, qui voulait travailler, avoir de l'argent à elle... » Comme elle, qui se voulait alors «en rupture du petit couple».
C'est donc ce qu'elle a raconté, et toute son écriture sera sur cette lancée: «C'est la vie qui m'a menée», résume-t-elle aujourd'hui. Mais comme cette écriture est indissociable de l'image, modelée pour la télé ou le théâtre, Janette Bertrand elle-même n'arrive pas plus que les autres à distinguer les mots qu'elle invente et les scènes qui les portent.
Ainsi, quand on lui demande quelle influence elle croit avoir eue sur les auteurs, elle répond par son envie de faire bouger des choses et donne en exemple une histoire... de corridor!
«À Radio-Canada, à l'époque de Quelle famille!, il était impensable de mettre une caméra dans un passage, dans un téléroman, raconte-t-elle. On coupait pour passer d'une pièce à l'autre. Moi, j'ai dit: "J'ai trois enfants et ils sont toujours dans le corridor à se chicaner devant la salle de bain. C'est ça que je veux faire." On m'a répondu que, techniquement, c'était impossible. Ben voyons! J'ai achalé le réalisateur et le directeur technique et finalement je l'ai eu!»
Elle ne le mesure sans doute pas, mais le corridor de Janette, c'est au fond son point-virgule: l'art de faire respirer une histoire sans avoir l'air d'y toucher. Comme le rythme d'une tirade servira ailleurs de points de suspension. Elle l'illustre elle-même en parlant d'un moment de sa pièce Le Choix, présentée l'an passé.
«Le gars [le héros de la pièce] parle des femmes, puis de sa petite soeur morte en bas âge, explique-t-elle. Il pense que c'est lui qui l'a poussée parce qu'il la haïssait d'avoir pris sa place. Là, t'entends pas un souffle dans la salle. Toi, t'es assise et tu te dis: j'ai réussi! J'ai réussi à capter leur émotion à un point tel qu'on n'entend plus rien, même plus une respiration.»
Madame Bertrand, professeur
Bien sûr, Janette Bertrand savoure ses effets, ceux qu'elle peut ressentir au théâtre ou ceux qui font jaser comme elle en a tant connu à la télé. Sa cinquantaine de dramatiques de la série Avec un grand A lui a valu des tonnes de compliments pour les sujets forts, pour la force des comédiens. Mais comme ç'avait l'air naturel, si près de la vie, «les gens pensaient que ce n'était pas écrit», soupire-t-elle.
Ce l'est pourtant, énormément. Une fois que tout est jeté sur la table, l'étape facile pour une femme qui n'a jamais connu la page blanche, le vrai travail commence: retrancher, réécrire, pour que les dialogues soient «punchés» et que l'action avance. Une technique qu'elle enseigne depuis six ans dans une école spécialisée. «Je leur enseigne en quatre mois ce que j'ai mis 50 ans à apprendre sur le tas», dit-elle. Et elle adore.
Reste que son vrai métier, c'est l'écriture et que, depuis trois ans, elle ne vit que des rejets. «Ça fait quatre ans que je ne suis plus à la télévision, parce qu'il y a un vent de jeunisme qui a soufflé. Mais en parler quand on a mon âge, on a seulement l'air amer.»
Elle dit ne pas l'être, mais le sujet la touche. Non seulement elle l'aborde dans toutes ses entrevues, mais ses yeux se remplissent encore de larmes quand elle en parle. Car, si plus rien ne passe, c'est qu'elle est sans doute passée de mode, pourrie, trop vieille... comme elle le récite.
Ce qui l'aide à se raisonner un peu, c'est de constater, comme bien d'autres, que la télé a changé et qu'elle est devenue une industrie où tout se mesure à ce qui rapporte aux publicitaires en quête d'un marché de jeunes consommateurs. Et Janette Bertrand ne se sent pas prête à écrire sur mesure pour les 25-30 ans. Mais elle continue de proposer des histoires. Le lendemain de notre rencontre, elle dînait d'ailleurs avec un réalisateur.
Pourquoi ne pas se lancer dans le roman plutôt que de dépendre des desiderata de diffuseurs? «C'est drôle, mais il y a quelque chose qui ne me tente pas dans ça.» Quoi? Elle ne le sait pas, elle qui a pourtant déjà publié, jeune femme, un recueil de poésie qu'on dit fort réussi.
Elle préfère miser sur le théâtre. Elle vient d'ailleurs de finir une pièce sur l'histoire d'amour d'un couple de 60 ans. «Un coup de chair, pas un coup de coeur! Il y a un tabou sur la sexualité à cet âge, alors que 60 ans, de nos jours, c'est très jeune quand on va mourir à 90!»
Elle-même a 77 ans depuis peu, ne les fait pas, ne les sent pas. «Ça ne peut pas être vrai!», dit-elle. Du coup, rejets ou pas, pas question de se reposer sur les lauriers passés. Elle fait encore partie de la main-d'oeuvre, non? Ça aussi, c'est un autre tabou à briser au sujet des gens âgés: pourquoi les reléguer au bénévolat? Car le travail et l'argent qu'il rapporte, avoir des sous à soi, c'est une libération, surtout pour les femmes, dit-elle. Pourquoi le fait de vieillir changerait-il quelque chose à l'affaire?
Travail et rémunération
Elle a trop souvenir du passé pour ne pas s'étonner des discours qui dissocient travail et rémunération. «Quand les femmes étaient dépendantes, elles ne pouvaient pas partir de la maison. C'est pas croyable comment les femmes étaient prises. Tu n'as pas idée... Les femmes qui avaient besoin d'argent, elles tendaient la main.»
Mais la femme gestionnaire du budget familial, c'était aussi une réalité au Québec, non? N'exagère-t-on pas cette coupure entre les femmes et l'argent? «Dans les milieux pauvres, oui, c'était la femme qui gérait parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'argent! Mais moi, je n'ai pas connu ça. Mon père avait deux magasins: il n'était pas riche, mais il faisait de l'argent, alors j'ai vécu dans un milieu où les hommes avaient de gros mottons enroulés d'un élastique. Les femmes demandaient cinq piastres et le gars disait: "qu'est-ce que tu vas faire avec ça?" C'est ça ma réalité, et c'est la réalité de beaucoup de femmes de la classe moyenne.
«Par exemple, ma mère, qui restait à la maison, nous disait quelques semaines avant Noël: "Il faut que je commence à voler des sous à votre père — des 10 cents, des 25 cents — si je veux lui acheter un cadeau." Cette phrase-là m'a marquée. Je me suis dit: moi, je vais faire de l'argent. Je ne quêterai pas. Je voulais être capable d'acheter un rouge à lèvres sans demander à mon mari... Ne pas être comme toutes ces femmes qui rêvaient de divorcer et qui ne le pouvaient pas.»
Janette croit donc profondément qu'il faut faire attention au bénévolat dans une société où la valeur est attachée à la rémunération. «D'après moi, le bénévolat, c'est une façon de ramener les femmes à leur place, parce que ce sont elles, surtout, qui sont bénévoles. Ça me choque: si elles font un travail si essentiel, pourquoi n'ont-elles pas un salaire? Souvent, je dis à mes élèves: il n'est pas mal de vouloir gagner sa vie, c'est le fun de recevoir un chèque, de se dire: je suis payé pour ce que je fais, donc je vaux quelque chose, parce que dans notre société, la valorisation passe beaucoup par ça.
«Mais je suis tellement à l'envers de ce que tout le monde pense. On trouve ça beau, faire du bénévolat. Moi aussi, j'en fais des choses gratuitement. Mais si le bénévolat en vient à remplacer l'infirmière qui est payée, ça n'a pas de sens!»
Elle-même dit connaître sa valeur. Elle a maintenant quelqu'un qui négocie pour elle, mais elle a toujours fixé l'objectif: «Je dis toujours: tout ce que je veux, c'est être payée le même prix qu'un tel, qui est un gars. Surtout, que je n'apprenne pas qu'il est payé plus que moi!» Cette fois, Janette n'a pas de problèmes de reconnaissance!
Je concluais donc, quand elle a laissé tomber, avec le tutoiement qui lui est caractéristique: «Tu devais me parler de mon écriture! Tu vois ce que c'est que la popularité: je suis quelqu'un qui a gagné toute sa vie avec l'écriture, qui, paraît-il, a un style, qui a créé des personnages. Or de quoi on me parle: de ma vie privée! On ne me considère jamais comme un écrivain.»
J'en fus désarçonnée: avais-je raté cette entrevue? On m'avait pourtant prévenue: Janette la chaleureuse est aussi une grande inquiète. Toute sa vie est une quête de reconnaissance et l'écriture est la plus grande de ses quêtes, m'avait-on expliqué. Cette femme qui veut tant parler à ses contemporains n'arrive pas à se confronter à sa postérité, m'avait-on dit.
À réécouter mes cassettes, je voyais bien, pourtant, que l'on avait parlé de son oeuvre: avant sa petite phrase et encore après. Mais pas comme elle en rêve, comme pour les entrevues que l'on réserve à ceux qui n'ont d'existence que par les lignes qu'ils écrivent.
La vie qui nous mène
Janette Bertrand est évidemment d'une autre eau. Sa vie privée, tous le savent, a été imbriquée à son travail. Revenir en arrière implique forcément de reparler de Jean Lajeunesse, longtemps son partenaire amoureux et professionnel, de ses enfants, de l'évolution d'une femme. «J'ai toujours écrit mes bibittes, les affaires qui me fatiguaient», dit-elle.
Ainsi la série Toi et Moi, diffusée en épisodes de 15 minutes à la télévision de Radio-Canada, de 1954 à 1960, lui apparaît comme l'ancêtre d'Un gars, une fille. «Ça parlait du couple, de la femme qui était prise entre le traditionnel et le moderne, qui voulait travailler, avoir de l'argent à elle... » Comme elle, qui se voulait alors «en rupture du petit couple».
C'est donc ce qu'elle a raconté, et toute son écriture sera sur cette lancée: «C'est la vie qui m'a menée», résume-t-elle aujourd'hui. Mais comme cette écriture est indissociable de l'image, modelée pour la télé ou le théâtre, Janette Bertrand elle-même n'arrive pas plus que les autres à distinguer les mots qu'elle invente et les scènes qui les portent.
Ainsi, quand on lui demande quelle influence elle croit avoir eue sur les auteurs, elle répond par son envie de faire bouger des choses et donne en exemple une histoire... de corridor!
«À Radio-Canada, à l'époque de Quelle famille!, il était impensable de mettre une caméra dans un passage, dans un téléroman, raconte-t-elle. On coupait pour passer d'une pièce à l'autre. Moi, j'ai dit: "J'ai trois enfants et ils sont toujours dans le corridor à se chicaner devant la salle de bain. C'est ça que je veux faire." On m'a répondu que, techniquement, c'était impossible. Ben voyons! J'ai achalé le réalisateur et le directeur technique et finalement je l'ai eu!»
Elle ne le mesure sans doute pas, mais le corridor de Janette, c'est au fond son point-virgule: l'art de faire respirer une histoire sans avoir l'air d'y toucher. Comme le rythme d'une tirade servira ailleurs de points de suspension. Elle l'illustre elle-même en parlant d'un moment de sa pièce Le Choix, présentée l'an passé.
«Le gars [le héros de la pièce] parle des femmes, puis de sa petite soeur morte en bas âge, explique-t-elle. Il pense que c'est lui qui l'a poussée parce qu'il la haïssait d'avoir pris sa place. Là, t'entends pas un souffle dans la salle. Toi, t'es assise et tu te dis: j'ai réussi! J'ai réussi à capter leur émotion à un point tel qu'on n'entend plus rien, même plus une respiration.»
Madame Bertrand, professeur
Bien sûr, Janette Bertrand savoure ses effets, ceux qu'elle peut ressentir au théâtre ou ceux qui font jaser comme elle en a tant connu à la télé. Sa cinquantaine de dramatiques de la série Avec un grand A lui a valu des tonnes de compliments pour les sujets forts, pour la force des comédiens. Mais comme ç'avait l'air naturel, si près de la vie, «les gens pensaient que ce n'était pas écrit», soupire-t-elle.
Ce l'est pourtant, énormément. Une fois que tout est jeté sur la table, l'étape facile pour une femme qui n'a jamais connu la page blanche, le vrai travail commence: retrancher, réécrire, pour que les dialogues soient «punchés» et que l'action avance. Une technique qu'elle enseigne depuis six ans dans une école spécialisée. «Je leur enseigne en quatre mois ce que j'ai mis 50 ans à apprendre sur le tas», dit-elle. Et elle adore.
Reste que son vrai métier, c'est l'écriture et que, depuis trois ans, elle ne vit que des rejets. «Ça fait quatre ans que je ne suis plus à la télévision, parce qu'il y a un vent de jeunisme qui a soufflé. Mais en parler quand on a mon âge, on a seulement l'air amer.»
Elle dit ne pas l'être, mais le sujet la touche. Non seulement elle l'aborde dans toutes ses entrevues, mais ses yeux se remplissent encore de larmes quand elle en parle. Car, si plus rien ne passe, c'est qu'elle est sans doute passée de mode, pourrie, trop vieille... comme elle le récite.
Ce qui l'aide à se raisonner un peu, c'est de constater, comme bien d'autres, que la télé a changé et qu'elle est devenue une industrie où tout se mesure à ce qui rapporte aux publicitaires en quête d'un marché de jeunes consommateurs. Et Janette Bertrand ne se sent pas prête à écrire sur mesure pour les 25-30 ans. Mais elle continue de proposer des histoires. Le lendemain de notre rencontre, elle dînait d'ailleurs avec un réalisateur.
Pourquoi ne pas se lancer dans le roman plutôt que de dépendre des desiderata de diffuseurs? «C'est drôle, mais il y a quelque chose qui ne me tente pas dans ça.» Quoi? Elle ne le sait pas, elle qui a pourtant déjà publié, jeune femme, un recueil de poésie qu'on dit fort réussi.
Elle préfère miser sur le théâtre. Elle vient d'ailleurs de finir une pièce sur l'histoire d'amour d'un couple de 60 ans. «Un coup de chair, pas un coup de coeur! Il y a un tabou sur la sexualité à cet âge, alors que 60 ans, de nos jours, c'est très jeune quand on va mourir à 90!»
Elle-même a 77 ans depuis peu, ne les fait pas, ne les sent pas. «Ça ne peut pas être vrai!», dit-elle. Du coup, rejets ou pas, pas question de se reposer sur les lauriers passés. Elle fait encore partie de la main-d'oeuvre, non? Ça aussi, c'est un autre tabou à briser au sujet des gens âgés: pourquoi les reléguer au bénévolat? Car le travail et l'argent qu'il rapporte, avoir des sous à soi, c'est une libération, surtout pour les femmes, dit-elle. Pourquoi le fait de vieillir changerait-il quelque chose à l'affaire?
Travail et rémunération
Elle a trop souvenir du passé pour ne pas s'étonner des discours qui dissocient travail et rémunération. «Quand les femmes étaient dépendantes, elles ne pouvaient pas partir de la maison. C'est pas croyable comment les femmes étaient prises. Tu n'as pas idée... Les femmes qui avaient besoin d'argent, elles tendaient la main.»
Mais la femme gestionnaire du budget familial, c'était aussi une réalité au Québec, non? N'exagère-t-on pas cette coupure entre les femmes et l'argent? «Dans les milieux pauvres, oui, c'était la femme qui gérait parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'argent! Mais moi, je n'ai pas connu ça. Mon père avait deux magasins: il n'était pas riche, mais il faisait de l'argent, alors j'ai vécu dans un milieu où les hommes avaient de gros mottons enroulés d'un élastique. Les femmes demandaient cinq piastres et le gars disait: "qu'est-ce que tu vas faire avec ça?" C'est ça ma réalité, et c'est la réalité de beaucoup de femmes de la classe moyenne.
«Par exemple, ma mère, qui restait à la maison, nous disait quelques semaines avant Noël: "Il faut que je commence à voler des sous à votre père — des 10 cents, des 25 cents — si je veux lui acheter un cadeau." Cette phrase-là m'a marquée. Je me suis dit: moi, je vais faire de l'argent. Je ne quêterai pas. Je voulais être capable d'acheter un rouge à lèvres sans demander à mon mari... Ne pas être comme toutes ces femmes qui rêvaient de divorcer et qui ne le pouvaient pas.»
Janette croit donc profondément qu'il faut faire attention au bénévolat dans une société où la valeur est attachée à la rémunération. «D'après moi, le bénévolat, c'est une façon de ramener les femmes à leur place, parce que ce sont elles, surtout, qui sont bénévoles. Ça me choque: si elles font un travail si essentiel, pourquoi n'ont-elles pas un salaire? Souvent, je dis à mes élèves: il n'est pas mal de vouloir gagner sa vie, c'est le fun de recevoir un chèque, de se dire: je suis payé pour ce que je fais, donc je vaux quelque chose, parce que dans notre société, la valorisation passe beaucoup par ça.
«Mais je suis tellement à l'envers de ce que tout le monde pense. On trouve ça beau, faire du bénévolat. Moi aussi, j'en fais des choses gratuitement. Mais si le bénévolat en vient à remplacer l'infirmière qui est payée, ça n'a pas de sens!»
Elle-même dit connaître sa valeur. Elle a maintenant quelqu'un qui négocie pour elle, mais elle a toujours fixé l'objectif: «Je dis toujours: tout ce que je veux, c'est être payée le même prix qu'un tel, qui est un gars. Surtout, que je n'apprenne pas qu'il est payé plus que moi!» Cette fois, Janette n'a pas de problèmes de reconnaissance!
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