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Journée internationale de la femme - Les mirages du progrès

Les Africaines doivent lutter pour se réapproprier leurs droits jadis confisqués par une implacable machine à traditions

Ghislaine Sathoud - Écrivaine  7 mars 2009 
On peut dire que les luttes des femmes ont trouvé un écho favorable. Par exemple, la décision prise par l'Organisation des Nations unies en 1977 de consacrer une journée aux femmes est bel et bien une victoire, une action concrète pour s'associer aux femmes qui luttaient contre les injustices. Mais ce geste est-il suffisant pour gagner la bataille contre les inégalités?

Et du côté des Africaines, donc? Quelle est leur place dans la mouvance mondiale du combat des femmes? Peut-on parler de progrès pour les femmes en Afrique? Les femmes sont-elles désormais à l'abri des coutumes rétrogrades?

Tout d'abord, il convient de préciser que plusieurs aspects sont indispensables pour parler de la condition de la femme africaine.

En effet, l'environnement et le lieu de résidence de la population ciblée, ces détails a priori négligeables, sont pourtant essentiels, d'autant plus qu'ils apportent des explications capitales pour clarifier les choses, pour évaluer correctement la problématique évoquée précédemment.

Bon, d'accord, il va sans dire que de nos jours, les Africaines disposent — heureusement! — de plusieurs instruments juridiques sur lesquels elles s'appuient pour contester les violations des droits humains. Mais ça, c'est la théorie... Cela dit, la théorie est-elle conforme aux usages? C'est la question qui met en exergue le grand fossé entre le discours et la pratique.

De façon plus concrète, il y a les défenseurs des traditions; voulant les garder inchangées, ils s'opposent farouchement à toute nouvelle suggestion, ce qui est fort déplorable. En tout cas, pour l'instant, le chemin est encore long! Les coutumes sont drastiques à l'égard des veuves; les femmes ont encore des difficultés à intégrer certaines professions, pour ne citer que ces exemples-là. La liste des oppressions est longue, très longue; mais faute d'espace, il est impossible de s'y attarder ici...

En fait, on ne s'étonne plus des perpétuelles brouilles entre les partisans du renouveau prônant le changement des moeurs et les indomptables vindicatifs qui ne jurent que par les dogmes, qui souhaiteraient préserver des croyances pourtant contestées même si elles se sont avérées vieillottes et despotiques.

Qu'on ne vienne surtout pas nous dire que la femme africaine jouit de tous les droits, que les pays africains ont signé des conventions internationales sur la promotion des droits des femmes; ce serait une grave bourde que d'y croire, de tomber dans le panneau de ces manigances bombardées régulièrement: ce sont davantage des compagnes publicitaires que des constats probants.

La condition de la femme est loin, même très loin des arguments présentés comme des attestations, comme des preuves de progrès réalisés en faveur des femmes. Ne nous laissons pas séduire par ces campagnes publicitaires. Persévérons. Oui, mesdames, persévérez! Il faut lutter pour la réappropriation de nos droits confisqués jadis par l'implacable machine à traditions.

Non! Trois fois non: cette femme épanouie dans le discours de nos dirigeants est imaginaire, elle ne nous ressemble pas! Et c'est une bonne raison pour monter au créneau et poursuivre le combat car nous avons des preuves que nos droits sont bafoués. Pour les uns, il s'agit tout simplement de gagner de la visibilité à l'échelle internationale... Tous les moyens sont donc sérieusement évalués pour atteindre cet objectif, même les plus incultes.

Et la condition de la femme est une aguichante vitrine: se servir de quelques femmes comme des «béquilles» — des propagandistes? — n'est pas une politique véritable en faveur de la cause des femmes. On s'attend à l'instauration de politiques qui apportent des résultats concrets. Franchement, la situation est très préoccupante: nous devons tirer la sonnette d'alarme!

On peut y voir, et ce n'est pas anodin, une certaine revanche sur le passé, une contre-attaque pour ravir aux femmes les acquis obtenus au prix de moult abnégations. Il faut dire que plusieurs ne voient pas d'un bon oeil ces changements.

Oui, contrairement à nos ascendantes, nous avons accès à l'éducation et nous sommes actives professionnellement. Quelles vérités se cachent derrière les apparences? Voilà une question qui m'obsède souvent. Au fait, comment se manifestent concrètement ces atouts? Là est la question. Pensez-y donc!

Régulièrement, la presse annonce des exactions, des violences envers les femmes. Par exemple, qui, en Afrique, peut prétendre ignorer la géhenne des veuves? Les veuves sont généralement virées du domicile du défunt mari! Pardon, du domicile familial, j'allais dire; elles sont expulsées de chez elles. De nos jours, d'aucuns attribuent encore à la femme une condition «d'assistée», les biens du couple appartiendraient donc exclusivement au mari. La veuve et ses enfants sont simplement virés, jetés comme des ordures, contraints de quitter les lieux le plus rapidement possible. On ne compte plus le nombre de veuves et d'orphelins victimes de cette barbarie.

Somme toute, invariablement, de nouveaux rebondissements révèlent au grand jour la condition pitoyable de la femme dans nos contrées. Alors, que veut dire la Journée internationale de la femme pour moi? Quel est le regard de la femme africaine sur la Journée internationale de la femme? Et la migrante que je suis est-elle satisfaite?

Finalement, un seul mot me vient en tête: persévérance. Que ce soit en Afrique ou ailleurs, nous, les femmes africaines, sommes encore malheureusement prisonnières de coutumes rétrogrades.
 
 
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