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Mont Royal: un patrimoine culturel en péril!

Marie-Andrée Bertrand, André-Pierre Contandriopoulos, Jean Décarie, Andrée Lajoie, Guy Rocher, Michel Seymour et Daniel Turp - Les signataires sont professeurs actuels ou retraités de l'Université de Montréal  5 mars 2009 
L'Université de Montréal est engagée dans une démarche de privatisation du flanc nord de la montagne: vente du 1420 Mont-Royal à un promoteur qui projette d'y établir des condos, et possibles mises en vente du pavillon de la faculté de musique et de la salle Claude-Champagne.

Le 1420 Mont-Royal est une propriété de l'Université de Montréal localisée sur le flanc nord du mont Royal et adjacente à un boisé. Il s'agit d'un terrain situé dans un environnement institutionnel (deux pavillons du campus jouxtent le bâtiment patrimonial), à proximité de la rue Vincent-d'Indy. C'est aussi un site stratégique pour ce qui est de la création des nouveaux accès à la montagne envisagés dans le plan de préservation et de valorisation du mont Royal.

L'université veut non seulement privatiser un terrain compris dans l'arrondissement protégé du mont Royal, mais en plus se départir, au profit d'intérêts privés, d'un bâtiment patrimonial d'une valeur culturelle inestimable, le couvent des soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Ce site sera désormais réservé à quelques propriétaires fortunés.

Le bâtiment était la propriété de la Congrégation des soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. En 2003, l'Université de Montréal en faisait l'acquisition pour la somme de 15 millions de dollars. Il s'agissait d'un bâtiment très bien conservé ayant une très grande valeur architecturale et patrimoniale. Rappelons qu'il abrite l'une des plus belles chapelles de la ville de Montréal, dans laquelle on trouve un dôme peint par le «vitrailliste» et fresquiste Guido Nincheri et un orgue Casavant opus 1150. L'acoustique de la chapelle est, dit-on, remarquable. Le bâtiment s'insère de façon parfaitement harmonieuse au complexe immobilier de l'Université de Montréal. Il est situé juste à côté de la faculté de musique et du pavillon Marie-Victorin, à l'extrémité est du campus. Il répond par ses surfaces imposantes à des besoins criants d'espace à l'Université de Montréal. Il permettrait entre autres d'accueillir l'École de santé publique que l'Université a officiellement créée en juin 2007 et dont les membres sont actuellement éparpillés sur le campus. Il permettrait aussi de répondre aux besoins de la faculté de musique.

Une privatisation généralisée?

Les dangers encourus ne se limitent pas au 1420 Mont-Royal. L'Université de Montréal pourrait aussi considérer éventuellement la vente de la salle Claude-Champagne située sur Vincent-d'Indy, au sud du boulevard Édouard-Montpetit. Il n'y a qu'à consulter le Plan directeur des espaces de l'Université de Montréal (2008) pour connaître les intentions de la direction de l'université: «La rénovation et la mise à niveau de la salle Claude-Champagne constituent un investissement majeur qui ne règle pas pour autant les points de pression importants liés à l'absence de salles de répétition, à la taille insuffisante de la bibliothèque, aux problèmes de fonctionnalité liés aux infrastructures ainsi qu'à la vétusté générale de l'ensemble du bâtiment. Cette situation hypothèque très sérieusement l'essor académique de cette faculté. Aussi, le scénario de la construction d'un nouveau pavillon pour la faculté de musique sur le site Outremont serait une hypothèse envisageable.» [...] La direction pourrait alors décider de vendre aussi la salle Claude-Champagne et le pavillon de la faculté de musique. Et si encore une fois les gouvernements ne bougent pas, seules des entreprises privées se montreront intéressées et l'Université de Montréal n'hésitera pas à leur céder des biens patrimoniaux.

L'image de l'Université de Montréal est ternie

L'université rompt l'engagement qui avait présidé à la vente par les religieuses en 2003. Ces dernières avaient choisi de céder la propriété à l'Université de Montréal pour s'assurer du maintien de la vocation éducative de l'établissement, malgré une douzaine d'offres dont certaines étaient plus élevées. [...]

L'Université de Montréal se situe aux antipodes de ce que favorisent les autres universités situées à Montréal. L'Université Concordia achète et rénove le couvent des Soeurs grises, un domaine aussi vaste que le 1420 Mont-Royal. L'UQAM avait acheté et préservé le bâtiment de la Bibliothèque nationale d'une vente à des intérêts privés. Depuis, il a été repris par le gouvernement du Québec. L'Université McGill envisage d'acheter les immeubles de l'hôpital Royal Victoria et de sauver le complexe d'une privatisation. Un comité intégrant des citoyens agit comme lieu de réflexion quant à son avenir. Trois universités, trois comportements qui valorisent la préservation du patrimoine bâti. L'Université de Montréal fait bien piètre figure dans ce tableau!

L'université manque à son devoir de transparence en refusant de dévoiler la teneur des études qui ont mené à une explosion inexplicable des coûts d'achat et de rénovation du bâtiment. Ces derniers, évalués à moins de 60 millions de dollars à l'achat, frisent les 150 millions cinq ans plus tard. La direction s'est toujours bien gardée d'indiquer comment se ventilaient ces dépassements de coûts et comment pouvait s'expliquer un différentiel aussi important entre l'évaluation initiale et l'évaluation tardive des coûts de rénovation. Aucun document, aucune analyse n'ont été rendus publics.

La direction de l'université n'a jamais indiqué non plus quelles démarches avaient été entreprises pour l'aider à financer ces rénovations. Elle n'a jamais, non plus, manifesté une volonté claire de préserver le patrimoine bâti. Aucun dossier digne de ce nom n'a été préparé pour faire des représentations aux divers ordres de gouvernement en vue d'obtenir des appuis pour développer le 1420 Mont-Royal — tout au plus, dit-on, des appels téléphoniques auraient été logés à quelque fonctionnaire. L'université demeure aussi muette quant à la teneur de l'offre d'achat faite par le promoteur. À quel prix la direction de l'université a-t-elle bradé ce joyau architectural? La vente s'est-elle conclue à perte?

Devant ce constat, nous ne pouvons que dénoncer la privatisation du flanc nord du mont Royal et celle d'un joyau patrimonial culturel. Nous appelons les citoyens et citoyennes de Montréal à réagir et à demander la tenue d'un référendum sur le maintien du caractère institutionnel de ce site, auquel participeront tous les Montréalais. Après tout, le mont Royal leur appartient! Nous interpellons les différents ministères du gouvernement québécois concernés par ce dossier, soit le ministère de la Culture et des communications, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport et le ministère des Affaires municipales, Régions et Occupation du territoire, pour qu'ils participent à la sauvegarde de ce site exceptionnel et maintiennent en ces lieux des activités éducationnelles, accessibles à toute la population.
 
 
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