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La mission canadienne

Bernard Descôteaux   21 mars 2003 
La condamnation par le gouvernement Chrétien de l'intervention militaire américaine en Irak ne sera pas sans répercussions pour le Canada. Il en résultera tout au moins une perte d'influence du gouvernement Chrétien sur l'administration Bush, perte qui sera d'autant plus grande si, aux désaccords politiques, devait s'ajouter l'expression d'un antiaméricanisme primaire.

Non sans raison, on s'inquiète dans plusieurs milieux de représailles possibles de la part de Washington à la suite de la prise de position d'Ottawa. Celle-ci sera-t-elle interprétée par le gouvernement Bush comme la défection d'un proche allié? Voudra-t-on lui en faire payer le prix, notamment sur le plan commercial? Le ministre des Finances, John Manley, a souligné avec raison que la nature même des liens économiques entre les deux pays, tout comme leur importance, interdit à chacun de faire des gestes inconsidérés. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que le Canada n'est pas seul dans sa situation sur ce plan puisque le Mexique, le troisième partenaire de l'ALENA, a aussi refusé de suivre la politique irakienne des États-Unis. Les contrecoups que subira l'économie canadienne, s'il y en a, devraient être passagers et d'abord liés aux mesures de sécurité appliquées aux frontières.

Sur le plan politique, il en ira autrement. La «déception» exprimée par Washington devant la position canadienne se traduira par une froideur qui rendra les communications ardues. Le froid ne sera pas aussi intense que celui qui perturbe actuellement les relations franco-américaines, mais il ne faudrait pas qu'on laisse trop souvent échapper, à Ottawa, des propos de la nature de ceux exprimés mercredi par le ministre Herb Dhaliwal sur la stature d'homme d'État de George W. Bush. Le thermomètre pourrait descendre plus bas.

L'effet de cette tension sera de rendre plus difficile le rôle de médiateur que devrait normalement jouer le Canada pour rapprocher les États-Unis du groupe France-Allemagne-Russie, qui s'opposait à une intervention armée en Irak sans avoir complété le processus d'inspection. Néanmoins, il ne faut surtout pas, en dépit des circonstances, se replier sur soi. Même plus difficile, la médiation canadienne doit reprendre afin d'amener les Américains à resituer dans un cadre multilatéral la gestion des retombées de la crise irakienne.

Les États-Unis ayant pris l'initiative de la guerre chercheront à se réserver la gestion de l'après-guerre. Ce n'est pas parce qu'on a failli à garder le désarmement de l'Irak dans le cadre des Nations unies qu'il faut répéter l'erreur. À court terme, c'est l'aide humanitaire qu'il faut organiser. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ne pourront pas répondre seuls aux besoins, qui seront immenses. Il en sera de même pour la reconstruction de l'Irak, qui devra être le fait d'un effort collectif. Surtout, il y aura un processus de paix à mettre en branle. Laissera-t-on l'Irak être occupé et gouverné par les États-Unis ou confiera-t-on cette mission à un large groupe de pays ou, mieux, aux Nations unies? Tout naturellement, c'est cette deuxième option que le Canada devrait privilégier.

Les manifestations en faveur de la paix se poursuivent à travers le Québec et le Canada. Ceux qui descendent dans la rue ne doivent pas s'imaginer qu'ils peuvent aujourd'hui stopper cette guerre. Eux aussi doivent penser à l'après-guerre. Leurs pressions doivent servir à inviter le gouvernement Chrétien à multiplier les interventions pour que le multilatéralisme redevienne la voie privilégiée pour gérer les crises internationales.

bdescoteaux@ledevoir.ca






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