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La guerre post-Saddam

Serge Truffaut   21 mars 2003 
Les militaires ayant pris pied en Irak, les politiciens et leurs bataillons de conseillers s'attellent désormais au remodelage de ce pays pour l'après-Saddam. Bien évidemment, chaque camp dispose ses pions en fonction d'intérêts où le parti pris messianique l'emporte parfois sur le réalisme politique — c'est, en l'occurrence, le choix du Pentagone — et où, d'autres fois, on souhaite au contraire articuler un cadre s'appuyant sur les faits et les cultures politiques irakiennes en présence — c'est le choix du département d'État. Et il y a une troisième voie: celle prise à la hâte et un peu tardivement par la Grande-Bretagne.

Hier, en effet, la ministre britannique Clara Short, qui avait fait les manchettes il y a une dizaine de jours pour avoir critiqué haut et fort la politique de son patron, Tony Blair, est allée à la rencontre du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Le but de sa mission pourrait se résumer en un mot: l'ONU. Il est devenu impérieux, pour Londres s'entend, que tout ce qui est hors du strict cadre militaire passe par cette organisation. On ne s'étonnera évidemment pas d'apprendre que tout le volet humanitaire sera chapeauté par l'ONU.

Pour le reste, Londres voudrait que le programme «Pétrole contre nourriture» soit sous l'autorité directe de Kofi Annan. Enfin, et c'est le plus important pour ce qui nous occupe aujourd'hui, le gouvernement Blair, dans les prochains jours, entend déposer au Conseil de sécurité une résolution qui stipulera que la reconstruction et l'administration du pays doivent être du ressort de l'ONU. Sur cet aspect du dossier, Blair défend une position qui va immanquablement l'opposer au Pentagone. Dans cette histoire, les faucons du Pentagone, grâce à l'activisme constant du vice-président Cheney, ont pris le dessus, pour l'instant du moins, sur tous les autres.

À l'évidence, les Britanniques sont désormais habités par l'inquiétude suivante: que le plan du Pentagone consistant à installer une administration militaire américaine pour un minimum de deux ans provoque la colère du monde arabe et de l'Iran en particulier. Pour contrecarrer cela, Blair veut l'installation rapide d'un gouvernement civil. En un mot, le 10 Downing Street aimerait qu'on applique à l'Irak ce qui a été appliqué, grosso modo, au Kosovo et en Afghanistan.

Pour avoir accordé à cette question beaucoup moins d'efforts et d'assiduité que ne l'a fait le Pentagone, Blair a pris un retard qui risque fort d'accentuer sa descente. Il faut savoir que le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et surtout son second, Paul Wolfowitz, planchent sur cette question depuis des années. Depuis beaucoup plus longtemps que Blair et que Colin Powell, secrétaire d'État et autre perdant annoncé de cette manche.

En la matière, le plan du Pentagone consisterait à sacrer le général Tommy Franks gouverneur militaire pour deux ans. Après quoi, on favoriserait la prise du pouvoir par des membres du Congrès national irakien (CNI), actuellement présidé par Ahmad Chalabi. Ensuite — les bonzes du Pentagone en ont la certitude —, l'exemple de l'Irak s'étendra à tous les pays de la région, et ce sera le bonheur partout, partout. Le projet de Rumsfeld, Cheney et compagnie est si messianique qu'il relève de la fiction.






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