dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 17h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Libre opinion: Les vingt-cinq siècles de l'Occident

Pierre-Paul Roy - Retraité  21 mars 2003 
«On peut donner pour certain que le XXIe siècle, autrement plus avancé que le nôtre, regardera Hitler et Staline comme des enfants de choeur.» - Cioran

Les États-Unis — c'est-à-dire Bush va-t-en guerre — attaquent et envahiront bientôt l'Irak. Selon David Malone, ancien ambassadeur du Canada à l'ONU, c'est pour faire un exemple. «Ils auraient absolument besoin de créer un exemple dissuasif et ont choisi un pays arabe conséquent pour avoir un effet dans tout le monde arabe.» M. Malone dit aussi que le public américain craint que les problèmes commencent avec la reconstruction de l'Irak. À court terme, il est certain, vu la formidable armée états-unienne, que Bagdad tombera, mais le prix à payer sera très élevé; on estime que les pertes américaines dans la guerre urbaine pourraient se chiffrer dans les milliers de morts, ou 30 % des effectifs. Mais à long terme, c'est une tout autre histoire.

Il est à craindre que commence alors le renversement de l'histoire de l'Occident, celle qui a débuté en 472 avant Jésus-Christ avec la bataille de Salamine et la victoire des Grecs sur l'envahisseur barbare. Cette victoire a été relatée dans la première tragédie conservée d'Eschyle, Les Perses. Dans sa pièce, «la description de la violence par son intensité même devient véritablement un plaidoyer contre la violence» (Jacqueline de Romilly). Il s'agit d'une guerre juste, défensive. Les combattants athéniens ne sauvaient pas seulement leur cité, ils sauvaient toute notre culture occidentale. Culture dont la destruction est à craindre et devrait commencer avec l'entrée des troupes américaines dans Bagdad. Bagdad, capitale de l'Irak, l'ancienne Mésopotamie, où sont nées les anciennes civilisations de l'Orient.

La tragédie d'Eschyle porte sur la victoire athénienne. Or l'auteur a choisi de décrire cette bataille du point de vue des Perses, c'est-à-dire des vaincus, des victimes de la guerre. Dans le renversement annoncé de l'histoire du monde, les nouveaux barbares seront-ils les armées américaines? Et les nouveaux Athéniens, les musulmans de la grande région du Moyen-Orient... et d'ailleurs?

Le coup d'avertissement, l'ouverture d'une nouvelle tragédie, du renversement de l'histoire occidentale, c'est le 11 septembre 2001, un mardi noir. Selon le Coran, Allah a créé les ténèbres un mardi. Ce coup terrible au coeur même de l'Amérique peut aussi être vu comme un piège. George W. Bush va s'y engouffrer

Bush a vu le 11 septembre 2001 comme un feu vert pour que «la guerre perpétuelle pour une paix états-unienne perpétuelle» (Gore Vidal) passe à la vitesse supérieure. Coup sur coup, c'est la guerre au terrorisme, la guerre à l'Afghanistan, la guerre à l'Irak et l'entrée dans Bagdad (jadis Babylone, Ninive, Ctésiphon). Que sera la suite?

Le terrorisme islamiste va devenir contagieux dans l'ensemble de la civilisation musulmane et y sèmera un antiaméricanisme militant qui prendra de plus en plus d'ampleur. Lentement mais sûrement, l'Amérique puis l'ensemble de l'Occident seront vaincus. Bien sûr, l'Amérique possède les forces armées les plus puissantes de la planète, mais il en était de même au Vietnam, et celles-ci ont été vaincues. Quand il s'agit de guerre, la détermination est le plus puissant moteur de l'imagination. Pour les musulmans, ce sera l'homme contre la technologie.

À la suite de la bataille finale qui mettra fin au conflit, à la reddition de l'Occident, à l'achèvement de l'«histoire d'une suprématie» (Sophie Bessis), peut-être qu'un nouvel Eschyle apparaîtra pour raconter cette tragédie selon le point de vue des vaincus.

Eschyle a raconté l'histoire d'une guerre horrible, d'où notre civilisation est sortie gagnante, mais selon la vision des perdants, les Perses. Un nouvel Eschyle racontera l'horrible guerre où l'Islam sera sorti vainqueur, mais selon la vision des vaincus, l'Occident. Un Occident qui aura peut-être eu le temps de ne fêter que ses noces d'argent — vingt-cinq siècles — pour avoir trop convoité l'or. La fin de la suprématie occidentale est annoncée.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012