Refus global géographique
Jean Morisset - Écrivain et géographe Bellechasse, Montréal, mai 2002
3 juin 2002
On nous donne souvent à entendre que c'est ailleurs dans le monde que se poursuivent les véritables combats, se livrent les vraies guerres et se trame l'avenir de l'humanité! Si bien qu'on se retrouve bientôt, par voie de conséquence, avec les espoirs de libération qu'on peut, les hauts faits qui se retiennent et les taux de désarroi qu'on devine à déposer au monument des grandes aventures et des grandes réalisations humaines. Ainsi, le Québec constitue-t-il l'un des hauts lieux exceptionnels des accomplissements individuels, sur la planète, et... des échecs collectifs!
Lorsqu'on prend cependant connaissance que la population porcine de ce même Québec — quelle que soit la langue qu'elle parle et les affiliations multiculturelles qu'elle préfère — est en passe de s'avérer supérieure à celle du cheptel humain habitant et partageant le même territoire, on est amené à se poser une question ou deux. On se dit qu'il y a peut-être d'autres mesures pour combler un accroissement naturel déclaré à ce point déficitaire qu'il se retrouve sous la ligne de flottaison de sa propre mouvance. La Suisse a choisi les montres, le Japon le recyclage technologique haut de gamme, la Jamaïque les Blue-Mountains et le reggae, d'autres pays ont élu d'autre arômes, etc., etc. Quant à nous, je veux bien croire que nous disposions de nos Chic-Chocs, notre musique et «nos» Torngates, mais que nous ayons choisi le parfum puriné du cochon pour condimenter l'air printanier et équilibrer je ne sais trop quelle dette ontologique, il faudrait peut-être consulter un psychiatre de la Banque Mondiale pour discerner un peu ce qui est en train de se passer ici!
Bacon, le film-réquisitoire de Hugo Latulippe nous a appris bien des choses sur nos choix de société, tout comme L'Erreur boréale de Richard Desjardins et La Fiction nucléaire de Jean Chabot, quelque vingt ans plus tôt. Mais on n'arrive cependant pas à comprendre, malgré toutes ces démonstrations, d'où peut bien venir cette pulsion d'autodestruction géographique chez les héritiers du grand large et des espaces infinis. La plaine du Saint-Laurent — la grande rivière de Canada du pays premier — est une immense poitrine velue, parcourue de mille frondaisons, sertie de milliers de ruisseaux, qui tous tous tous, et tous, ont été atteints et contaminés dans leur essence même jusqu'à la nappe phréatique.
La terre du pays à venir — ou à partir, en l'occurrence — est atteinte dans les fondements de son utérus géographique, que nous en soyons directement responsables ou pas. Il n'y a donc pas à se surprendre que les taux d'accroissement naturels connaissent les courbes que l'on sait: comment un embryon environnemental à ce point pollué peut-il en arriver à produire autre chose qu'une société qui lui ressemble? Et que tous ceux qui voient en l'obésité galopante de la l'Amérique du Nord le corollaire de tout ce processus, en tirent leurs conclusion. La mienne est claire en tout cas: c'est un nouveau Refus global qui s'impose. Et avec urgence.
Jean Morisset, écrivain et géographe Bellechasse, Montréal, mai 2002
Lorsqu'on prend cependant connaissance que la population porcine de ce même Québec — quelle que soit la langue qu'elle parle et les affiliations multiculturelles qu'elle préfère — est en passe de s'avérer supérieure à celle du cheptel humain habitant et partageant le même territoire, on est amené à se poser une question ou deux. On se dit qu'il y a peut-être d'autres mesures pour combler un accroissement naturel déclaré à ce point déficitaire qu'il se retrouve sous la ligne de flottaison de sa propre mouvance. La Suisse a choisi les montres, le Japon le recyclage technologique haut de gamme, la Jamaïque les Blue-Mountains et le reggae, d'autres pays ont élu d'autre arômes, etc., etc. Quant à nous, je veux bien croire que nous disposions de nos Chic-Chocs, notre musique et «nos» Torngates, mais que nous ayons choisi le parfum puriné du cochon pour condimenter l'air printanier et équilibrer je ne sais trop quelle dette ontologique, il faudrait peut-être consulter un psychiatre de la Banque Mondiale pour discerner un peu ce qui est en train de se passer ici!
Bacon, le film-réquisitoire de Hugo Latulippe nous a appris bien des choses sur nos choix de société, tout comme L'Erreur boréale de Richard Desjardins et La Fiction nucléaire de Jean Chabot, quelque vingt ans plus tôt. Mais on n'arrive cependant pas à comprendre, malgré toutes ces démonstrations, d'où peut bien venir cette pulsion d'autodestruction géographique chez les héritiers du grand large et des espaces infinis. La plaine du Saint-Laurent — la grande rivière de Canada du pays premier — est une immense poitrine velue, parcourue de mille frondaisons, sertie de milliers de ruisseaux, qui tous tous tous, et tous, ont été atteints et contaminés dans leur essence même jusqu'à la nappe phréatique.
La terre du pays à venir — ou à partir, en l'occurrence — est atteinte dans les fondements de son utérus géographique, que nous en soyons directement responsables ou pas. Il n'y a donc pas à se surprendre que les taux d'accroissement naturels connaissent les courbes que l'on sait: comment un embryon environnemental à ce point pollué peut-il en arriver à produire autre chose qu'une société qui lui ressemble? Et que tous ceux qui voient en l'obésité galopante de la l'Amérique du Nord le corollaire de tout ce processus, en tirent leurs conclusion. La mienne est claire en tout cas: c'est un nouveau Refus global qui s'impose. Et avec urgence.
Jean Morisset, écrivain et géographe Bellechasse, Montréal, mai 2002
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