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Une majorité ni silencieuse, ni indifférente

18 février 2009 
Dans un style de plus en plus inimitable, Nicolas Sarkozy a récemment illustré la conception qu'il se fait de la manière dont il entend s'exprimer au nom de la France. Le président de la République semble vouloir parler aux peuples du monde comme il parle aux Français: dire les choses sans précaution ni ménagement. Un penchant personnel qui finirait d'ailleurs par illustrer parfaitement la «rupture» qu'il prétend incarner.

Le chef de l'État entend donc ne pas être diplomate, ce qui, en matière de relations internationales, est un exercice au mieux étrange, le plus souvent aventureux. Démonstration en a d'ailleurs été faite très récemment. L'épisode est passé relativement inaperçu, du moins en France. Il y a un peuple qui, en revanche, s'est senti légitimement et injustement agressé. Ce peuple, parce qu'il partage avec nous la même langue, la même culture et une histoire commune, a parfaitement compris le message que le président de la République a cru bon lui délivrer. Ce peuple, c'est le peuple québécois.

Le 2 février dernier, Nicolas Sarkozy a remis à leur premier ministre, Jean Charest, les insignes de commandeur de l'ordre national de la Légion d'honneur. Lors de son discours, le président de la République a donné sa vision du Canada et de la place que le Québec devait y avoir. Déjà, lors de son allocution d'octobre dernier devant les députés québécois, en marge du Sommet de la Francophonie, Nicolas Sarkozy avait exprimé, non sans soulever de premières inquiétudes, son soutien appuyé à l'unité canadienne.

Lors de son discours à l'Élysée, le président a plaidé délibérément la cause des fédéralistes. En choisissant un camp, il a d'abord commis une erreur historique. Il ne s'est pourtant pas arrêté là, transformant son erreur en une faute politique. Car non seulement il a rangé, par le simple fait du prince, la France du côté des fédéralistes, mais il a, également et dans un même mouvement, qualifié les souverainistes de «sectaires», définissant leur identité par une opposition féroce à l'autre.

Ces propos ont choqué les Québécois dans leur ensemble. Ceux qui se reconnaissent dans la cause souverainiste se sont vu renvoyer une détestable — et fausse — image d'eux-mêmes. Ceux qui sont plus proches des idées fédéralistes n'ont pas compris au nom de quoi le président français s'accordait un tel droit d'ingérence.

Que des souverainistes québécois aient ainsi été qualifiés par le président de mon pays me choque. La désinvolture avec laquelle Nicolas Sarkozy s'est exprimé ne surprend malheureusement plus le Français que je suis. Elle m'attriste car elle porte atteinte à l'image de mon pays dans la Belle Province. Surtout, aucun débat public sur une telle remise en cause du principe de «non-ingérence, non-indifférence» n'a préalablement eu lieu en France, notamment au Parlement où je siège.

Aussi, comme député, mais également comme secrétaire national du Parti socialiste, ai-je ressenti la nécessité de m'exprimer. Il y a une majorité de Français pour réaffirmer leur attachement indéfectible au cadre historique des relations politiques, culturelles et linguistiques entre la France et le Québec. Et cette majorité n'est ni silencieuse, ni indifférente!






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