vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 20h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Amir et ses princesses des mille et une nuits

Josée Blanchette   13 février 2009 
Député, médecin, militant, mais avant tout homme de famille et de communauté. Amir Khadir et l’épisode du lancer de godasse: du bonbon pour les caricaturistes.
Photo : Jacques Nadeau
Député, médecin, militant, mais avant tout homme de famille et de communauté. Amir Khadir et l’épisode du lancer de godasse: du bonbon pour les caricaturistes.
Nima, Daria, Yalda et Leyli... Juste à évoquer leurs prénoms et vous vous envolez sur un tapis persan, vous sirotez le thé à la menthe assis devant une table basse de Kashmar, évachés sur des coussins iraniens. Vous les rêvez comme on s'éprend du mystère, secrètes comme une pistache, parfumées à l'eau de rose. Elles ne font pas partie du «harem» d'Amir Khadir, c'est plutôt lui, le «sultan» gauchiste de Mercier, qui est admis dans leur royaume enchanté. Il leur donne du «mademoiselle» avec un certain maniérisme qui se conjugue fort bien avec son raffinement moyen-oriental. Amir est royal sans même s'en apercevoir.

À l'exception d'une soirée officielle pour l'appuyer dans sa campagne électorale, je n'ai jamais connu Amir qu'entouré de ses princesses aux yeux perçants et de la Shéhérazade avec qui il partage sa vie depuis plus de 20 ans.

Quand on connaît Amir Khadir, nouveau député élu de «Québec Solitaire», au coeur même du Plateau et de la mémoire des poètes disparus, on comprend mieux l'association avec la militante Françoise David, toute naturelle pour lui. Amir est un gars d'équipe, de tribu, de famille, de communauté et de patrie, un homme à femmes dans le sens le plus respectueux qui soit, un égal qui ne cherche pas à dominer mais à concilier.

Son côté plus flamboyant prend le large dès qu'il est en compagnie de ses filles de 17, 15 et 8 ans et de sa conjointe Nima Machouf, épidémiologiste et féministe avouée qui n'a pas l'intention de devenir «la femme de», ni la first lady de Mercier. «Je n'ai pas été élue, rappelle-t-elle. Mais on me dit que traditionnellement, les premières dames ont le rôle de porter la voix des sans-voix». Ils ne seront pas trop de deux.

Lui, ses souliers ont beaucoup voyagé

Tout au long de mon existence, je n'ai pas envié beaucoup de familles (un autre mot pour dysfonctionnel, comme dirait ma mère!), mais la première fois que j'ai rencontré la tribu Khadir-Machouf, ce fut le coup de foudre; je les ai suppliés de m'adopter. Depuis, je suis orpheline.

Amir ne perd rien pour attendre, je projette de déménager dans son comté. Moi aussi, j'irai sonner à sa porte le dimanche matin pour faire examiner un mal d'oreille ou je l'arrêterai devant le Jean Coutu pour une transplantation hépatique en lui faisant tâter mon foie.

Faut savoir qu'Amir s'offre même pour amener ses patients avec lui, à l'hosto Pierre-Le-Gardeur, au milieu d'un champ entouré d'autoroutes. Il y travaille encore une journée par deux semaines à titre de microbiologiste. «C'est notre docteur Welby», le taquine Nima.

Pour bien faire, j'arrive chez eux en avance (non, c'est Amir qui est en retard, son pire défaut) et je m'allonge dans le salon en l'attendant, victime d'une gastroentérite gaspésienne. Pas de bol, Amir cuisine ce soir (jarrets d'agneau, riz aux gourganes) et le rendez-vous a été pris de longue date, histoire de souligner le 30e anniversaire de la révolution iranienne qui a eu lieu cette semaine. «Y a rien à célébrer...», insiste Nima, qui n'est pas toujours, mais vraiment pas toujours d'accord avec son Amir, lequel me mitonne une compote de pommes minute bien chaude, saupoudrée d'un peu de cannelle. Merci, docteur.

Nous revenons sur l'histoire de sa savate jetée à la «figure» de Bush lors d'une manifestation pacifique avant Noël. Je lui expose les trois raisons pour lesquelles j'estime qu'il a eu tort de le faire. «Primo, tu es député à l'Assemblée nationale. Je vais te dire ce que je répète à mon fils de cinq ans: tu peux parler maintenant, range les poings. Deuzio: t'es Iranien. Mine de rien, c'est symboliquement plus fort que si Michel Chartrand se livrait au même exercice. Tertio: t'as des trous dans tes bas, t'as intérêt à garder tes souliers!»

Il se lève pour m'embrasser, tout content: «T'es la première à me le dire comme ça.» Amir adore la franchise et les raisonnements; c'est d'abord un scientifique. Nima en rajoute: «Je n'étais pas d'accord du tout avec ce geste. Nous avons toujours milité dans des groupes de pression, mais là, Amir accède à un nouveau palier d'intervention. Il est en période d'ajustement... Mais je te dirais que le plus désolant, c'est qu'on porte encore les mêmes causes qu'autrefois et que ça n'avance pas.»

Bien sûr, Amir est conscient de vivre une lune de miel politique et d'être la saveur du mois, une curiosité au zoo. Mais après plus de 30 ans de so-so-so et de pancartes entassées dans l'entrée de la maison, le nouveau député de 47 ans n'a pas encore perdu tous ses vieux réflexes et il ne veut pas trahir ses militants. Son geste en était un de bravade, façon de dire: «Ne vous attendez pas à ce que je fasse du bide en buvant des Bloody César à 11h du matin.»

«Je suis déjà intervenu dans des manifs pour qu'on ne brûle pas le drapeau américain... rappelle-t-il. J'aurais préféré être blâmé parce que depuis 40 ou 50 ans, je suis le premier à prononcer le mot "capitalisme" à l'Assemblée nationale. La crise qu'on vit, c'est la crise d'un type d'économie et elle a un nom. Bien sûr, personne n'a applaudi. Seuls quelques députés plus progressistes du PQ ont hoché la tête. Mais c'est plus facile de rester accroché sur l'épisode des souliers; pendant ce temps-là, on ne discute de rien.»

Loi 101 à l'iranienne

Au coeur de la maison des Khadir-Machouf règne un immense amour pour la culture perse, même si Amir réside au Québec depuis 37 ans. Les princesses reçoivent des avertissements si elles se font pincer à parler une autre langue que le persan à la maison. Après cinq contraventions verbales, elles sont pénalisées de télé durant une journée. Une véritable dictature de droite! «Tu ferais la même chose avec ton fils si tu vivais au Népal», me lance Nima. You bet! Et il prendrait des cours d'expressions folkloriques pour bien savoir quand placer le mot «plotte» dans un contexte diplomatique.

D'ailleurs, les filles d'Amir vont à l'école du samedi pour apprendre à lire et écrire dans la langue d'Hafez, mais surtout pour cultiver la fierté qui constitue l'essence d'une culture. «Tu ne vas pas écrire ça dans ton journal! Je veux pas que mes amis le sachent!», me tance la petite Leyli avec des yeux à faire liquéfier un bronze de George W.

Lorsque je demande aux princesses si elles se sentent plus iraniennes que québécoises, l'aînée, Daria, me répond qu'elle se sent plus québécoise, Yalda, plus iranienne et Leyli, la benjamine: «Moi, c'est le contraire!» Le contraire de quoi, c'est pas important. L'essentiel, c'est de contester.

cherejoblo@ledevoir.com

***

Reçu: le dernier livre du journaliste Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (Seuil). Au fil de ses pérégrinations, Kempf (Comment les riches détruisent la planète) nous donne une leçon d'économie primaire et démontre de façon concrète de quelle façon le capitalisme gangrène tout le tissu social, en plus de saccager les ressources. Le problème avec ce genre de bouquin, c'est qu'il s'adresse aux convertis. «Il est temps d'expliciter ce qu'est le capitalisme, écrit Kempf. L'habitude s'est prise de ne pas employer ce mot trop clair, et de stigmatiser le néolibéralisme, pas davantage défini, et dans lequel s'empêtre la gauche.» Sa définition? «Le capitalisme est un état social dans lequel les individus sont censés n'être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation.» Hervé Kempf donnera des conférences au Québec du 8 au 21 avril prochain.

Feuilleté: Les 100 discours qui ont marqué le XXe siècle (CEC). Je vais l'offrir à Amir Khadir, tiens. Gandhi sur la non-violence, De Gaulle sur le Québec libre, Rabin sur le peuple israélien et la paix: de quoi revisiter l'histoire à travers les mots. Le dernier discours date de 2000 avec Jean-Paul II.

Noté: que le coffret DVD Manifestes en série de Hugo Latulipe, un projet de société en huit volets, est sorti cette semaine. Une série culte (dans ma vidéothèque), ce tour du Québec visionnaire m'a inspirée et donné foi en l'avenir. Tout simplement parce que certains Québécois sont suffisamment fiers pour essayer de changer le cours immuable des choses. Amir Khadir fait partie des intervenants qui redonnent espoir. L'occasion de vous reprendre si vous l'avez ratée à la télé.

***

Joblog - Le riz d'amour d'Amir

Je vous l'écris comme il me l'a transmise, tradition orale oblige: «Tu fais tremper le riz durant quatre heures, du basmati long dans l'eau salée. Puis tu fais bouillir à grande eau jusqu'à ce que le riz soit al dente. Ensuite, tu verses des gourganes congelées et décortiquées (un sac de 500 grammes pour six personnes) dans l'eau du riz, de l'aneth frais haché, et tu fais bouillir une minute encore. Tu égouttes. Tu verses de l'huile dans le chaudron et tu tapisses de pain pita, le côté lisse au fond. Tu ajoutes le riz égoutté par-dessus.

«Tu laisses cuire avec le couvercle et un linge à vaisselle entre le couvercle et le chaudron pour absorber l'humidité. À feu doux, une demi-heure, c'est suffisant. Au bout de 20 minutes, tu verses un peu d'huile sur le dessus du riz. Tu prends une partie du riz, quelques cuillères, et tu mélanges à du safran délayé dans de l'eau. C'est plus joli. La croûte du fond est un délice qu'on réserve aux enfants ou aux plus gourmands.»

www.chatelaine.com/joblo
Député, médecin, militant, mais avant tout homme de famille et de communauté. Amir Khadir et l’épisode du lancer de godasse: du bonbon pour les caricaturistes. Scène de cuisine: Nima Machouf coiffe sa fille Leyli, une future reine.
 
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • etienne@etienneboivin.com
    Abonné
    vendredi 13 février 2009 08h49
    Merci Joblo
    J'te l'dis pas assé souvent... En fait j'te l'ai jamais dis en 10 ans (hhhaaahhiii c'est vrai ca fait 10 ans que je te lis dans ce journal, non c'est pas vrai haha!!)

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    vendredi 13 février 2009 21h10
    J'ai rencontré Amir
    Jeudi dernier, moi aussi, j'ai rencontré, un peu par hasard, Amir.

    Il m'a dit, tout comme ça: "Vous avez une bonne vue, pouvez-vous m'écrire "circonscription" sur mon petit fruit noir (Blackberry). J'ai dit oui.

    J'ai pitonné son "circonscription".
    Un horaire chargé le député de Mercier.
    Un passage éclair à Québec. Partout à la fois.
    Parlement, Charlesbourg, basse ville, haute ville... Ouf!

    Pendant que j'asseyais de pitonner les bonnes lettres sur son micro clavier et qu'il répondait à des tas de questions de ses partisans, je me suis demandé: "Amir a-t-il une famille ? Est-il marié? "

    Être député, ça donne l'impression de devoir avoir la vocation, c'est un peu comme médecin.
    Occupé Amir, occupé, même pas capable de pitonner son propre mini clavier.

    Et je suis resté avec ma question.
    Mme Blanchette vient d'y répondre.

    Son attachée politique, bien jolie, me disait par ses yeux qu'Amir était un homme à femmes.
    Mais pas seulement à femmes. Il m'a aussi séduit.
    Une belle rencontre.

    Quelle chance vous avez eu Mme Blanchette de déguster le riz d'amour d'Amir!

    J'espère qu'Amir Khadir ne sera pas trop longtemps le seul représentant de Québec Solidaire à l'Assemblée nationale.
    J'espère que le Québec saura s'ouvrir les yeux et découvrir la possibilité d'un monde porté par d'autres valeurs.
    J'espère que les citoyens et citoyennes du Québec deviennent solidaires les uns les autres pour qu'enfin nous construisions tous ensembles un monde plus humain qui nous ressemble.

    Ça prend du courage pour devenir député. Ça prend encore plus de courage pour devenir un député différent.

    J'espère que tu as du courage Amir Khadir.
    Heureusement, tu fais partie d'un parti solidaire !


    Serge Charbonneau
    Québec

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Chroniques
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012