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Libre-Opinion - Emma Darwin, trait d'union d'unité et de solidarité

Jean-Paul Jacques - Montréal  12 février 2009 
La célébration de l'avancée scientifique de Charles Darwin relance pour les uns ou accélère pour les autres la fameuse confrontation entre deux thèses en apparence ou en réalité totalement contradictoires l'une par rapport à l'autre dans une recherche explicative pourtant noble de l'origine des espèces.

En effet, les tenants du créationnisme et ceux du darwinisme poursuivent des chemins différents. Mais y a-t-il véritable opposition dans la réalité? Quand Emma Darwin écrit: «Mon cher Charles, il faut que vous soyez conscient qu'il y a des choses qui ne se livrent pas à la méthode scientifique», ne pose-t-elle pas le jalon de la compréhension entre le darwinisme et le créationnisme? Implicitement, ne dit-elle pas à son cher Charles qu'il ne faut pas confondre l'origine d'une chose avec son développement et son évolution?

À travers les émotions de Charles Darwin lors de la lecture de la lettre de sa femme Emma, n'accepte-t-il pas cette réalité sublime qui s'impose au très honnête et au très éthique homme de science qu'il est? «Quand je serai mort, écrit Charles Darwin, n'oubliez pas que j'ai relu cette lettre et que j'ai pleuré en relisant cette lettre!»

Jusqu'à la fin de sa vie, Charles Darwin refusa de se dire athée. René Descartes n'a pas soumis la religion à son doute méthodique soutenant que cet élément nécessaire au développement de la science ne peut avoir prise cognitive rationnelle sur l'insondable univers de la divinité. Ces deux grands génies se ressemblent dans la dignité et le respect des possibilités et des limites de leur savoir. Hubert Reeves n'a-t-il pas tenu des propos semblables à la page 313 de son ouvrage Je n'aurai pas le temps? Il écrit: «J'incline de plus en plus à penser que la nature de ce qu'on pourrait appeler, dans le sens le plus vague, la divinité [si elle existe...] se situe bien au-delà de la portée de nos facultés humaines. Qu'elle nous échappe autant que la théorie de la relativité d'Einstein échappe à l'intelligence d'une souris. Que nous arrivons au mieux à des perceptions vagues et périphériques, encore bien éloignées de son essence.»

Si, comme Darwin l'affirme dans son hypothèse et dans sa théorie, nous les vivants, nous sommes tous parents à des niveaux différents de l'évolution parce qu'issus d'une souche commune, quelle difficulté y a-t-il à voir et à accepter que c'est là que se situe l'acte de création et que cette perspective ne fait aucunement injure au créateur lui-même? Il ne fait de doute pour personne que l'individu vivant infiniment grand que je suis n'est pas à l'origine des deux infiniment petits, spermatozoïde et ovule, qui ont permis mon évolution gigantesque depuis ma conception.

Vue dans cette perspective, la guerre fratricide entre évolutionnistes et créationnistes n'a pas beaucoup de sens, sinon pas de sens du tout, et l'intuition d'Emma Darwin est tout à fait acceptable et réconciliatrice.
 
 
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