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Voir Polytechnique

Jean-Serge Baribeau - Montréal, le 29 janvier 2009  2 février 2009 
Sans l'ombre d'une hésitation, je vais aller voir le film sur les troublants et touchants événements de Polytechnique. Je considère que, dans l'ensemble, la liberté d'expression des artistes fait en sorte qu'il est justifié qu'ils abordent tous les sujets de leur choix, même les sujets les plus pathétiques et les plus controversés.

Ce que, toutefois, je n'oublie jamais, c'est que tout artiste (cinéaste, poète, romancier, dramaturge, etc.), à l'instar de l'ensemble des citoyens, a une vision, une perspective, un angle, un point de vue. Alors, je vais aller voir le film, basé sur une tragédie réelle, en tentant d'être sensible aux émotions émanant de cette oeuvre artistique. Je vais aussi tenter de lever le voile, si faire se peut, sur le point de vue du réalisateur. Il est certain qu'à ce moment-là mon point de vue, puisque j'en ai un, va se confronter au point de vue des artistes qui ont participé à ce film.

Si je schématise mon point de vue sur les événements, je dirai qu'il est triple. D'abord, de tels événements ne pouvaient que susciter le désarroi et la désespérance. Ensuite, de tels événements m'ont amené à constater, avec détresse, qu'il y a des hommes qui détestent profondément les femmes, les féministes et la mouvance féminine et féministe. Il y a donc une misogynie qui ne cesse de gangrener notre société. Puis, en troisième lieu, au fur et à mesure que le temps passait et que l'on écrivait, filmait ou parlait à propos de ces événements, j'ai découvert que le geste du tueur servait de révélateur à de profondes difficultés entre les hommes et les femmes. Et, au risque de choquer ou de blesser certaines personnes, j'ai découvert que, dans notre société, il existe aussi une misandrie, moins puissante, moins criarde, moins évidente. L'une des manifestations de cette misandrie, ce fut de clamer haut et fort que tous les hommes sont des assassins potentiels, que tous les hommes, profondément, détestent les femmes. Des hommes ont joint leur voix à certaines femmes pour hurler: «Nous sommes tous coupables.» Pour moi, Polytechnique, ce fut aussi une occasion de me poser des questions sur la misère de nombreux hommes, laquelle misère est présente dans de très nombreuses oeuvres comme Les Boys ou Les Invincibles.

Je dirais que les événements de Polytechnique, selon ma vision, ont mis en lumière le croisement pathétique de deux haines, de deux incompréhensions. Et grande est la tentation de s'interaccuser et de refuser de porter un regard plus perçant sur l'état des relations entre les sexes. Polytechnique a été un traumatisme majeur. Mais puissions-nous utiliser ces événements pour débloquer certaines situations d'incompréhension, voire de haines...
 
 
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