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Les réfugiés d'Annan

Serge Truffaut   20 mars 2003 
En guise de conclusion de l'étape précédant tout juste l'offensive américaine en territoire irakien, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a conjugué les mots avec la gravité qu'une telle situation impose. À l'endroit des États-Unis et de la Grande-Bretagne, celui qu'on a affublé d'un lieu commun imbécile — le valet des Américains — a déclaré que selon les canons du droit international, «l'ultime responsabilité» inhérente à la protection des civils repose désormais sur leurs épaules.

Plus prosaïquement, Annan a donc tenu à rappeler, devant les représentants de la communauté internationale rassemblés pour écouter le dernier rapport des inspecteurs, que les Américains et les Britanniques ont l'obligation de fournir toute l'assistance nécessaire à la survie des dizaines de milliers de civils touchés par ce conflit. Dans la foulée, Annan a exigé des États-Unis, sans les nommer, qu'ils s'attellent au plus tôt à la présentation d'un projet de résolution pour raviver le programme «Pétrole contre nourriture», qui répond aux besoins alimentaires de 60 % des Irakiens.

Bien évidemment, ce rappel des responsabilités qui incombent aux belligérants a eu pour écho l'assurance que les Nations unies fourniront toute l'aide qu'elles pourront déployer. Cela a été formulé sur le mode de la prière. Laquelle? Il y a un mois, les fonctionnaires de l'ONU ont calculé que les besoins financiers afférents à leurs devoirs dépassaient les 123 millions de dollars américains. Jusqu'à présent, les engagements pris par certaines nations totalisent 45 maigres millions. Le pire, c'est que seulement 34 millions ont été versés dans les coffres d'urgence de l'ONU.

En attendant que les promesses se traduisent en actes, des dizaines de milliers d'Irakiens ont emprunté hier les routes pour se réfugier dans la partie kurde de l'Iran et dans les coins reculés du Kurdistan irakien pendant que d'autres tentaient de franchir la frontière syrienne. Là, dans un premier temps, ils ont dû essuyer le refus des autorités syriennes puis, une fois que ces dernières eurent modifié leur position criminelle, celui des autorités irakiennes. Comme si l'heure était au mégotage!

Cela étant, la découverte de micros dans les bureaux des fonctionnaires européennes d'origine allemande et française travaillant au sein de l'Union européenne a ajouté à la suspicion qui règne désormais entre les principaux acteurs occidentaux. Cette découverte, combinée aux affirmations formulées hier à l'ONU par les ministres allemand et français des Affaires étrangères, selon lesquelles l'action entreprise par Bush et Blair n'a aucune légitimité, en a convaincu certains que l'une des premières victimes annoncées de toute cette affaire est la coalition internationale mise sur pied pour mener le juste combat contre le terrorisme.

L'implosion tous azimuts a commencé.
 
 
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