Lettres: «I live free or... »
Nicolas Dupré - Médecin et chercheur en formation, Université Harvard, Boston, le 14 mars 2003
19 mars 2003
Observer le déroulement de la crise irakienne de l'intérieur des États-Unis peut être très intéressant.
On y entend la version médiatique, mais on peut aussi écouter les commentaires de ses collègues immédiats. D'abord, il est difficile ici de se sortir de la psychose de l'après-11 septembre. Je crois que l'univers journalistique en est profondément imprégné, ce qui empêche bon nombre de commentateurs de tenter d'offrir une vision aussi objective que possible. Ensuite, je suis persuadé que l'intelligence politique de l'équipe Bush est grandement sous-estimée en dehors des États-Unis. Je crois que leur objectif n'a jamais été de convaincre le monde extérieur mais bien le peuple américain. Et si je prends à témoin les commentaires des Américains qui m'entourent, je crois qu'ils y sont arrivés. Ils ont commencé par rallier la droite, très sensible aux questions de sécurité, ce qui a donné la trame de fond. Puis, ils ont récemment rallié la gauche en promettant d'étendre une vague démocratique sur le monde arabe tel qu'on l'avait fait pour l'Europe post-hitlérienne. Cette combinaison gagnante au point de vue politique est cependant risquée car elle créera des tentions importantes dans l'opinion américaine une fois la table rase établie en Irak. Le projet vendu à la gauche est grandiloquent, presque de l'ordre des ambitions napoléoniennes. Le projet vendu à la droite, lui, a au moins le mérite d'être plus réaliste, mais il inquiète un peu en donnant l'impression d'États-Unis égocentriques qui ont adopté une nouvelle devise: «I live free or... »
On y entend la version médiatique, mais on peut aussi écouter les commentaires de ses collègues immédiats. D'abord, il est difficile ici de se sortir de la psychose de l'après-11 septembre. Je crois que l'univers journalistique en est profondément imprégné, ce qui empêche bon nombre de commentateurs de tenter d'offrir une vision aussi objective que possible. Ensuite, je suis persuadé que l'intelligence politique de l'équipe Bush est grandement sous-estimée en dehors des États-Unis. Je crois que leur objectif n'a jamais été de convaincre le monde extérieur mais bien le peuple américain. Et si je prends à témoin les commentaires des Américains qui m'entourent, je crois qu'ils y sont arrivés. Ils ont commencé par rallier la droite, très sensible aux questions de sécurité, ce qui a donné la trame de fond. Puis, ils ont récemment rallié la gauche en promettant d'étendre une vague démocratique sur le monde arabe tel qu'on l'avait fait pour l'Europe post-hitlérienne. Cette combinaison gagnante au point de vue politique est cependant risquée car elle créera des tentions importantes dans l'opinion américaine une fois la table rase établie en Irak. Le projet vendu à la gauche est grandiloquent, presque de l'ordre des ambitions napoléoniennes. Le projet vendu à la droite, lui, a au moins le mérite d'être plus réaliste, mais il inquiète un peu en donnant l'impression d'États-Unis égocentriques qui ont adopté une nouvelle devise: «I live free or... »
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