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Réhabilitons nos vieux !

12 janvier 2009 
N'en déplaise à certaines élites politiques qui cassent à coeur de jour du sucre sur son dos, le mot vieux n'est pas synonyme de mauvais.

Le mot vieux est utilisé à toutes les sauces. Vieux parti, vieilles idées, vieilles mentalités, etc. On l'utilise pour décrire ce qui est ringard et dépassé. L'utilisation du mot vieux a tellement été stigmatisée que l'on en est rendu à l'éviter. On parle plutôt de personnes âgées, de troisième âge, et même de bel âge, phénomène sociologique dans un monde qui change sans cesse pour du neuf et qui met au rebut ce qui est parfois encore bon.

Ce qui agace à la fin, c'est toutefois de constater que, bien que de vieilles idées n'aient plus la cote, elles n'en sont pas moins pour autant à l'origine de ce que nous sommes. Ainsi, cette propension à vouloir renier le passé sous le seul prétexte de la nouveauté est à mon sens fortement discutable.

À ce titre, force est aussi d'admettre que les nouvelles modes, les «genres et tendances» qui sont davantage d'actualité, n'ont pas non plus prouvé leur efficacité. Elles n'ont pas fait la preuve que le sort de la société se trouve ou s'en trouverait amélioré si on les adoptait, loin de là.

L'inlassable quête de nouveauté nous ferait-elle mettre au rancart ou, pire, à la corbeille, des idées qui seraient encore bonnes? Une chose est certaine, nous ne faisons pas mieux aujourd'hui qu'hier. Les problèmes sociaux s'accroissent au fur et à mesure que nous nous déshéritons nous-mêmes de notre propre culture et que nous tentons d'oublier le passé. À ces difficultés se sont ajoutées des problématiques encore plus graves, comme celles liées à l'environnement par exemple.

Pour toutes ces tares, nous tournons nos yeux vers les générations qui nous précèdent avec, en prime, un doigt accusateur. «Ils ont eu de bonnes conditions et, nous, nous en arrachons. Ils ont tout eu et ne nous laissent que des dettes», entend-on très souvent çà et là. Nous croyons à tort que les choses furent aisées pour nos aînés. C'est là un jugement de valeur facile, teinté de généralités et de sottises. Comme de juste, on oublie que ce qui a été gagné le fut parfois au prix de luttes très dures.

C'est ainsi que se forge une histoire collective qui n'est pas la nôtre. Elle est faite de perceptions sommaires et d'un simplisme qui assimile les vieux à des pique-assiette. Et ainsi se perpétue une image très fortement péjorative de la vieillesse et, en général, des vieux.

Le Québec n'est pas le seul comme cela. La plupart des pays occidentaux vivent la même chose. Les courants sociologiques actuels qui les caractérisent rejettent la vieillesse au profit d'une image de jeunesse. Comme si le dynamisme n'était l'apanage que de la jeunesse, le monde des communications hésite à s'écarter du sentier balisé par l'image sexy de jeunes aux dents blanches. Ces stéréotypes ont mis de côté l'image de la vieillesse au profit de standards de beauté édictés par le marché.

Mais, surtout, cet incessant pilonnage en faveur de la jeunesse nous écarte de la réalité de la vie, celle de notre vieillesse et de la difficile mais inévitable fin de notre pèlerinage sur terre. Elle accroît la médiocre perception que la vieillesse est une phase de la vie qui n'est non seulement pas souhaitable, mais aussi évitable. Et, comble de naïveté, nombre d'entre nous tombent dans le panneau du vouloir rester jeunes à tout prix. Certains confondent alors bêtement la bonne forme physique avec l'allure de jeunesse.

Hélas, nous oublions que rester jeune, c'est aussi accepter sereinement de devenir vieux. Aussi, cette volonté de vouloir obstinément rester jeune devient une source d'angoisse qui obscurcit le plaisir de la vie. Nous oublions que les plus beaux arbres sont centenaires et que le bon vin est non seulement vieux, mais qu'il doit aussi être bu tôt ou tard.

Un des défis que notre société doit se donner dans les années à venir est de se tourner vers les vieux et de poser un regard neuf sur eux. Notre monde doit prendre en considération que ceux qui nous précèdent sont aussi notre mémoire collective. En regardant d'où nous sommes issus, peut-être parviendrons-nous à mieux nous orienter vers ce que nous souhaitons être pour le futur.

Mais cette réhabilitation doit surtout se faire pour que cesse toute forme de violence envers les vieux. Pour que nos vieux reprennent la place qu'ils méritent dans notre société. Et surtout pour que nous reconnaissions sans détour leur droit à la vie, à l'amour et au bonheur, et ce, du berceau jusqu'à la tombe. Faisons le voeu que cette fête de Noël nous rappelle que, qui que nous soyons, jeunes ou vieux, nous avons d'abord été des enfants comme celui que nous fêtons. La seule chose de péjoratif dans la vieillesse, c'est que nous oublions cela avec le temps.






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