L'aveu d'un échec
Serge Truffaut
15 mars 2003
Convoqué à la hâte pour demain par le président Bush et les premiers ministres Aznar et Blair, le sommet des Açores est l'aveu d'un échec. Malgré la consommation avide des voies diplomatiques et l'usage marqué d'un troc stipulant que tout vote favorable à la cause défendue par Washington se traduira par l'allocation, sous diverses formes, de soutiens financiers, le trio a échoué dans sa tentative consistant à rallier une majorité d'indécis à ses vues.
Des informations divulguées par des responsables américains et espagnols révèlent que le camp favorisant le recours quasi immédiat aux forces militaires ne dispose pas d'un nombre suffisant de votes qui contraindraient Paris et Moscou à agiter les cartes du veto. Pire, ces mêmes informations indiquent qu'entre Londres et Washington, il y a désormais de l'eau dans le gaz. Dans l'entourage de Blair, on peine à cacher une exaspération certaine à l'endroit de Bush et des siens. Quel est le moteur de cette impatience? Aucune des initiatives prises par les Britanniques au cours de la semaine qui s'achève n'a été publiquement soutenue par Washington. Bien au contraire, l'entourage de Bush a pris soin de laisser tomber que la rencontre des Açores sera l'occasion, entre autres choses, de jauger à quel point Blair tient à ce que la suite du dossier se fasse à l'aune d'une autre résolution.
Si Bush décide de jeter l'éponge pour tout ce qui a trait à l'ONU, comme il semble d'ailleurs très enclin à le faire, il mettra Blair dans une situation extrêmement embarrassante. Et ce, pour une raison qui, jusqu'à la semaine dernière, n'avait guère été abordée mais qui, depuis peu, fait couler beaucoup d'encre, soit la légalité de la chose. À ce propos, un fait ou plutôt une précision juridique mérite une attention particulière.
Il y a quelques jours à peine, 17 professeurs de droit international dans des universités britanniques, et non françaises ou allemandes, ont prévenu Blair que toute attaque contre l'Irak en dehors du cadre de l'ONU pourrait mener les chefs d'État et les chefs militaires devant les tribunaux. Leur argumentation est la suivante: le procès de Nuremberg a créé un précédent stipulant que toute agression sans base juridique ou légale constitue un crime contre la paix. De fait... On devine la suite.
Cette lettre a eu pour conséquence de délier les langues. Ainsi, le commissaire européen aux Affaires étrangères, le Britannique Chris Patten, a souligné qu'en cas de guerre hors de l'ONU, il est probable que l'Union européenne ne déboursera pas un sou pour la reconstruction de l'Irak. Après lui, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a déclaré que toute attaque sans la caution de cette instance constituera «une violation» de la Charte des Nations unies. Ce faisant, Annan a réduit toutes les assurances avancées par Washington sur cette dimension du dossier à trois fois rien.
Des informations divulguées par des responsables américains et espagnols révèlent que le camp favorisant le recours quasi immédiat aux forces militaires ne dispose pas d'un nombre suffisant de votes qui contraindraient Paris et Moscou à agiter les cartes du veto. Pire, ces mêmes informations indiquent qu'entre Londres et Washington, il y a désormais de l'eau dans le gaz. Dans l'entourage de Blair, on peine à cacher une exaspération certaine à l'endroit de Bush et des siens. Quel est le moteur de cette impatience? Aucune des initiatives prises par les Britanniques au cours de la semaine qui s'achève n'a été publiquement soutenue par Washington. Bien au contraire, l'entourage de Bush a pris soin de laisser tomber que la rencontre des Açores sera l'occasion, entre autres choses, de jauger à quel point Blair tient à ce que la suite du dossier se fasse à l'aune d'une autre résolution.
Si Bush décide de jeter l'éponge pour tout ce qui a trait à l'ONU, comme il semble d'ailleurs très enclin à le faire, il mettra Blair dans une situation extrêmement embarrassante. Et ce, pour une raison qui, jusqu'à la semaine dernière, n'avait guère été abordée mais qui, depuis peu, fait couler beaucoup d'encre, soit la légalité de la chose. À ce propos, un fait ou plutôt une précision juridique mérite une attention particulière.
Il y a quelques jours à peine, 17 professeurs de droit international dans des universités britanniques, et non françaises ou allemandes, ont prévenu Blair que toute attaque contre l'Irak en dehors du cadre de l'ONU pourrait mener les chefs d'État et les chefs militaires devant les tribunaux. Leur argumentation est la suivante: le procès de Nuremberg a créé un précédent stipulant que toute agression sans base juridique ou légale constitue un crime contre la paix. De fait... On devine la suite.
Cette lettre a eu pour conséquence de délier les langues. Ainsi, le commissaire européen aux Affaires étrangères, le Britannique Chris Patten, a souligné qu'en cas de guerre hors de l'ONU, il est probable que l'Union européenne ne déboursera pas un sou pour la reconstruction de l'Irak. Après lui, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a déclaré que toute attaque sans la caution de cette instance constituera «une violation» de la Charte des Nations unies. Ce faisant, Annan a réduit toutes les assurances avancées par Washington sur cette dimension du dossier à trois fois rien.
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