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Tout, sauf le moindre socialisme

24 décembre 2008 
Sur la crise économique actuelle, j'ai des idées de profane. J'ose à peine développer ces idées simples. Mais comme tout le monde, je me pose des questions.

Les gouvernements, celui des États-Unis en tête, distribuent des sommes colossales à de grandes entreprises en difficulté, en particulier les banques et les compagnies d'assurance, dans l'espoir d'éviter des faillites susceptibles d'aggraver la dépression et de précipiter le monde dans un nouveau 1929.

Il faut bien reconnaître que le monde est au bord d'une catastrophe. Mais, dans cette crise, les gouvernements ne songent qu'à des mesures susceptibles de sauvegarder l'ordre capitaliste, si possible sans mélange. C'est du socialisme administré par l'État pour le profit du capital.

Les gouvernements courent au secours du capitalisme. Ils le font par une médecine de cheval, qu'ils justifient par la nécessité, objective, d'empêcher si possible le monde de sombrer dans un marasme sans issue.

L'opération de sauvetage consiste à transférer massivement de l'argent des gouvernements, donc du peuple, à des mastodontes économiques privés. C'est gratuit. Les compagnies en cause obtiennent en propre des centaines de milliards, si j'entends bien. Le privé fait ainsi main basse sur le capital public, qui se transforme illico en capital privé.

Cette opération inouïe se fait ouvertement. Elle passe comme une lettre à la poste à cause de l'urgence réelle qu'il y a d'intervenir. Ces injections de centaines de milliards sont peut-être un moyen de prévenir l'aggravation redoutée, du moins on l'espère.

La manoeuvre a tout de même quelque chose d'incroyable. Le capitalisme, menacé d'échouer, reçoit in extremis, comme un cadeau, le capital qu'il a joué à la roulette et perdu.

Ces montagnes de liquidités cessent donc d'être publiques pour que soit reconstitué, aux frais du peuple, le patrimoine des barons en déroute. L'entreprise privée, sans cesser d'être privée, est relancée par l'État, c'est-à-dire par la population, qui soigne de la sorte les individus qui l'ont ruinée. On repart la machine des intérêts privés avec le fric des citoyens. Mais on veille au grain: on ne met pas de socialisme dans la potion.

On aurait pu penser que le gouvernement, tant qu'à casquer, nationaliserait quelques entreprises. Au lieu de cela, on compense sans condition les compagnies pour ce qu'elles ont volé puis perdu. Elles allaient tomber. On les tire de là. Elles toucheront une fois de plus du profit net, grâce à des masses de capital neuf et gratuit, providentiel, public, privatisé et garanti. Tout sera payé comptant, rien ne sera étatisé, si ce n'est, par exemple, en Angleterre, mais même là par exception.

Le citoyen floué aura tout simplement subventionné les malfaiteurs. Quelques-uns de ces derniers, pendant la tempête, auront coulé à pic, il est vrai. On veut réchapper les autres. On introduira quelques réformes ou contrôles pour faire avaler le tout.

Dans cette crise, ce qu'il faut à tout prix sauver, c'est précisément la cause de la crise: le libéralisme économique, et assurer leurs coudées franches aux propriétaires de tout, en les tenant à bout de bras et sans modification structurelle.

Ce n'est pas aux États-Unis qu'on pourra poser, en cette occasion, des questions plus fondamentales. D'ailleurs, pourrait-on les mettre en oeuvre? Il y a urgence. Le feu est à la maison. Il faut prévenir une dégringolade planétaire. Les centaines de milliards à la loterie sont un gigantesque expédiant. Sera-ce suffisant? Cela paraît douteux.

Mais il y a lieu de craindre quelque chose de pire encore. Si la dépression s'installe, alors les capitalistes, pour éviter l'effondrement de leur système, auront peut-être recours même à la guerre, qui donne toujours une puissante piqûre d'adrénaline à l'économie.

Tout, mais absolument tout, sauf le socialisme. C'est un axiome.






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