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    Les origines de la fête de Noël - Sous le soleil de Mithra

    24 décembre 2008 |Gabriel Racle
    En dehors des cercles restreints des spécialistes de l'Antiquité ou de l'histoire des religions, on ne parle guère de Mithra. Et pourtant, Mithra a laissé sa marque dans nos sociétés occidentales, une marque toujours vivante.

    Pour comprendre ce dont il s'agit, il faut faire un petit retour en arrière. Depuis des lustres, le solstice d'hiver a fait l'objet d'une célébration, sous diverses formes selon les cultures. Mais le symbolisme en est toujours le même: le solstice d'hiver marque bien la nuit la plus longue de l'année, mais c'est aussi le moment où les jours commencent à rallonger. Sous différentes interprétations, c'est la victoire de la lumière sur les ténèbres.

    Chez les Romains, autour de la date du solstice d'hiver, se déroulaient les Saturnales, une période de réjouissance. Elles célébraient le règne de Saturne, dieu des semailles et de l'agriculture. La fête ne durait d'abord qu'un jour; Auguste ordonna qu'elle se célèbre pendant trois jours, du 17 au 19 décembre; Caligula ajouta un quatrième jour. Pendant la durée de ces fêtes, les tribunaux étaient fermés, ainsi que les écoles, on ne pouvait entreprendre aucune guerre, ni exécuter un criminel et les esclaves bénéficiaient d'une liberté pleine et entière Les maisons étaient décorées de feuillages et de branchages en l'honneur du dieu de l'agriculture.

    Aux Saturnales succédait immédiatement la fête des Sigillaires (sceaux), ainsi appelée parce que sa célébration consistait surtout dans l'envoi que se faisaient les Romains de présents, tels que cachets, anneaux, et autres petits objets de sculpture. Les enfants recevaient en cadeau des adultes de petits sceaux et autres babioles. Cette fête des Sigillaires donnait lieu à des festins pour lesquels les maisons étaient décorées de plantes vertes.



    Le culte des cultes

    Mais le culte le plus pratiqué alors dans l'empire romain est celui de Mithra. «Ce culte, transporté hors de la Perse et agrémenté d'éléments étrangers, devint le noyau d'une religion connue sous le nom de mithriacisme. Les adorateurs de Mithra reconnaissaient une divinité unique manifestée par la lumière des astres, surtout le Soleil, brillant et invincible, ennemi de la nuit et des démons. Mithra, ange de la lumière, était un serviteur du dieu suprême Ahura Mazda (Ormuzd) et l'intercesseur des hommes auprès de lui. Cette religion était très austère; les initiés étaient soumis à des épreuves, puis baptisés par aspersion avec le sang d'un taureau... Les prêtres enseignaient que par la pratique de certains rites de purification, d'abstinence et de communion on pouvait participer à la nature des astres lumineux et immortels. À Rome, le temple de Mithra était creusé sous le mont Capitolin, les mystères mithriaques se célébrant dans une caverne, à proximité d'une source.» (Les religions orientales dans l'Empire romain)

    Or, le 25 décembre, on célébrait Mithra: c'était la fête du Sol invictus, correspondant à la naissance de ce jeune dieu solaire (Dies Natalis Solis Invicti, natalité du soleil invincible), qui surgissait d'un rocher ou d'une grotte sous la forme d'un enfant nouveau-né. Le choix du 25 décembre provenait sans doute du calcul du nouveau calendrier julien (imposé par Jules César) fixant le solstice d'hiver à cette date erronée. Le culte prend une telle ampleur qu'en 274, l'empereur Aurélien le déclare religion d'État.

    Concurrence

    Le christianisme commence alors à se répandre et se trouve en concurrence avec ces fêtes «païennes». Comment contrer ce culte qui menace le christianisme naissant? Par la mise en oeuvre d'un subtil syncrétisme pour assimiler la naissance du Christ au retour de l'astre solaire, au Sol invictus, en s'insérant ainsi dans une tradition déjà en existence. «Ce choix semble avoir été imposé aux chrétiens par l'impossibilité dans laquelle ils se trouvaient, soit de supprimer une coutume aussi ancienne, soit d'empêcher le peuple d'identifier la naissance de Jésus à celle du Soleil.» (Arthur Weigall, Survivances païennes dans le monde chrétien, Paris, Payot)

    En 354, le pape Liberius désigne officiellement le 25 décembre comme fête de la naissance du Christ.

    Auparavant, on ignorait cette célébration, manifestement instituée pour contrer le culte de Mithra. Plusieurs dates avaient été avancées pour la naissance du Christ: le 6 janvier, le 28 mars, le 19 avril ou le 29 mai. Certaines sectes avaient choisi le 6 janvier, qui correspond aux épiphanies de Dionysos et d'Osiris — deux divinités de la végétation qui, comme le Christ, meurent et ressuscitent — et à la sortie du soleil dans la constellation de la Vierge, moment important pour les astrologues de l'Antiquité. Aux IIIe et IVe siècles, c'est le 6 janvier, qui voit «l'épiphanie», c'est-à-dire la «manifestation» du Christ, date à laquelle l'Orient chrétien célèbre sa naissance.

    Avec ce court aperçu, on voit que la tradition des cadeaux, des décorations, des bons repas associés à Noël a de lointaines origines et que si Noël se célèbre le 25 décembre, c'est à Mithra que nous le devons. Mais avec la commercialisation de Noël, on peut se demander si Mithra ne prend pas sa revanche! L'histoire est une continuité.












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