Opération yeux rouges
Maurice Hotte - Travailleur social spécialisé en éducation-prévention des drogues
19 décembre 2008
Comme chaque année, avec l'arrivée des Fêtes, l'Opération Nez Rouge se met en branle dans toutes les régions du Québec. Cet organisme raccompagne des milliers de personnes qui sont intoxiquées par l'alcool et donc dans l'incapacité de conduire leur automobile. C'est par centaines que de nombreux bénévoles sont prêt à raccompagner ces gens qui veulent fêter en sécurité.
Ces nombreux raccompagnements qu'effectue Opération Nez Rouge ont assurément sauvé la vie à de nombreuses personnes.
Bien que la capacité de conduite affaiblie soit principalement associée à l'alcool, plusieurs éléments
peuvent affecter la capacité de conduire, tels les émotions, la fatigue, les médicaments ou les drogues i
llégales, dont le cannabis (marijuana et haschich). L'intérêt entourant la problématique de la conduite automobile sous l'influence du cannabis est relativement nouveau. Les données disponibles présentement sont peu nombreuses et portent principalement sur la prévalence de ce comportement.
Au Québec, a l'âge de 17 ans, 50 % des jeunes auront consommé une drogue illégale quelconque, principalement du cannabis, et quelque 10-15 % de ceux-ci risquent à court ou moyen terme d'avoir un comportement à risque qui aura une incidence en matière de soins de santé. Avec la venue du temps des Fêtes, il est certain que de nombreux jeunes fêteront en grand avec des amis là où il risque d'y avoir du cannabis, du speed, de l'ecstasy, de l'alcool, etc. Une enquête canadienne effectuée en 2004 démontre que 20,6 % des conducteurs âgés de 16 à 19 ans ont déclaré avoir pris le volant sous l'influence du cannabis. Seulement pour le groupe des 16-19 ans, le pourcentage des conducteurs qui ont déclaré avoir conduit intoxiqués au cannabis est plus élevé que ceux du même groupe d'âge ayant déclaré avoir conduit sous l'influence de l'alcool (19,6 %).
Compte tenu de la popularité du cannabis chez ce groupe d'âge, les occasions de se retrouver au volant intoxiqué au cannabis sont bien présentes. Les jeunes savent que, pour eux, c'est tolérance zéro en ce qui concerne l'alcool et la conduite automobile. Il est donc de plus en plus fréquent que les jeunes se rencontrent pour faire la fête et que les drogues telles le cannabis soient de la fête, accompagnées de boissons énergisantes en remplacement de l'alcool. Certains jeunes intoxiqués au cannabis ou autres drogues ne seront pas inquiets et conduiront leur auto sous prétexte qu'ils n'ont pas consommé d'alcool et que les policiers ne les arrêteront pas. Évidemment, la conduite automobile sous influence des drogues est aussi dangereuse et illégale, mais plus difficile à prouver par les policiers. Il n'existe pas, en matière de drogues et de médicaments, d'équivalent au test d'alcoolémie et, en matière de cannabis notamment, des traces dans les urines ne permettent nullement d'établir que la consommation est récente. C'est dans ce contexte que les policiers du service de police de la Ville de Los Angeles ont développé, au début des années 1980, le Drug Recognition Expert System (DRE). Ces policiers reçoivent une formation spécifique sur la détection de la conduite sous l'influence de substances psychoactives.
Au Canada actuellement, les services policiers doivent tous avoir ce type d'expert; par contre, les statistiques ne montrent que les arrestations faites avec les facultés affaiblies par l'alcool. En Norvège, autant de gens sont arrêtés pour avoir conduit sous l'influence de substances illégales que sous celle de l'alcool (Perreault, M. 2004).
Selon S. Émond (AITQ, 2005) et le rapport Nolin (2002), les conducteurs intoxiqués au cannabis sont habituellement plus conscients de leur intoxication que les conducteurs ayant les facultés affaiblies par l'alcool. Ils adoptent donc moins de comportements à risque que les conducteurs intoxiqués par l'alcool (vitesse, dépassements, distances entre les véhicules...). Comme ils sont moins téméraires, il est plus difficile pour eux de réaliser l'impact réel du cannabis sur la conduite automobile. De plus, le peu de sensibilisation à propos de la problématique de la conduite automobile sous l'influence du cannabis contribue au fait que les gens éprouvent de la difficulté à percevoir les risques encourus. Les difficultés associées aux pouvoirs d'enquête des policiers à dépister les conducteurs intoxiqués semblent également renforcer cette perception.
Les gens ayant expérimenté la conduite automobile sous l'influence du cannabis ainsi que les consommateurs réguliers de cannabis sous-estiment davantage les risques liés au cannabis au volant. Une étude faite au Manitoba a démontré que le cannabis au volant semble plus acceptable que l'alcool au volant chez les élèves du secondaire. À cet effet, 19,2 % des sondés approuvent le cannabis au volant alors que seulement 4,4 % partagent cet avis en ce qui concerne l'alcool au volant.
La Société de l'assurance automobile du Québec a démontré que malgré la prudence des conducteurs sous l'effet du cannabis, de nombreux accidents mortels ont été référencés. La SAAQ a analysé entre 1999 et 2002 les échantillons de sang et d'urine de 354 conducteurs décédés, et 25 % d'entre eux avaient consommé des drogues, dont la principale est le cannabis. D'après la SAAQ, une personne qui a fumé de la marijuana court deux fois plus de risques d'être impliquée dans un accident mortel.
Les effets du cannabis sur la conduite automobile
Les effets de la consommation de cannabis sont variables: légère euphorie, accompagnée d'un sentiment d'apaisement et d'une envie spontanée de rire, légère somnolence. Quant aux principaux effets sur la conduite automobile, ils se résument ainsi: difficulté à se concentrer, à rester attentif à l'environnement routier; risque de moins bien percevoir l'environnement; coordination affectée; difficulté à maintenir une trajectoire en ligne droite; difficulté à rouler à une vitesse constante et à évaluer les distances; temps de réaction augmenté, réflexes ralentis, conduite hésitante et risque de ne pas pouvoir faire face à l'imprévu.
Mais comment réduire les risques face à l'intoxication au cannabis et à la conduite automobile quand on sait que de nombreux jeunes et adultes ne se sentent pas concernés par cette problématique? C'est pourquoi il serait préférable que la consommation de certains médicaments prescrits ou disponibles en vente libre, de cannabis ou autres drogues soit incluse dans toutes les campagnes de sensibilisation de la conduite avec facultés affaiblies.
Réduire les risques
Tout comme les soirées où les gens choisissent un chauffeur désigné, il est suggéré, lors de soirées, que les gens qui fument du cannabis se fassent reconduire. Par contre, si vous êtes un de ces conducteurs dit prudents qui approuvent le cannabis au volant, que vous fumez du cannabis et que vous voulez tout de même prendre le volant, prenez le temps de dégriser au moins une heure avant votre départ. En effet, selon le rapport Nolin 2002, les concentrations de THC dans le sang atteignent rapidement un pic (high ou buzz) de 5 à 10 minutes après la consommation du joint; 10 minutes plus tard, il n'en restera que les deux tiers, et 5 à 10 % au bout d'une heure; et après deux heures, elles seront à la limite de la détection.
Il est aussi préférable de ne pas fumer du cannabis sans arrêt, c'est-à dire de ne pas prendre des puffs toutes les 10-15 minutes; en effet, il arrive souvent qu'entres groupes d'amis, les joints se suivent régulièrement et que les pauses soient rares. Il est conseillé d'évaluer sa consommation aux heures, de prendre de l'air frais, de boire de l'eau, du jus ou encore des boissons sportives, par exemple Gatorade. Les boissons énergisantes, quant à elles, ne réhydratent pas. Le mélange de ces boissons avec le cannabis, l'alcool ou autres peut masquer les signes d'intoxication, ce qui peut entraîner la prise de risques. Et l'alcool risque d'amplifier les effets du cannabis ou des autres drogues.
Si un de vos invités fume du cannabis et s'il veut conduire, insistez pour qu'il «dégrise». Par contre, si vous croyez qu'il est souhaitable que votre invité ne conduise pas, insistez pour qu'il vous remette les clés. N'oubliez pas que, tel que mentionné, les effets du cannabis conjugués à ceux de l'alcool diminueront encore plus les facultés que ceux de l'alcool seul ou encore du cannabis seul.
Ces nombreux raccompagnements qu'effectue Opération Nez Rouge ont assurément sauvé la vie à de nombreuses personnes.
Bien que la capacité de conduite affaiblie soit principalement associée à l'alcool, plusieurs éléments
peuvent affecter la capacité de conduire, tels les émotions, la fatigue, les médicaments ou les drogues i
llégales, dont le cannabis (marijuana et haschich). L'intérêt entourant la problématique de la conduite automobile sous l'influence du cannabis est relativement nouveau. Les données disponibles présentement sont peu nombreuses et portent principalement sur la prévalence de ce comportement.
Au Québec, a l'âge de 17 ans, 50 % des jeunes auront consommé une drogue illégale quelconque, principalement du cannabis, et quelque 10-15 % de ceux-ci risquent à court ou moyen terme d'avoir un comportement à risque qui aura une incidence en matière de soins de santé. Avec la venue du temps des Fêtes, il est certain que de nombreux jeunes fêteront en grand avec des amis là où il risque d'y avoir du cannabis, du speed, de l'ecstasy, de l'alcool, etc. Une enquête canadienne effectuée en 2004 démontre que 20,6 % des conducteurs âgés de 16 à 19 ans ont déclaré avoir pris le volant sous l'influence du cannabis. Seulement pour le groupe des 16-19 ans, le pourcentage des conducteurs qui ont déclaré avoir conduit intoxiqués au cannabis est plus élevé que ceux du même groupe d'âge ayant déclaré avoir conduit sous l'influence de l'alcool (19,6 %).
Compte tenu de la popularité du cannabis chez ce groupe d'âge, les occasions de se retrouver au volant intoxiqué au cannabis sont bien présentes. Les jeunes savent que, pour eux, c'est tolérance zéro en ce qui concerne l'alcool et la conduite automobile. Il est donc de plus en plus fréquent que les jeunes se rencontrent pour faire la fête et que les drogues telles le cannabis soient de la fête, accompagnées de boissons énergisantes en remplacement de l'alcool. Certains jeunes intoxiqués au cannabis ou autres drogues ne seront pas inquiets et conduiront leur auto sous prétexte qu'ils n'ont pas consommé d'alcool et que les policiers ne les arrêteront pas. Évidemment, la conduite automobile sous influence des drogues est aussi dangereuse et illégale, mais plus difficile à prouver par les policiers. Il n'existe pas, en matière de drogues et de médicaments, d'équivalent au test d'alcoolémie et, en matière de cannabis notamment, des traces dans les urines ne permettent nullement d'établir que la consommation est récente. C'est dans ce contexte que les policiers du service de police de la Ville de Los Angeles ont développé, au début des années 1980, le Drug Recognition Expert System (DRE). Ces policiers reçoivent une formation spécifique sur la détection de la conduite sous l'influence de substances psychoactives.
Au Canada actuellement, les services policiers doivent tous avoir ce type d'expert; par contre, les statistiques ne montrent que les arrestations faites avec les facultés affaiblies par l'alcool. En Norvège, autant de gens sont arrêtés pour avoir conduit sous l'influence de substances illégales que sous celle de l'alcool (Perreault, M. 2004).
Selon S. Émond (AITQ, 2005) et le rapport Nolin (2002), les conducteurs intoxiqués au cannabis sont habituellement plus conscients de leur intoxication que les conducteurs ayant les facultés affaiblies par l'alcool. Ils adoptent donc moins de comportements à risque que les conducteurs intoxiqués par l'alcool (vitesse, dépassements, distances entre les véhicules...). Comme ils sont moins téméraires, il est plus difficile pour eux de réaliser l'impact réel du cannabis sur la conduite automobile. De plus, le peu de sensibilisation à propos de la problématique de la conduite automobile sous l'influence du cannabis contribue au fait que les gens éprouvent de la difficulté à percevoir les risques encourus. Les difficultés associées aux pouvoirs d'enquête des policiers à dépister les conducteurs intoxiqués semblent également renforcer cette perception.
Les gens ayant expérimenté la conduite automobile sous l'influence du cannabis ainsi que les consommateurs réguliers de cannabis sous-estiment davantage les risques liés au cannabis au volant. Une étude faite au Manitoba a démontré que le cannabis au volant semble plus acceptable que l'alcool au volant chez les élèves du secondaire. À cet effet, 19,2 % des sondés approuvent le cannabis au volant alors que seulement 4,4 % partagent cet avis en ce qui concerne l'alcool au volant.
La Société de l'assurance automobile du Québec a démontré que malgré la prudence des conducteurs sous l'effet du cannabis, de nombreux accidents mortels ont été référencés. La SAAQ a analysé entre 1999 et 2002 les échantillons de sang et d'urine de 354 conducteurs décédés, et 25 % d'entre eux avaient consommé des drogues, dont la principale est le cannabis. D'après la SAAQ, une personne qui a fumé de la marijuana court deux fois plus de risques d'être impliquée dans un accident mortel.
Les effets du cannabis sur la conduite automobile
Les effets de la consommation de cannabis sont variables: légère euphorie, accompagnée d'un sentiment d'apaisement et d'une envie spontanée de rire, légère somnolence. Quant aux principaux effets sur la conduite automobile, ils se résument ainsi: difficulté à se concentrer, à rester attentif à l'environnement routier; risque de moins bien percevoir l'environnement; coordination affectée; difficulté à maintenir une trajectoire en ligne droite; difficulté à rouler à une vitesse constante et à évaluer les distances; temps de réaction augmenté, réflexes ralentis, conduite hésitante et risque de ne pas pouvoir faire face à l'imprévu.
Mais comment réduire les risques face à l'intoxication au cannabis et à la conduite automobile quand on sait que de nombreux jeunes et adultes ne se sentent pas concernés par cette problématique? C'est pourquoi il serait préférable que la consommation de certains médicaments prescrits ou disponibles en vente libre, de cannabis ou autres drogues soit incluse dans toutes les campagnes de sensibilisation de la conduite avec facultés affaiblies.
Réduire les risques
Tout comme les soirées où les gens choisissent un chauffeur désigné, il est suggéré, lors de soirées, que les gens qui fument du cannabis se fassent reconduire. Par contre, si vous êtes un de ces conducteurs dit prudents qui approuvent le cannabis au volant, que vous fumez du cannabis et que vous voulez tout de même prendre le volant, prenez le temps de dégriser au moins une heure avant votre départ. En effet, selon le rapport Nolin 2002, les concentrations de THC dans le sang atteignent rapidement un pic (high ou buzz) de 5 à 10 minutes après la consommation du joint; 10 minutes plus tard, il n'en restera que les deux tiers, et 5 à 10 % au bout d'une heure; et après deux heures, elles seront à la limite de la détection.
Il est aussi préférable de ne pas fumer du cannabis sans arrêt, c'est-à dire de ne pas prendre des puffs toutes les 10-15 minutes; en effet, il arrive souvent qu'entres groupes d'amis, les joints se suivent régulièrement et que les pauses soient rares. Il est conseillé d'évaluer sa consommation aux heures, de prendre de l'air frais, de boire de l'eau, du jus ou encore des boissons sportives, par exemple Gatorade. Les boissons énergisantes, quant à elles, ne réhydratent pas. Le mélange de ces boissons avec le cannabis, l'alcool ou autres peut masquer les signes d'intoxication, ce qui peut entraîner la prise de risques. Et l'alcool risque d'amplifier les effets du cannabis ou des autres drogues.
Si un de vos invités fume du cannabis et s'il veut conduire, insistez pour qu'il «dégrise». Par contre, si vous croyez qu'il est souhaitable que votre invité ne conduise pas, insistez pour qu'il vous remette les clés. N'oubliez pas que, tel que mentionné, les effets du cannabis conjugués à ceux de l'alcool diminueront encore plus les facultés que ceux de l'alcool seul ou encore du cannabis seul.
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