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Échec du matraquage électoraliste

Luis Carlos Fernández - Montréal, le 11 décembre 2008  13 décembre 2008 
Remercions Pierre Graveline (Le Devoir du 10 décembre 2008) et Pierre Foglia (La Presse du 11 décembre 2008) d'avoir été parmi les très rares à rappeler une évidence que les establishments politique et médiatique ne pouvaient bien évidemment qu'occulter: l'abstentionnisme est un choix politique éclairé. Un bras d'honneur à la prétendue délégation du pouvoir populaire, qui n'est en fait rien d'autre que sa confiscation. Un pied de nez à un système «démocratique» dont la loi électorale et le mode de scrutin iniques pérennisent l'alternance au pouvoir de blanc bonnet et bonnet blanc.

La propagande électoraliste a bien essayé de persuader l'électorat de se conduire en troupeau «civique», martelant sans désemparer un argumentaire dont l'ineptie est trop patente pour qu'il faille s'y attarder: «des gens sont morts pour le droit de vote»; «bien des pays en sont encore privés»; «il faut voter pour avoir ensuite le droit de critiquer le gouvernement»... Mais cela n'a pas fonctionné, et l'abstentionnisme a prévalu de façon éclatante. Car nul besoin d'être follement instruit pour observer que capitalisme et démocratie indirecte se sont épanouis de concert; qu'au sein des pays les plus riches et les plus incontestablement démocratiques, l'écart entre riches et pauvres ne cesse de croître; que, forte de la puissance décérébrante du discours publicitaire, la démocratie dont on se gargarise tant — ce «plus mauvais système politique au monde, à l'exception de tous les autres», selon le mot rusé de Churchill — est précisément ce qui assure la domination durable (car non sanglante) des dominants.

On peut certes se réjouir de l'élection d'Amir Khadir, mais à condition de ne pas oublier que, lorsque la gauche sociale devient gauche politique, elle risque aussi de devenir gauche politicienne, et de conforter ainsi le pouvoir qu'elle avait pour mission de combattre. Telle a été, par exemple, l'évolution des partis socialistes français et espagnol qui, depuis belle lurette, n'ont plus de socialiste que le nom usurpé.
 
 
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