Libre opinion: La gauche à faire pleurer
Texte en réponse aux lettres de Claude Jasmin et Paul Cliche
Catherine Rioux - Citoyenne du Québec
12 mars 2003
Je vous le dis tout simplement: si les confessions de Claude Jasmin ont fait rire Paul Cliche, moi, elles m'ont plutôt donné envie de pleurer.
D'abord, la forme, qui ressemble à un gros crachat. Comme beaucoup de mes concitoyens habitants de la planète Terre, j'ai appris très jeune qu'il faut prendre de grandes respirations quand la moutarde nous monte au nez et éviter les esclandres dans les secondes qui suivent car, la plupart du temps, ce qui sort est laid, a peu ou pas de sens et est totalement stérile. La confession de Jasmin me semble être l'exemple parfait du résultat désastreux d'une sortie à chaud, et ce, même si c'est signé sous la plume d'un écrivain et même si celui-ci précise être intervenu très rarement dans le débat politique.
Ensuite, sur le fond. Bien que née il y a à peine plus de 30 ans, on me répète depuis de nombreuses années déjà qu'il faut serrer les rangs sous la bannière péquiste, coûte que coûte, indépendamment de nos orientations profondes sur les questions économiques, sociales et politiques, pour que le projet de la souveraineté se réalise.
Et on nous répète aussi qu'après cet événement tant attendu, chaque citoyen du nouveau pays pourra exprimer ses volontés et les valeurs auxquelles il aspire dans un véritable forum politique et démocratique, libéré de tout «alignement référendaire». Après, on parlera des vraies affaires.
D'ailleurs, cet argument a eu un certain succès dans l'histoire politique récente. Au référendum de 1980, il avait permis d'obtenir le vote de nombreux marxistes-léninistes et autres durs de durs de la gauche québécoise. Également, pendant ce que j'appelle la «petite noirceur» de la fin des années 80, début 90, alors que la mouvance sociale était quasi absente au Québec comme ailleurs et que le PQ était dans l'opposition, on s'en est servi pour éventuellement redonner le pouvoir aux forces souverainistes.
Et aussi au moment du référendum de 1995, où de nombreux nationalistes de tout acabit s'étaient fait convaincre qu'un tel alignement des astres — ou des «conditions gagnantes», comme dirait l'autre — ne survient que très rarement.
Mais cet argument ne tient pas la route lorsque le monde change, lorsque le parti auquel nous avons accordé notre confiance modifie sa trajectoire et lorsque les valeurs et les orientations qui sont les nôtres sont, année après année, évacuées du débat ou tout bonnement non retenues. Et c'est, à mon sens, ce que plusieurs Québécois vivent actuellement. Ici comme dans de nombreux pays, les questions sociales, économiques, environnementales et de santé de notre localité, mais aussi de la planète, sont revenues à l'avant-scène, au coeur du débat. On n'a qu'à voir la participation citoyenne dans les conférences, dans les forums de réflexion et dans les manifestations, qui est en hausse phénoménale.
La souveraineté, à l'inverse, n'est plus une priorité pour plusieurs personnes, y compris des nationalistes, sans doute parce qu'il y a d'autres luttes plus importantes et que les échecs passés laissent des marques. Et, finalement, le Parti québécois qui, historiquement, représentait aussi une bonne tranche de la gauche au Québec, a changé d'orientation depuis belle lurette.
Devant ce vide politique que vivent les partisans d'une orientation franchement à gauche et au moment précis où on assiste à une effervescence sociale puissante et à des alliances entre les mouvements sociaux à travers le monde, comment reprocher à certains citoyens de vouloir exprimer différemment leur volonté et de faire avancer des causes sociales qui ont actuellement le vent dans les voiles et qu'on a trop longtemps mises en veilleuse?
Comment peut-on mélanger la gauche et la souveraineté aussi dangereusement?
À la lecture de cette confession, on s'éloigne encore un peu plus du rêve que j'ai de pouvoir envisager un jour au Québec les idées de gauche détachées de celle de la souveraineté. Que l'on puisse être publiquement, par exemple, à la fois gauchiste et souverainiste «mou»... ou carrément fédéraliste; ou encore souverainiste sans voter pour le PQ; ou encore — oh! est-ce possible! — souverainiste de droite.
Il est grand temps de départager tout ça et que tous y trouvent un lieu d'expression dans le respect. Et le chemin sera encore long, semble-t-il, parce que l'Union des forces progressistes présente, elle aussi, un programme duo souveraineté-orientations de gauche.
Je vous pose donc la question, M. Jasmin: à quand le respect des citoyens de gauche de la part des souverainistes purs et durs?
D'abord, la forme, qui ressemble à un gros crachat. Comme beaucoup de mes concitoyens habitants de la planète Terre, j'ai appris très jeune qu'il faut prendre de grandes respirations quand la moutarde nous monte au nez et éviter les esclandres dans les secondes qui suivent car, la plupart du temps, ce qui sort est laid, a peu ou pas de sens et est totalement stérile. La confession de Jasmin me semble être l'exemple parfait du résultat désastreux d'une sortie à chaud, et ce, même si c'est signé sous la plume d'un écrivain et même si celui-ci précise être intervenu très rarement dans le débat politique.
Ensuite, sur le fond. Bien que née il y a à peine plus de 30 ans, on me répète depuis de nombreuses années déjà qu'il faut serrer les rangs sous la bannière péquiste, coûte que coûte, indépendamment de nos orientations profondes sur les questions économiques, sociales et politiques, pour que le projet de la souveraineté se réalise.
Et on nous répète aussi qu'après cet événement tant attendu, chaque citoyen du nouveau pays pourra exprimer ses volontés et les valeurs auxquelles il aspire dans un véritable forum politique et démocratique, libéré de tout «alignement référendaire». Après, on parlera des vraies affaires.
D'ailleurs, cet argument a eu un certain succès dans l'histoire politique récente. Au référendum de 1980, il avait permis d'obtenir le vote de nombreux marxistes-léninistes et autres durs de durs de la gauche québécoise. Également, pendant ce que j'appelle la «petite noirceur» de la fin des années 80, début 90, alors que la mouvance sociale était quasi absente au Québec comme ailleurs et que le PQ était dans l'opposition, on s'en est servi pour éventuellement redonner le pouvoir aux forces souverainistes.
Et aussi au moment du référendum de 1995, où de nombreux nationalistes de tout acabit s'étaient fait convaincre qu'un tel alignement des astres — ou des «conditions gagnantes», comme dirait l'autre — ne survient que très rarement.
Mais cet argument ne tient pas la route lorsque le monde change, lorsque le parti auquel nous avons accordé notre confiance modifie sa trajectoire et lorsque les valeurs et les orientations qui sont les nôtres sont, année après année, évacuées du débat ou tout bonnement non retenues. Et c'est, à mon sens, ce que plusieurs Québécois vivent actuellement. Ici comme dans de nombreux pays, les questions sociales, économiques, environnementales et de santé de notre localité, mais aussi de la planète, sont revenues à l'avant-scène, au coeur du débat. On n'a qu'à voir la participation citoyenne dans les conférences, dans les forums de réflexion et dans les manifestations, qui est en hausse phénoménale.
La souveraineté, à l'inverse, n'est plus une priorité pour plusieurs personnes, y compris des nationalistes, sans doute parce qu'il y a d'autres luttes plus importantes et que les échecs passés laissent des marques. Et, finalement, le Parti québécois qui, historiquement, représentait aussi une bonne tranche de la gauche au Québec, a changé d'orientation depuis belle lurette.
Devant ce vide politique que vivent les partisans d'une orientation franchement à gauche et au moment précis où on assiste à une effervescence sociale puissante et à des alliances entre les mouvements sociaux à travers le monde, comment reprocher à certains citoyens de vouloir exprimer différemment leur volonté et de faire avancer des causes sociales qui ont actuellement le vent dans les voiles et qu'on a trop longtemps mises en veilleuse?
Comment peut-on mélanger la gauche et la souveraineté aussi dangereusement?
À la lecture de cette confession, on s'éloigne encore un peu plus du rêve que j'ai de pouvoir envisager un jour au Québec les idées de gauche détachées de celle de la souveraineté. Que l'on puisse être publiquement, par exemple, à la fois gauchiste et souverainiste «mou»... ou carrément fédéraliste; ou encore souverainiste sans voter pour le PQ; ou encore — oh! est-ce possible! — souverainiste de droite.
Il est grand temps de départager tout ça et que tous y trouvent un lieu d'expression dans le respect. Et le chemin sera encore long, semble-t-il, parce que l'Union des forces progressistes présente, elle aussi, un programme duo souveraineté-orientations de gauche.
Je vous pose donc la question, M. Jasmin: à quand le respect des citoyens de gauche de la part des souverainistes purs et durs?
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