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Annan met Bush en garde

Attaquer l'Irak sans l'aval du Conseil de sécurité contreviendrait à la Charte de l'ONU, selon le secrétaire général

11 mars 2003 
Le président américain s’entretient au téléphone avec le premier ministre japonais Junichiro Koizumi, depuis le bureau ovale. George W. Bush a multiplié hier les appels téléphoniques pour obtenir le vote d’une deuxième résolution sur l’Ira
Photo : Agence Reuters
Le président américain s’entretient au téléphone avec le premier ministre japonais Junichiro Koizumi, depuis le bureau ovale. George W. Bush a multiplié hier les appels téléphoniques pour obtenir le vote d’une deuxième résolution sur l’Ira
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a solennellement mis en garde, hier à La Haye, les États-Unis contre une action militaire entreprise en Irak sans l'aval du Conseil de sécurité.

«Si les États-Unis s’engagent dans une intervention militaire en dehors du Conseil de sécurité, cela ne sera pas en conformité avec la Charte» des Nations unies, a déclaré M. Annan.
Le secrétaire général des Nations unies s’exprimait lors d’une conférence de presse destinée à faire le point sur les entretiens en cours entre dirigeants chypriotes grec et turc pour tenter de mettre un point final au contentieux qui les oppose depuis près de trois décennies.
M. Annan a insisté sur le risque d’illégitimité qui entacherait toute action militaire entreprise en Irak sans l’aval du Conseil de sécurité:
«Les membres du Conseil sont à présent devant un choix fondamental. S’ils ne parviennent pas à s’entendre sur une seconde résolution, et si une action est lancée sans l’autorité du Conseil de sécurité, la légitimité et le soutien pour une telle action en seront sérieusement affectés», a-t-il dit.
Le secrétaire général a exhorté les membres du Conseil à parvenir à une position unifiée sur l’Irak, «même à cette heure tardive», estimant qu’une telle unité rendrait le monde plus sûr.
La Charte des Nations unies indique que tout État-membre doit s’abstenir de «recourir à la menace ou à l’emploi de la force» contre un autre État-membre, sauf s’il est attaqué.
Elle dit aussi que les États-membres «confèrent au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale et reconnaissent qu’en s’acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité, le Conseil de sécurité agit en leur nom».
Le projet de résolution déposé par les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne prévoit un ultimatum lancé à l’Irak pour qu’il élimine ses armes de destruction massive d’ici au 17 mars.
La France, la Russie et la Chine, qui disposent d’un droit de veto au Conseil, estiment qu’il faut donner plus de temps aux inspections de l’ONU avant d’envisager un recours à la force pour désarmer le dirigeant irakien Saddam Hussein.
S’exprimant sur un ton grave et solennel, M. Annan a souligné «l’atmosphère de crise et de grande anxiété qui affecte le monde entier» en raison de la crise irakienne: «La question du désarmement de l’Irak a conduit la communauté internationale à un point dangereux de division et de discorde», a-t-il dit.
«Les Nations unies ont le devoir de chercher jusqu’à la toute dernière limite une solution pacifique», a dit M. Annan. Il a souligné que personne «ne doit entretenir d’illusion sur la signification de la guerre». «Qu’elle soit longue ou courte, la réalité est qu’elle provoquerait de grandes souffrances humaines, qu’elle pourrait conduire à l’instabilité régionale et à des crises économiques». «Elle peut, en outre, comme cela a souvent été le cas auparavant, conduire à des conséquences inattendues qui produisent de nouvelles menaces et de nouveaux dangers.»
M. Annan a enfin estimé que quelle que soit l’issue de la crise, le poids des Nations unies demeurera aussi important qu’il l’est aujourd’hui, soulignant l’attachement des peuples et des États à la légitimité prodiguée par le Conseil de sécurité.
Le secrétaire général a pris conseil auprès d’experts juridiques avant de faire ses déclarations, selon un responsable de l’ONU.

Un vote cette semaine
La Maison Blanche a annoncé hier que le vote sur le projet de résolution américano-britannique aurait lieu «cette semaine», mais pas aujourd’hui, afin de permettre la poursuite du processus diplomatique, a déclaré le porte-parole de la Maison, Ari Fleischer.
Le porte-parole a également ouvert la porte à de possibles modifications dans le contenu du projet de résolution afin d’intégrer des demandes formulées par certains pays. «La forme exacte du vote, le contenu exact de ce qui sera soumis au vote restent un sujet de consultations et de discussions entre divers pays», a souligné Ari Fleischer.
«Cette diplomatie est marquée par un certain niveau de souplesse [...]. Mais la ligne directrice reste la même: cela doit conduire au désarmement immédiat de Saddam Hussein», a-t-il dit.
Le porte-parole du département d’État, Richard Boucher, a confirmé que Washington envisageait d’amender la résolution afin de s’assurer du soutien d’au moins neuf pays membres du Conseil de sécurité.
La Grande-Bretagne envisage de son côté de repousser au-delà du 17 mars l’ultimatum fixé à l’Irak pour son désarmement, a indiqué hier le premier ministre Tony Blair.
Le chef du gouvernement britannique accepterait également d’intégrer d’autres modifications dans le contenu du texte pour permettre à certains pays aujourd’hui indécis de voter en faveur du projet.
Tony Blair a indiqué qu’il s’était entretenu par téléphone dans la journée avec le chef des inspecteurs en désarmement de l’ONU Hans Blix et avec des représentants de membres du Conseil de sécurité sur la possibilité d’intégrer dans le projet de résolution des critères clairs permettant de savoir si l’Irak a effectivement désarmé ou non.
Le Pakistan a indiqué qu’il s’abstiendrait en cas de vote, alors que le gouvernement bulgare a décidé hier de voter pour. La Guinée, qui préside en mars le Conseil de sécurité, veut trouver une issue «pacifique» à la crise, a déclaré son ministre des Affaires étrangères, François Fall, à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire d’État Colin Powell.
Le Chili, dont le soutien aux États-Unis semblait acquis, a souhaité hier une modification de la résolution. «Nous savons que notre vote au conseil est très important, et c’est pourquoi nous cherchons une alternative à la résolution proposée vendredi dernier»,a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Soledad Alvear.
Un proche du président chilien Ricardo Lagos s’exprimant sous le couvert de l’anonymat a précisé que la Chili ne pouvait voter la résolution en l’état actuel. Il a ajouté qu’une liste des tâches à accomplir par l’Irak pourrait être préparée. M. Lagos avait affirmé samedi que la date du 17 mars était prématurée pour l’ultimatum souhaité par Washington. «Les efforts doivent être faits juqu’au bout pour éviter la guerre», a déclaré hier le président sur la chaîne Santiago TV Channel 13.
Certains des pays indécis ont évoqué la possibilité de repousser d'un mois l’ultimatum souhaité par Washington, Londres et Madrid, proposition qui a peu de chance d’obtenir l’aval des États-Unis.

Bush au téléphone
À Washington, le président Bush multiplie les entretiens téléphoniques pour tenter de recueillir le soutien nécessaire. Il a appelé hier le premier ministre japonais Junichiro Koizumi, le président chinois Jiang Zemin, le premier ministre espagnol José Maria Aznar, le dirigeant du parti au pouvoir en Turquie Recep Tayyip Erdogan, qui devrait être prochainement nommé premier ministre, le président sénégalais Abdoulaye Wade, celui du Nigéria, Olusegun Obasanjo, le président sud-africain Thabo Mbeki et le sultan Qabous d’Oman.
M. Powell a également téléphoné au président angolais Jose Eduardo dos Santos et au ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Ernesto Derbez, dont les pays siègent au Conseil.
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a entrepris une tournée des trois pays africains actuellement membres du Conseil — Angola, Cameroun et Guinée.
Enfin, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El-Baradeï, a révélé avoir adressé un message au président Saddam Hussein pour qu’il fasse un geste «spectaculaire» afin d’éviter une guerre.
Le président américain s’entretient au téléphone avec le premier ministre japonais Junichiro Koizumi, depuis le bureau ovale. George W. Bush a multiplié hier les appels téléphoniques pour obtenir le vote d’une deuxième résolution sur l’Ira Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a abordé l’aspect légal d’une action unilatérale américaine en Irak, hier à La Haye, lors d’une conférence de presse destinée à faire le point sur les entretiens en cours entre dirigea
 
 
 
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