Chrétien s'engage
Paule Des Rivières
11 mars 2003
Dans l'incroyable ballet diplomatique qui se déploie sous nos yeux depuis plusieurs semaines, relativement à une intervention en Irak, le Canada avait jusqu'à présent produit un numéro alambiqué et confus. Le premier ministre Jean Chrétien vient de dissiper le brouillard en déclarant qu'une invasion prochaine de l'Irak serait inutile. Saluons la franchise du premier ministre, et la pertinence de sa position.
À 48 heures d'un vote crucial au Conseil de sécurité, le chef du gouvernement canadien a déclaré au réseau américain ABC qu'une intervention militaire n'était pas utile puisque le président Bush avait déjà gagné la guerre. Il a en outre déclaré qu'une intervention unilatérale, sans l'appui des Nations unies, constituerait un dangereux précédent. Le premier ministre avait précédemment tenu des propos allant dans le même sens, mais pour les tempérer ensuite, ou laisser un de ses ministres jouer les partisans du camp Bush. On ne peut que se réjouir de la clarté avec laquelle le premier ministre s'est exprimé cette fois devant le public américain. M. Chrétien a même eu la courtoisie de dire que le déploiement de soldats et d'équipement militaire aux abords de l'Irak était nécessaire, afin d'exercer une pression efficace sur Saddam Hussein.
Certes, la position du Canada arrive sur le tard, après que l'opinion publique eut amplement démontré son opposition à une intervention sans ONU. De plus, elle survient après qu'un nombre important de gouvernements eurent pris leurs distances à l'égard de la position américaine. Mais n'oublions pas que le Canada entretient, par sa géographie notamment, des relations extrêmement étroites, sur le plan commercial, avec les États-Unis. On peut, tant que l'on voudra, feindre d'ignorer cette réalité, elle n'en demeure pas moins une donnée obligée de toute analyse. D'ailleurs, dans le passé, les bravades des gouvernements, notamment celle de Pierre Trudeau, n'ont pas empêché les dirigeants canadiens de suivre le chemin tracé à Washington. Pensons seulement à l'installation des missiles Cruise en sol canadien que M. Trudeau avait finalement acceptée au début des années 80, en dépit d'une très vive opposition.
Le Canada n'est pas un joueur clé dans la guerre diplomatique qui a cours. Mais quel que soit le dénouement de la crise actuelle, elle aura un impact déterminant sur la diplomatie internationale et, dans ce nouveau contexte, le Canada devra redéfinir le rôle qu'il s'est donné à l'époque de Lester B. Pearson, rôle aujourd'hui obsolète. À l'égard des États-Unis, certes, mais également des autres pays et blocs de pays.
Enfin, même si l'intervention du premier ministre arrive sur le tard, elle n'est pas superflue. Non sans élégance, M. Chrétien a fait valoir que le président américain avait déjà gagné la guerre, en forçant le régime de Saddam Hussein à désarmer. Hier, le président français a utilisé les mêmes termes, comme si un certain nombre de pays tentaient de fournir une porte de sortie à Bush.
pdesrivieres@ledevoir.ca
À 48 heures d'un vote crucial au Conseil de sécurité, le chef du gouvernement canadien a déclaré au réseau américain ABC qu'une intervention militaire n'était pas utile puisque le président Bush avait déjà gagné la guerre. Il a en outre déclaré qu'une intervention unilatérale, sans l'appui des Nations unies, constituerait un dangereux précédent. Le premier ministre avait précédemment tenu des propos allant dans le même sens, mais pour les tempérer ensuite, ou laisser un de ses ministres jouer les partisans du camp Bush. On ne peut que se réjouir de la clarté avec laquelle le premier ministre s'est exprimé cette fois devant le public américain. M. Chrétien a même eu la courtoisie de dire que le déploiement de soldats et d'équipement militaire aux abords de l'Irak était nécessaire, afin d'exercer une pression efficace sur Saddam Hussein.
Certes, la position du Canada arrive sur le tard, après que l'opinion publique eut amplement démontré son opposition à une intervention sans ONU. De plus, elle survient après qu'un nombre important de gouvernements eurent pris leurs distances à l'égard de la position américaine. Mais n'oublions pas que le Canada entretient, par sa géographie notamment, des relations extrêmement étroites, sur le plan commercial, avec les États-Unis. On peut, tant que l'on voudra, feindre d'ignorer cette réalité, elle n'en demeure pas moins une donnée obligée de toute analyse. D'ailleurs, dans le passé, les bravades des gouvernements, notamment celle de Pierre Trudeau, n'ont pas empêché les dirigeants canadiens de suivre le chemin tracé à Washington. Pensons seulement à l'installation des missiles Cruise en sol canadien que M. Trudeau avait finalement acceptée au début des années 80, en dépit d'une très vive opposition.
Le Canada n'est pas un joueur clé dans la guerre diplomatique qui a cours. Mais quel que soit le dénouement de la crise actuelle, elle aura un impact déterminant sur la diplomatie internationale et, dans ce nouveau contexte, le Canada devra redéfinir le rôle qu'il s'est donné à l'époque de Lester B. Pearson, rôle aujourd'hui obsolète. À l'égard des États-Unis, certes, mais également des autres pays et blocs de pays.
Enfin, même si l'intervention du premier ministre arrive sur le tard, elle n'est pas superflue. Non sans élégance, M. Chrétien a fait valoir que le président américain avait déjà gagné la guerre, en forçant le régime de Saddam Hussein à désarmer. Hier, le président français a utilisé les mêmes termes, comme si un certain nombre de pays tentaient de fournir une porte de sortie à Bush.
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