Les dernières «jasminades» - Une logomachie dont la virulence est semeuse de violence
Paul Cliche - Militant à l'Union des forces progressistes (UFP)
10 mars 2003
Qu'est-ce que tu as à rire comme ça ?», m'a demandé mon épouse. C'était au moment du petit déjeuner vendredi matin. J'étais en train, comme tous les jours, de lire religieusement mon Devoir, une publication, qui sauf la caricature de Garnotte, n'est généralement pas de nature à provoquer des accès d'hilarité. «Je lis les dernières "jasminades"», lui ai-je répondu en lui tendant le journal en montrant l'article intitulé «Confession d'un gauchiste» publié sous la rubrique Idées.
«Qu'est-ce que c'est, les mémoires posthumes de Pierre Vallières?», m'a-t-elle demandé. Puis constatant que c'était signé Claude Jasmin, écrivain, elle a souri à son tour devant cette incongruité. C'est qu'elle se souvenait comme moi que la dernière fois que Claude avait fait acte de gauchisme, c'était, il y a plus de 30 ans, en 1970, lors des élections municipales qui ont coïncidé avec la crise d'Octobre, alors que lui et l'humoriste Carl Dubuc s'étaient alliés au FRAP pour faire acte de candidature contre l'administration Drapeau.
En effet, mon ancien compagnon de route avait signé un texte d'une rare virulence où il ne ménageait aucun qualificatif envers notre parti, l'Union des forces progressistes: «bêtise, masochisme, folie, bande d'impatients excités, gauchistes écervelés, pauvres idiots, romantisme niais» et j'en passe. Il allait jusqu'à s'en prendre à mon humble personne: «les candides suiveux de Paul Cliche, les zélotes clichiens». [...]
Mais passons aux choses sérieuses et constructives. Sur la question nationale, l'UFP veut mettre la main à la pâte pour aider à débloquer un projet qui est en panne en grande partie à cause de l'inaction des péquistes qui n'ont jamais fait de promotion systématique de la souveraineté. Pour sortir du cul de sac, un consensus est en train de se créer sur la nécessité de repenser la stratégie souverainiste sur des bases complètement différentes de celles qui ont mené à l'impasse actuelle. Comme le PQ est loin de représenter tous les souverainistes, il tombe sous le sens qu'il faut aussi accepter les personnes et groupes souverainistes qui n'en sont pas membres, car ce parti doit cesser d'agir comme s'il était le seul propriétaire du projet. Il faut surtout faire de la place à ceux et celles susceptibles de faire pénétrer le projet souverainiste dans des milieux qui y ont été réfractaires en bonne partie jusqu'ici comme les communautés ethno-culturelles.
Un projet de société
La plate-forme de l'UFP sur la question nationale est claire. Tous et toutes au sein du parti s'accordent à dire que sa solution nécessitera l'obtention de la souveraineté pour le peuple québécois. L'UFP propose donc «l'indépendance nationale en favorisant l'émancipation sociale, l'équité et la justice sociale pour tous et pour toutes. L'indépendance n'est pas une fin en soi pour ceux et celles qui en font la promotion, y précise-t-on, mais un moyen pour réaliser notre projet de société».
La principale mesure préconisée par l'UFP est «l'élection d'une Assemblée constituante chargée de rédiger et de proposer au peuple par référendum un projet de Constitution pour un Québec progressiste, républicain, laïc et démocratique». C'est donc par la création d'une Assemblée constituante et par la tenue d'un référendum sur le projet de Constitution que s'exercera la souveraineté populaire.
Cette plate-forme a été adoptée à l'unanimité lors du congrès de fondation de l'UFP tenue en juin 2002 où quelque 25 % des participant(e)s provenaient des communautés anglophones et ethno-culturelles. L'UFP compte parmi ses principales caractéristiques le fait d'être assez représentative de la diversité québécoise — la présence de ses deux candidats vedettes Amir Khadir et Omar Aktouf le prouve — et de compter un fort contingent de jeunes parmi ses membres. Sa stratégie de considérer la souveraineté politique non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen nécessaire pour réaliser un projet de société progressiste, rencontre aussi une forte audience dans la population. Ce point avait d'ailleurs été la principale constatation qui s'était dégagée de la tournée pré-référendaire de 1995. L'apport de l'UFP ne serait donc pas négligeable dans la lutte pour la souveraineté pour peu que le principal véhicule historique du projet qu'est le PQ, mettant fin à ses prétentions hégémoniques, admette son existence en tant que parti autonome, avec ses orientations idéologiques propres et lui laisse la marge de manoeuvre nécessaire dans un éventuel partenariat avec l'ensemble des composantes.
Mais cette coalition, indispensable au succès du projet souverainiste, ne semble pas sur le point de se réaliser si l'on se fie à des réactions extrémistes comme celle de Claude Jasmin.
Quant à l'effet de nuisance potentiel de l'UFP lors des prochaines élections, je veux rassurer M. Jasmin. Si l'on considère les effets du mode de scrutin majoritaire qui régira encore cette consultation populaire, les derniers sondages indiquent que le Parti québécois sera probablement réélu avec autant de députés qu'en 1998, sinon plus.
Il ne faut pas faire un épouvantail de l'effet de nuisance potentiel de l'UFP. À part Mercier et quelques autres circonscriptions il ne devrait pas être effectif si l'on calcule la différence entre les votes des candidats péquistes et ceux de leur plus proche adversaires. Les propagandistes péquistes peuvent donc, pour une fois, laisser les gens de gauche voter selon leurs convictions et cesser de les harceler sur la nécessité de voter de façon stratégique pour empêcher l'élection des libéraux ou des adéquistes..
Quant à M. Jasmin, qu'il arrête donc de fabuler et de crier au «bonhomme sept heures». Sinon il va perdre l'estime de gens comme moi qui le considéraient jusqu'ici comme un intellectuel de grande valeur.
«Qu'est-ce que c'est, les mémoires posthumes de Pierre Vallières?», m'a-t-elle demandé. Puis constatant que c'était signé Claude Jasmin, écrivain, elle a souri à son tour devant cette incongruité. C'est qu'elle se souvenait comme moi que la dernière fois que Claude avait fait acte de gauchisme, c'était, il y a plus de 30 ans, en 1970, lors des élections municipales qui ont coïncidé avec la crise d'Octobre, alors que lui et l'humoriste Carl Dubuc s'étaient alliés au FRAP pour faire acte de candidature contre l'administration Drapeau.
En effet, mon ancien compagnon de route avait signé un texte d'une rare virulence où il ne ménageait aucun qualificatif envers notre parti, l'Union des forces progressistes: «bêtise, masochisme, folie, bande d'impatients excités, gauchistes écervelés, pauvres idiots, romantisme niais» et j'en passe. Il allait jusqu'à s'en prendre à mon humble personne: «les candides suiveux de Paul Cliche, les zélotes clichiens». [...]
Mais passons aux choses sérieuses et constructives. Sur la question nationale, l'UFP veut mettre la main à la pâte pour aider à débloquer un projet qui est en panne en grande partie à cause de l'inaction des péquistes qui n'ont jamais fait de promotion systématique de la souveraineté. Pour sortir du cul de sac, un consensus est en train de se créer sur la nécessité de repenser la stratégie souverainiste sur des bases complètement différentes de celles qui ont mené à l'impasse actuelle. Comme le PQ est loin de représenter tous les souverainistes, il tombe sous le sens qu'il faut aussi accepter les personnes et groupes souverainistes qui n'en sont pas membres, car ce parti doit cesser d'agir comme s'il était le seul propriétaire du projet. Il faut surtout faire de la place à ceux et celles susceptibles de faire pénétrer le projet souverainiste dans des milieux qui y ont été réfractaires en bonne partie jusqu'ici comme les communautés ethno-culturelles.
Un projet de société
La plate-forme de l'UFP sur la question nationale est claire. Tous et toutes au sein du parti s'accordent à dire que sa solution nécessitera l'obtention de la souveraineté pour le peuple québécois. L'UFP propose donc «l'indépendance nationale en favorisant l'émancipation sociale, l'équité et la justice sociale pour tous et pour toutes. L'indépendance n'est pas une fin en soi pour ceux et celles qui en font la promotion, y précise-t-on, mais un moyen pour réaliser notre projet de société».
La principale mesure préconisée par l'UFP est «l'élection d'une Assemblée constituante chargée de rédiger et de proposer au peuple par référendum un projet de Constitution pour un Québec progressiste, républicain, laïc et démocratique». C'est donc par la création d'une Assemblée constituante et par la tenue d'un référendum sur le projet de Constitution que s'exercera la souveraineté populaire.
Cette plate-forme a été adoptée à l'unanimité lors du congrès de fondation de l'UFP tenue en juin 2002 où quelque 25 % des participant(e)s provenaient des communautés anglophones et ethno-culturelles. L'UFP compte parmi ses principales caractéristiques le fait d'être assez représentative de la diversité québécoise — la présence de ses deux candidats vedettes Amir Khadir et Omar Aktouf le prouve — et de compter un fort contingent de jeunes parmi ses membres. Sa stratégie de considérer la souveraineté politique non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen nécessaire pour réaliser un projet de société progressiste, rencontre aussi une forte audience dans la population. Ce point avait d'ailleurs été la principale constatation qui s'était dégagée de la tournée pré-référendaire de 1995. L'apport de l'UFP ne serait donc pas négligeable dans la lutte pour la souveraineté pour peu que le principal véhicule historique du projet qu'est le PQ, mettant fin à ses prétentions hégémoniques, admette son existence en tant que parti autonome, avec ses orientations idéologiques propres et lui laisse la marge de manoeuvre nécessaire dans un éventuel partenariat avec l'ensemble des composantes.
Mais cette coalition, indispensable au succès du projet souverainiste, ne semble pas sur le point de se réaliser si l'on se fie à des réactions extrémistes comme celle de Claude Jasmin.
Quant à l'effet de nuisance potentiel de l'UFP lors des prochaines élections, je veux rassurer M. Jasmin. Si l'on considère les effets du mode de scrutin majoritaire qui régira encore cette consultation populaire, les derniers sondages indiquent que le Parti québécois sera probablement réélu avec autant de députés qu'en 1998, sinon plus.
Il ne faut pas faire un épouvantail de l'effet de nuisance potentiel de l'UFP. À part Mercier et quelques autres circonscriptions il ne devrait pas être effectif si l'on calcule la différence entre les votes des candidats péquistes et ceux de leur plus proche adversaires. Les propagandistes péquistes peuvent donc, pour une fois, laisser les gens de gauche voter selon leurs convictions et cesser de les harceler sur la nécessité de voter de façon stratégique pour empêcher l'élection des libéraux ou des adéquistes..
Quant à M. Jasmin, qu'il arrête donc de fabuler et de crier au «bonhomme sept heures». Sinon il va perdre l'estime de gens comme moi qui le considéraient jusqu'ici comme un intellectuel de grande valeur.
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