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Libre opinion: Des faussetés érigées en preuves

Denis Lacasse  10 mars 2003 
Dans l'édition du 3 mars du Devoir, M. Venne publie un texte sur les prétendus mensonges de M. Mario Dumont. Lorsqu'on en a terminé avec le texte, il appert que les mensonges de M. Dumont sont, permettez l'expression, de la « petite bière » à côté du cortège de faussetés énoncées doctoralement par M. Venne.

Concision oblige, tenons-nous en aux données publiées par M. Venne, quitte à revenir dans une rubrique ultérieure sur les arguments vaseux et doctrinaires du courant idéologique de la go-gauche dont il se fait l'écho.

1. Le fardeau fiscal moyen de 44 % imposé aux contribuables québécois correspond à la moyenne des pays de l'OCDE. Dans sa revue L'Observateur de septembre 2001, l'OCDE établit à 33 % la moyenne pondérée du fardeau fiscal des contribuables dans les pays membres. L'organisme écrit: «Depuis le milieu des années 1990, le mouvement de repli des coefficients fiscaux a pris de l'ampleur, de même que la simplification des procédures fiscales.»

En outre, 40 % des contribuables québécois ne paient pas d'impôt parce qu'ils n'ont cessé de s'appauvrir au cours des 18 années pendant lesquelles le régime péquiste a été au pouvoir. À ce titre, le poids fiscal qui repose sur la tranche de plus en plus mince de contribuables capables de payer de l'impôt est beaucoup plus élevé que dans n'importe quel pays de l'OCDE. C'est ce que M. Facal a reconnu au mois de juin dernier avant d'être invité à quitter un parti dont le dogmatisme est sur la voie de conduire les finances publiques du Québec à la faillite.

Pourquoi un tel fardeau fiscal? Parce que le gouvernement du Québec croule sous sa dette directe de 105 milliards. Ainsi le paiement annuel des stricts intérêts de cette dette correspond-il à 40 % du budget dévolu à la santé et à 60 % de celui dévolu à l'éducation. Depuis une décennie, les malades ont été privés de 50 milliards de dollars en soins de santé si on considère le cumul du paiement des intérêts de la dette depuis dix ans. Incapable de rattraper le manque à gagner de ce gaspillage, le gouvernement péquiste fait parader les personnes atteintes du cancer aux États-Unis pour y être traités par «d'horribles» institutions privées.

2. Le nombre d'employés de la fonction publique a diminué de 8,9 % en dix ans, affirme M. Venne. Alors là, c'est le grand dérapage.

Seulement de mars 1998 à mars 2000 :

- La haute direction - les administrateurs d'État - est passée de 520 à 608 membres;

- Les cadres supérieurs, de 1679 à 1814;

- Les cadres intermédiaires, de 1488 à 1510;

- Les professionnels, de 13 704 à 15 105;

- Les techniciens, de 12 623 à 13 420;

- Les agents de la paix, de 1956 à 2569;

- L'ensemble des occasionnels, de 15 592 à 16 673.

Ainsi, en deux ans, l'effectif de la fonction publique a crû de 5,8 %. En réalité, le Québec est la seule juridiction gouvernementale de l'OCDE a ne pas avoir entrepris la modernisation de son appareil public.

Un autre exemple. Alors que la clientèle scolaire fléchissait de 15 % — par la dénatalité — entre 1986 et 1999, le nombre d'employés dans les Commissions scolaires passait de 92 554 à 106 627.

Alors que les collèges du Québec ferment des classes et abolissent des cours, faute d'étudiants, le personnel est passé de 18 399 en 1986 à 19 612 en 1999.

3. Dans les milieux défavorisés, la politique des bons de garde de l'ADQ nuirait aux intérêts des enfants.

À ce chapitre, M. Venne démontre une ignorance gênante de la fiscalité des familles. La politique actuelle du gouvernement du Québec réduit les frais de 3000 dollars par année pour les familles les mieux nanties et de 625 dollars pour les moins nanties, lorsque ces familles utilisent les services de garde. On estime ainsi une perte de 108 dollars par an pour les familles moins riches et un gain de 2517 dollars pour les familles plus riches. Ce sont les familles — et leurs enfants — des milieux défavorisés qui sont les plus pénalisées par la politique des garderies de l'actuel gouvernement. Les familles aisées qui utilisent abondamment les services de garde sont les grandes gagnantes de la politique actuelle. Que Mario Dumont veuille en étendre les bénéfices à un plus grand nombre d'enfants moins favorisés devrait réjouir la généreuse philosophie «égalitariste » de M. Venne.

4. Or, ne serait-ce qu'à cause de la complexité de l'État, les citoyens ordinaires peuvent difficilement acheminer leurs revendications sans se regrouper.

Ici, il me semble que M. Venne témoigne du même bon sens que Mario Dumont. En effet, un citoyen ordinaire ne parvient plus à se faire entendre par un gouvernement qui ne parvient même pas lui-même à décompter exactement le nombre d'organismes et «autres bidules» qui sont suspendus à ses mamelles. Le rapport Facal en fixe le nombre à «plus ou moins 206» tandis que les libéraux arrivent à 230 entités. Le Secrétariat à la déréglementation, lui, a succombé de sa belle mort sous le poids des règlements qu'il devait émettre pour empêcher les autres de tout réglementer.

Pour conclure, M. Venne nous renvoie aux écrits de M. Jean-Marc Piotte qui dénoncent les positions de l'ADQ. Je me souviens que M. Piotte enseignait le marxisme au département de sciences politiques de l'UQAM et, bénie soit la Providence, il n'a pas encore tout à fait réussi le projet qu'il caressait dans les années soixante-dix de «soviétiser» le Québec.
 
 
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