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L'affaire de la Caisse de dépôt et placement

Claude Ferland - Ex-premier vice-président, Caisse de dépôt et placement du Québec  25 novembre 2008 
Le PQ et l'ADQ ont misé à fond sur «l'affaire de la Caisse» pour favoriser une campagne électorale qui leur échappe. On demande des informations sur des pertes que leurs analystes politiques chiffrent à 30 milliards de dollars. Le congé de maladie du PDG et le congédiement de gestionnaires de placements leur donnent aussi des munitions.

Divulgation de résultats: la Caisse de dépôt et placement du Québec n'est pas cotée en Bourse et n'a pas à se prêter à un rituel d'informations ad hoc ou à court terme qui, par ailleurs, est surutilisé dans le monde des placements boursiers (ce n'est pas moi qui le dis, c'est Warren Buffett).

Pertes: la Caisse étant le principal investisseur au Canada, les mouvements de ses actifs en valeur marchande ne peuvent beaucoup s'écarter des indices boursiers. Dans les bonnes années, ces actifs prennent de la valeur, mais ce ne sont pas des gains au sens de profits commerciaux véritablement encaissés, comme ceux des traders professionnels, pas plus que les pertes ne sont des moins-values irrécupérables. Présentement, la Caisse a d'importants «gains» de change étranger sur papier, qui limitent un peu ses «pertes» boursières sur papier. Elle encaisse des milliards en intérêts, dividendes et rentes immobilières. À long terme, les actifs de la Caisse sont et seront à la hausse. Mais, pour des politiciens, il est payant d'ajouter à la panique des citoyens, alors que la solidarité des partis, comme c'est le cas aux États-Unis, serait ici et maintenant de mise chez nous aussi.

Que pense l'électorat québécois des programmes de relance économique des partis, véritable enjeu de notre avenir, premier thème d'un débat que l'on ne voit pas?

Santé du PDG: la moins-value des placements est une occasion extraordinaire pour la Caisse, qui peut acheter des actions sur le marché à prix d'aubaine. Faire un lien entre le marché baissier et la santé du n° 2 dénote une mauvaise compréhension des mécanismes de la finance et de la psychologie des investisseurs professionnels. De plus, le PDG est nommé pour cinq ans, c'est une nomination récente, et un vote des deux tiers du conseil d'administration est nécessaire pour mettre fin à son emploi, en plus de l'accord du gouvernement. Le nouveau PDG n'est pas menacé à ce niveau.

Intervention du gouvernement: le ministère des Finances a toujours eu une certaine influence sur le volume des placements en obligations de la Caisse (pas sur leur prix, cependant), mais aucun gouvernement libéral ou péquiste n'interviendra directement dans sa gestion. Comme dans le cas de la CDC française, sur le modèle de laquelle notre CDPQ a été créée, cette règle est essentielle pour les activités de placement de la Caisse sur les grands marchés, et pour l'intégrité de ses performances. Toutefois, au conseil d'administration, les quelques représentants nommés par le gouvernement ont évidemment un certains poids, mais pas celui d'imposer des diktats.

Congédiement de gestionnaires: voici une annonce intrigante, quant à son timing. Sans doute était-elle dans les cartes depuis un bout de temps, mais, survenant pendant la campagne, elle prouve l'indépendance de la Caisse, car elle indispose certains organisateurs libéraux! Quelqu'un y a-t-il vu une tactique subliminale de relations publiques gagnante pour la Caisse et le gouvernement? L'opposition, quant à elle, y voit anguille sous roche, mais elle ne prend pas le bon angle de vue; les médias non plus, à mon avis.

Les attaques, dans l'«affaire de la Caisse», ressemblent à une fuite en avant, une marche rapide dans la noirceur, qui n'a rien de rassurant.
 
 
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