Tintin en «québécois»?
22 novembre 2008
Tout comme mon collègue Claude Poirier, ce projet me laisse perplexe. L'éditeur des collections Hergé chez Casterman, Étienne Pollet, le légitime en disant qu'il veut ainsi donner une résonance régionale à Tintin.
Toute l'ambiguïté du projet est là: qu'entend-il par résonance régionale? Pourquoi commencer par la variante québécoise, qui se réduira sans doute à la langue parlée familière, la plus distante du français européen, au risque de frôler le joual, qui obsède encore les locuteurs québécois. Pour l'instant, nous n'en savons rien. Tout dépend des intentions et de la compétence linguistique du sociologue Yves Laberge à qui est confiée cette adaptation de Tintin en «québécois».
Cette version en «québécois» sera-t-elle unique? La maison Casterman a-t-elle l'intention d'étendre la résonance régionale au français de la Suisse romande, de la Communauté française de Belgique, des pays d'Afrique? Pourquoi pas aussi aux variantes régionales de France, y compris à la langue familière parisienne, dont le vocabulaire est tout aussi marqué que celui de Montréal? Et je ne vais pas jusqu'à penser à une version en langue des banlieues, en argot ou en verlan — une fois ouverte la porte de la résonance régionale, pourquoi pas?
Jusqu'à maintenant, la maison Casterman s'en était tenue à des éditions dans des langues étrangères (anglais, allemand, russe, etc.), dans des langues régionales comme le catalan, le basque, et le breton ou l'alsacien. D'après l'article de Fabien Deglise paru dans Le Devoir du 20 novembre, il semble aussi y avoir eu des éditions en langue dialectale, notamment en picard tournaisien.
Or, le français au Québec n'est ni une langue ni un dialecte. C'est uniquement et essentiellement une variante de la langue française, dont les caractéristiques tiennent à la persistance, dans notre usage d'aujourd'hui, du français apporté ici par nos ancêtres et à son adaptation, surtout lexicale, à un environnement, à des institutions, à une culture et à une histoire propres au Québec.
En dehors du milieu professionnel des spécialistes, linguistes, sociologues, historiens, la nuance entre langue, dialecte et variante n'est pas très nette. Le lancement d'un Tintin en «québécois» risque fort d'augmenter la confusion, en donnant une forme écrite au français familier parlé au Québec, tout comme ce fut le cas au moment où des écrivains ont choisi d'écrire en français populaire dans les années 60.
Il me semble que le Québec a déjà suffisamment de mal à prendre conscience de son identité linguistique par rapport à la France pour qu'on ouvre une fois de plus la fameuse querelle du joual.
Toute l'ambiguïté du projet est là: qu'entend-il par résonance régionale? Pourquoi commencer par la variante québécoise, qui se réduira sans doute à la langue parlée familière, la plus distante du français européen, au risque de frôler le joual, qui obsède encore les locuteurs québécois. Pour l'instant, nous n'en savons rien. Tout dépend des intentions et de la compétence linguistique du sociologue Yves Laberge à qui est confiée cette adaptation de Tintin en «québécois».
Cette version en «québécois» sera-t-elle unique? La maison Casterman a-t-elle l'intention d'étendre la résonance régionale au français de la Suisse romande, de la Communauté française de Belgique, des pays d'Afrique? Pourquoi pas aussi aux variantes régionales de France, y compris à la langue familière parisienne, dont le vocabulaire est tout aussi marqué que celui de Montréal? Et je ne vais pas jusqu'à penser à une version en langue des banlieues, en argot ou en verlan — une fois ouverte la porte de la résonance régionale, pourquoi pas?
Jusqu'à maintenant, la maison Casterman s'en était tenue à des éditions dans des langues étrangères (anglais, allemand, russe, etc.), dans des langues régionales comme le catalan, le basque, et le breton ou l'alsacien. D'après l'article de Fabien Deglise paru dans Le Devoir du 20 novembre, il semble aussi y avoir eu des éditions en langue dialectale, notamment en picard tournaisien.
Or, le français au Québec n'est ni une langue ni un dialecte. C'est uniquement et essentiellement une variante de la langue française, dont les caractéristiques tiennent à la persistance, dans notre usage d'aujourd'hui, du français apporté ici par nos ancêtres et à son adaptation, surtout lexicale, à un environnement, à des institutions, à une culture et à une histoire propres au Québec.
En dehors du milieu professionnel des spécialistes, linguistes, sociologues, historiens, la nuance entre langue, dialecte et variante n'est pas très nette. Le lancement d'un Tintin en «québécois» risque fort d'augmenter la confusion, en donnant une forme écrite au français familier parlé au Québec, tout comme ce fut le cas au moment où des écrivains ont choisi d'écrire en français populaire dans les années 60.
Il me semble que le Québec a déjà suffisamment de mal à prendre conscience de son identité linguistique par rapport à la France pour qu'on ouvre une fois de plus la fameuse querelle du joual.
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