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    Marquer des points en santé: sept questions publiques aux chefs des partis politiques

    21 novembre 2008 |Dr Alain Vadeboncoeur, Dr Saïdeh Khadir, Dr Simon Turcotte, Lucie Dagenais, Cory Verbauwhede, Dr Georges Lévesque, Dr Adam Hofmann, Dre Louise Authier, Dre Marie-Claude Goulet et Dr Pierre Biron
    Pour Médecins québécois pour le régime public (MQRP)*:Souhaitant gouverner le Québec, messieurs, mesdames les chefs de partis politiques du Québec, vous avez à coeur notre système de santé, comme chacun de vos concitoyens pour qui c'est le premier enjeu de cette campagne. Médecins québécois pour le régime public, que nous représentons, souhaite donc connaître les actions que vous entreprendriez une fois élus afin d'améliorer le régime public de santé et de sauvegarder le droit inaliénable à l'accès universel aux soins.

    Une ouverture non justifiée au financement privé

    Depuis le jugement Chaoulli, l'ouverture à un financement privé et le soutien à la mise en place de structures privées parallèles de soins s'accélèrent. Nous sommes très inquiets de cette évolution comme du glissement constaté vers une privatisation en douce, au détriment des intérêts de la population.

    Prétexte de cette ouverture à des sources privées de financement, notamment à l'assurance pour trois chirurgies ciblées (hanche, genou et cataractes), on allègue une hausse catastrophique des coûts qui ne se vérifie pourtant pas: selon l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), les investissements publics en santé sont assez stables par rapport au PIB, et ce, depuis plus de 25 ans (environ 7 % du PIB). Les investissements privés ont pour leur part été à la hausse, par plus de 50 % (moins de 2 % à plus de 3 % du PIB).

    Heureusement, l'ouverture partielle à l'assurance privée semble connaître des ratés: les assureurs hésitent à s'aventurer sur un «marché» aussi «petit», donc peu rentable. Mais nous savons dès lors qu'ils redoubleront d'effort pour réclamer une ouverture beaucoup plus large. Or, faut-il rappeler que 30 % des soins sont déjà financés par le privé au Canada, alors qu'au Japon, cette part n'est que de 17 %, en France de 20 % et en Allemagne de 23 %? N'aurions-nous pas déjà trop de financement privé?

    Une prestation privée problématique

    Quant à la prestation des soins, la large ouverture décrétée en juin 2008 par le Dr Couillard a eu pour effet de paver la voie à la réalisation d'un grand nombre d'interventions à l'extérieur de l'hôpital public, faisant tomber du coup plusieurs des «balises» qu'on assurait avoir mis en place.

    On constate également qu'un nombre croissant de médecins quittent le régime public pour la pratique privée, devenant ainsi «non-participants», ce qui dans certaines régions compromet davantage l'accès gratuit à un médecin de famille ou à des soins spécialisés. De plus, les honoraires facturés par ces médecins non participants, souvent bien supérieurs à ceux versés dans le régime public, favorisent le mouvement en plus de constituer une barrière supplémentaire à l'accès.

    Une éventuelle ouverture à la pratique mixte, où le médecin serait à la fois payé par le régime public et comme «non-participant», interdite par la loi mais réclamée par plusieurs, causerait plusieurs nouveaux problèmes. En radiologie, dont certains services sont exclus de la couverture publique lorsque pratiqués hors hôpital, l'existence d'une telle pratique privée parallèle conduit par exemple le médecin traitant à proposer à son patient d'attendre plus longuement l'examen requis ou bien de payer pour l'obtenir dans le privé, ce qui pose un problème d'éthique médicale.

    Les ententes entre hôpitaux publics et cliniques commerciales ouvrent dorénavant la porte au financement des infrastructures privées à but lucratif par l'argent des impôts. Cette réalité est pourtant dénoncée ailleurs au Canada, notamment parce que des multinationales veulent y prendre une part de «marché» de plus en plus grande, que l'accès public se détériore là où elles prennent de l'expansion et que les problèmes de coordination des soins émergent rapidement. La protectrice du citoyen, dans un rapport récent, a également mis en lumière une multitude de lacunes graves dans les ententes entre fournisseurs privés et hôpitaux. Enfin, toute ouverture au privé drainera immanquablement les ressources humaines, déjà insuffisantes des établissements publics.

    À cet égard, le Québec est un laboratoire particulièrement préoccupant. Les «expériences» actuelles portent en effet les germes de sérieuses complications futures, qui risquent d'affecter le régime public au point d'accélérer la construction d'un système privé parallèle qui pourrait d'autant plus rapidement échapper à notre contrôle. Il faut rappeler qu'une première plainte touchant l'ouverture du «marché» des soins a récemment été déposée devant l'ALENA par une multinationale américaine, Centurion Health Corporation.

    Sept questions cruciales pour l'avenir

    Les cliniques commerciales n'auront jamais les impacts positifs allégués; elles risquent plutôt de condamner une part de la population à des difficultés d'accès croissantes et à des problèmes complexes de continuité des soins, en plus d'élever les coûts de système.

    L'amélioration des soins à la population passe plutôt par un travail soutenu, visant le renforcement du système public de soins et l'amélioration de l'accès à ce système, objectifs essentiels pour lesquels des solutions publiques efficaces existent.

    En conséquence, votre parti est-il prêt à s'engager formellement:

    1. À bloquer la privatisation progressive du système de santé en adoptant un moratoire sur le développement de nouvelles cliniques commerciales privées?

    2. À assurer le maintien des activités médicales essentielles dans le régime public en maintenant l'interdiction aux médecins d'avoir une pratique mixte?

    3. À diminuer l'attrait exercé par la pratique privée en interdisant aux médecins non participants la facturation d'honoraires médicaux supérieurs à ceux prévus par le régime public, comme des régions du Canada le font déjà?

    4. À assurer le respect intégral des recommandations de la protectrice du citoyen dans les structures privées existantes?

    5. À baliser le droit à la non-participation dans les régions où la disponibilité des médecins est la plus affectée, comme le gouvernement peut le faire par règlement?

    6. À restaurer la couverture publique et gratuite de tous les services médicalement requis en éliminant notamment les exclusions hors hôpital en radiologie et les frais accessoires?

    7. Enfin, à augmenter dès maintenant les investissements en santé, dans les infrastructures et les services, afin de contrecarrer les effets du ralentissement économique et de rehausser la position québécoise peu enviable de dernier de classe au Canada, seule région y consacrant moins de 5 000 $ par habitant?

    Vous souhaitez diriger le Québec, soit, mais il nous faut savoir où vous voulez nous emmener, en santé; nous pourrons alors décider si nous souhaitons vous suivre.

    ***

    *Médecins québécois pour le régime public regroupe des médecins de toutes catégories et des étudiants en médecine pour la défense du régime public de santé au Québec, la promotion des principes de la gestion publique, de l'intégralité, de l'universalité, de la transférabilité et de l'accessibilité, et pour la recherche de solutions publiques, concrètes et équitables pour l'accès à tous les soins et services médicalement nécessaires. www.mqrp.qc.ca.












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