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Souveraineté et élections

5 mars 2003 
La campagne électorale pourrait démarrer la semaine prochaine sur fond de guerre et dans un contexte où un des partis en lice, l'ADQ, propose un virage radical en ce qui a trait à la manière de concevoir le rôle de l'État dans notre société. Quelle place restera-t-il, alors, pour la question nationale, la souveraineté et nos rapports avec le reste du Canada? Cette thématique ne sera pas dominante. Personne ne pourra toutefois l'occulter.

Prenons la mesure du double effet de l'engagement pris par Bernard Landry de tenir un référendum sur la souveraineté à l'intérieur d'un délai de 1000 jours et de créer le Conseil de la souveraineté. Ces deux gestes, selon toute apparence, ont ravivé un certain militantisme au sein du Parti québécois. La souveraineté récolte quelque 45 % d'appui dans les sondages. La nouvelle détermination péquiste y est peut-être pour quelque chose. Maintenant qu'il a relancé la roue, M. Landry ne peut pas reculer.

Cependant, même si la souveraineté redevient populaire, la population demeure sceptique en ce qui concerne la pertinence de s'engager à court terme dans un nouveau duel référendaire. Les succès de Mario Dumont s'expliquent entre autres par le fait que son parti se définit en dehors du débat national. La promesse d'un référendum sera exploitée par les deux adversaires du PQ comme un repoussoir.

Ces jours-ci, le gouvernement joue la carte de l'insécurité provoquée par l'imminence d'une guerre inutile en Irak pour discréditer Mario Dumont. Dans les temps incertains qui se préparent, allons-nous porter au pouvoir un parti formé d'apprentis sorciers? Le PQ va présenter le visage d'une rassurante continuité, garantie par l'expérience et la stabilité. Or la carte de l'insécurité pourrait fort bien se retourner contre le PQ si celui-ci continue de proposer un référendum à court terme.

L'obsession référendaire n'est pas dénoncée seulement par les fédéralistes. Nombre de souverainistes ne croient pas le moment opportun pour relancer une bagarre. L'idée fait son chemin selon laquelle des étapes préalables devraient être franchies, par exemple la rédaction d'une constitution québécoise. Le Comité national des jeunes du PQ propose même de transférer au peuple le pouvoir de décider de la date du prochain référendum en recueillant, sur une pétition, un nombre suffisant de signatures.

La souveraineté est pourtant un atout dans le jeu du Parti québécois. Nous avons tous besoin de rêves et de projets pour stimuler l'imagination, donner envie du dépassement de soi. La souveraineté représente ce rêve. Celui-ci est le seul projet politique susceptible de casser les blocages auxquels le statut provincial du Québec nous confine et de lui permettre de devenir, à l'heure de la mondialisation, un acteur réel sur la scène internationale. C'est un horizon de liberté auquel le PLQ et l'ADQ ne peuvent opposer que la perpétuation des «chicanes» fédérales-provinciales.

Les libéraux, qui font moins de 20 % chez les francophones, ne peuvent tourner le dos à un nationalisme moderne mais persistant au sein de l'électorat. En outre, le PLQ, tout comme Mario Dumont, ne pourra pas éviter d'aborder le statut politique du Québec chaque fois qu'il sera question du financement de la santé et de l'éducation, des congés parentaux, des lois du travail et même de la construction de routes. Ottawa a désormais les pieds dans de très nombreux domaines de compétence provinciale.

De son côté, le Parti québécois doit trouver le moyen de miser sur l'atout que constitue pour lui la souveraineté sans dilapider son capital avec la promesse d'un référendum dont les électeurs ne veulent pas à court terme.

Il serait de toute manière difficile pour un gouvernement péquiste de se précipiter, dès le lendemain des élections, dans une démarche référendaire. S'il se maintient au pouvoir, il aura gagné, dans le cadre d'une lutte à trois, probablement avec moins de 40 % des suffrages. On est loin des 50 % requis pour gagner le référendum. En outre, il ne pourra pas compter, comme en 1995, sur l'appui de l'ADQ au sein du camp du OUI et ainsi «dépéquiser» l'option. De même, le gouvernement va bientôt s'engager dans la renégociation des conventions collectives des employés du secteur public, une période guère propice aux grandes manoeuvres politiques. Enfin, l'arrivée de Paul Martin au pouvoir à Ottawa, début 2004 ou avant, créera l'impression d'une détente dans les relations fédérales-provinciales, et il faudra un peu de temps pour que les Québécois vivent leur désillusion à son endroit.

C'est pourquoi, tout en mettant en évidence l'avantage de la souveraineté comme horizon de liberté et de dépassement, tout en continuant d'émettre le souhait que le Québec soit un pays en 2005, M. Landry devra aussi répéter régulièrement ce qu'il a déjà dit: il ne tiendra aucun référendum s'il n'a pas la certitude morale de l'emporter.

Pour donner du poids à cette précaution élémentaire, le PQ devrait s'engager à ne pas précipiter les choses mais plutôt, au lendemain du scrutin, à amorcer de manière déterminée mais prudente, réfléchie, transparente, balisée et responsable, une démarche cohérente au sein de l'administration publique, pilotée par un ministre, comportant des études, des consultations, la rédaction d'une constitution, une évaluation périodique du progrès de ces travaux.

On pourrait ainsi rassurer les Québécois: il n'y aura pas de référendum intempestif. Et en même temps rassurer les militants souverainistes: pour une fois, le PQ fera fi de ses scrupules et, tout en exerçant le pouvoir, consacrera des ressources publiques pour appliquer l'article premier de son programme.

vennem@fides.qc.ca

Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
 
 
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