Un plan B pour la guerre
Washington tente de contourner le refus turc d'accueillir les troupes américaines. Bagdad continue de détruire des missiles
4 mars 2003
Débarqués trop hâtivement, des dizaines de véhicules militaires américains sont immobilisés dans un port turc, attendant, pour l’heure, une autre destination. — Source: Chris Hondros Getty Images
Washington — Les États-Unis, désagréablement «surpris» par le vote négatif du Parlement turc sur le déploiement de forces américaines en vue d'un conflit en Irak, ont indiqué hier qu'ils s'orientaient activement vers des solutions de rechange.
La rebuffade infligée par les députés turcs ne sera pas non plus sans conséquences pour ce pays en proie à une grave crise économique: Washington a prévenu que cette décision, si elle est maintenue, compromettait une aide spéciale de plusieurs milliards de dollars à Ankara.
Entre-temps, l'Irak a poursuivi hier la destruction de ses missiles prohibés sous le contrôle de l'ONU, soucieux d'ôter à Washington tout prétexte de guerre. Les dirigeants irakiens ont également promis de remettre sous huitaine un rapport attendu par l'ONU de longue date sur des agents chimiques et biologiques qu'ils affirment avoir détruits il y a plus de onze ans.
Le refus de la Turquie, un des alliés les plus sûrs de Washington au sein de l'OTAN, «a été une surprise, tant pour les responsables turcs que pour les responsables américains», a reconnu le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer.
Les responsables américains ont également assuré qu'ils étudiaient activement des solutions de rechange pour déployer les quelque 62 000 hommes prévus pour passer par la Turquie et se sont déclarés confiants dans une victoire contre Bagdad quelle que soit l'option finalement retenue.
«Nous évaluons toutes les options. Mais quelle que soit la voie que la Turquie choisit, si le président décide d'autoriser l'usage de la force, peu importe les routes empruntées, cela se traduira par un résultat victorieux sur le plan militaire», a affirmé Ari Fleischer.
La Turquie, seul membre de l'OTAN à partager une frontière terrestre avec l'Irak, possède une position stratégique pour l'ouverture d'un front nord contre le régime de Saddam Hussein, alors qu'une armada déployée dans la région du Golfe se tient prête pour un front sud.
Le plan de rechange américain consisterait, selon les experts, à envoyer dans le nord de l'Irak des forces aéroportées — comme les parachutistes de la 82e division, les fantassins héliportés de la 101e division, ou les hommes de la 173e division — à partir de navires de guerre en Méditerranée, voire de bases aériennes en Turquie.
Le département d'État, de son côté, a indiqué que le vote du Parlement turc compromettait l'aide spéciale de six milliards de dollars prévue par les États-Unis pour aider la Turquie à faire face au passage des troupes sur son sol.
«La plupart des éléments de cette offre étaient destinés à aider la Turquie à faire face aux frais de son implication», a affirmé le porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Richard Boucher. «Par conséquent, la majeure partie [de cette aide] n'aura pas lieu d'être s'il n'y a pas d'implication directe» de la Turquie dans les opérations en vue d'un possible conflit en Irak, a-t-il ajouté.
Le département d'État s'est également gardé de conjecturer sur une éventuelle nouvelle saisie du Parlement turc pour tenter d'obtenir rapidement un vote favorable, soulignant que c'était la responsabilité du gouvernement de ce pays.
À Ankara, des sources parlementaires ont indiqué que tout nouveau vote sur le déploiement des troupes américaines pourrait prendre «au moins deux à trois semaines» et que la motion devrait être reformulée pour tenir compte des «sensibilités» du peuple turc, massivement hostile à la guerre.
M. Boucher a pour sa part indiqué que, malgré cet épisode, Washington entendait continuer de soutenir les efforts de redressement de la Turquie et ne comptait pas mettre Ankara à l'index.
Missiles détruits
L'Irak a poursuivi hier la destruction de ses missiles prohibés sous le contrôle de l'ONU.
Bagdad a annoncé avoir détruit six missiles al-Samoud 2, interdits par l'ONU en raison de leur portée supérieure à 150 km. Dix premiers missiles avaient été démolis samedi et dimanche, à l'expiration d'un ultimatum fixé par l'ONU à l'Irak.
Sur le plan diplomatique, le président français Jacques Chirac a profité d'un déplacement en Algérie pour réitérer l'opposition de la France à un recours à la force contre l'Irak et appelé Bagdad à coopérer davantage et plus «activement» afin d'écarter les risques de guerre. Il a aussi jugé nécessaire de maintenir sur Bagdad «une forte pression».
À Moscou, le vice-ministre des Affaires étrangères, Iouri Fedotov, a estimé que les destructions de missiles étaient la preuve de l'«efficacité du travail des inspecteurs» et constituaient «un exemple de coopération plus active de l'Irak avec le Conseil de sécurité».
Dans le camp opposé, le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, et celui du premier ministre britannique Tony Blair ont exprimé leur «scepticisme» devant la volonté de Bagdad de désarmer.
«Il détruit ce qu'il dit n'avoir jamais possédé», a ironisé M. Fleischer en ajoutant: «S'il ment en disant qu'il ne les a jamais eus [les missiles], comment pouvez-vous savoir qu'il ne ment pas en disant qu'il n'y en a pas encore des tonnes quelque part enterrés sous le sable?»
Sur le terrain, des avions de combat américains et britanniques ont bombardé hier une série d'objectifs militaires irakiens dans le sud du pays, faisant six morts et quinze blessés, selon Bagdad.
Le pape Jean-Paul II, qui fait campagne pour éviter un conflit susceptible de coûter cher aux chrétiens du Proche-Orient, a dépêché à Washington le cardinal Pio Laghi, un ami de la famille Bush, pour remettre au président américain un message de paix. Il envisage de s'adresser personnellement au Conseil de sécurité si son message au président américain ne le convainc pas de renoncer à l'usage de la force, selon une source diplomatique vaticane.
Alors que l'Organisation de la conférence islamique doit tenir un sommet demain à Doha, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a appelé à la tenue rapide d'un deuxième sommet arabe.
Cinq des six monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) se sont regroupées autour d'une initiative visant l'exil du président irakien Saddam Hussein et la mise en place à Bagdad d'une administration transitoire sous l'autorité de la Ligue arabe et de l'ONU.
La rebuffade infligée par les députés turcs ne sera pas non plus sans conséquences pour ce pays en proie à une grave crise économique: Washington a prévenu que cette décision, si elle est maintenue, compromettait une aide spéciale de plusieurs milliards de dollars à Ankara.
Entre-temps, l'Irak a poursuivi hier la destruction de ses missiles prohibés sous le contrôle de l'ONU, soucieux d'ôter à Washington tout prétexte de guerre. Les dirigeants irakiens ont également promis de remettre sous huitaine un rapport attendu par l'ONU de longue date sur des agents chimiques et biologiques qu'ils affirment avoir détruits il y a plus de onze ans.
Le refus de la Turquie, un des alliés les plus sûrs de Washington au sein de l'OTAN, «a été une surprise, tant pour les responsables turcs que pour les responsables américains», a reconnu le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer.
Les responsables américains ont également assuré qu'ils étudiaient activement des solutions de rechange pour déployer les quelque 62 000 hommes prévus pour passer par la Turquie et se sont déclarés confiants dans une victoire contre Bagdad quelle que soit l'option finalement retenue.
«Nous évaluons toutes les options. Mais quelle que soit la voie que la Turquie choisit, si le président décide d'autoriser l'usage de la force, peu importe les routes empruntées, cela se traduira par un résultat victorieux sur le plan militaire», a affirmé Ari Fleischer.
La Turquie, seul membre de l'OTAN à partager une frontière terrestre avec l'Irak, possède une position stratégique pour l'ouverture d'un front nord contre le régime de Saddam Hussein, alors qu'une armada déployée dans la région du Golfe se tient prête pour un front sud.
Le plan de rechange américain consisterait, selon les experts, à envoyer dans le nord de l'Irak des forces aéroportées — comme les parachutistes de la 82e division, les fantassins héliportés de la 101e division, ou les hommes de la 173e division — à partir de navires de guerre en Méditerranée, voire de bases aériennes en Turquie.
Le département d'État, de son côté, a indiqué que le vote du Parlement turc compromettait l'aide spéciale de six milliards de dollars prévue par les États-Unis pour aider la Turquie à faire face au passage des troupes sur son sol.
«La plupart des éléments de cette offre étaient destinés à aider la Turquie à faire face aux frais de son implication», a affirmé le porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Richard Boucher. «Par conséquent, la majeure partie [de cette aide] n'aura pas lieu d'être s'il n'y a pas d'implication directe» de la Turquie dans les opérations en vue d'un possible conflit en Irak, a-t-il ajouté.
Le département d'État s'est également gardé de conjecturer sur une éventuelle nouvelle saisie du Parlement turc pour tenter d'obtenir rapidement un vote favorable, soulignant que c'était la responsabilité du gouvernement de ce pays.
À Ankara, des sources parlementaires ont indiqué que tout nouveau vote sur le déploiement des troupes américaines pourrait prendre «au moins deux à trois semaines» et que la motion devrait être reformulée pour tenir compte des «sensibilités» du peuple turc, massivement hostile à la guerre.
M. Boucher a pour sa part indiqué que, malgré cet épisode, Washington entendait continuer de soutenir les efforts de redressement de la Turquie et ne comptait pas mettre Ankara à l'index.
Missiles détruits
L'Irak a poursuivi hier la destruction de ses missiles prohibés sous le contrôle de l'ONU.
Bagdad a annoncé avoir détruit six missiles al-Samoud 2, interdits par l'ONU en raison de leur portée supérieure à 150 km. Dix premiers missiles avaient été démolis samedi et dimanche, à l'expiration d'un ultimatum fixé par l'ONU à l'Irak.
Sur le plan diplomatique, le président français Jacques Chirac a profité d'un déplacement en Algérie pour réitérer l'opposition de la France à un recours à la force contre l'Irak et appelé Bagdad à coopérer davantage et plus «activement» afin d'écarter les risques de guerre. Il a aussi jugé nécessaire de maintenir sur Bagdad «une forte pression».
À Moscou, le vice-ministre des Affaires étrangères, Iouri Fedotov, a estimé que les destructions de missiles étaient la preuve de l'«efficacité du travail des inspecteurs» et constituaient «un exemple de coopération plus active de l'Irak avec le Conseil de sécurité».
Dans le camp opposé, le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, et celui du premier ministre britannique Tony Blair ont exprimé leur «scepticisme» devant la volonté de Bagdad de désarmer.
«Il détruit ce qu'il dit n'avoir jamais possédé», a ironisé M. Fleischer en ajoutant: «S'il ment en disant qu'il ne les a jamais eus [les missiles], comment pouvez-vous savoir qu'il ne ment pas en disant qu'il n'y en a pas encore des tonnes quelque part enterrés sous le sable?»
Sur le terrain, des avions de combat américains et britanniques ont bombardé hier une série d'objectifs militaires irakiens dans le sud du pays, faisant six morts et quinze blessés, selon Bagdad.
Le pape Jean-Paul II, qui fait campagne pour éviter un conflit susceptible de coûter cher aux chrétiens du Proche-Orient, a dépêché à Washington le cardinal Pio Laghi, un ami de la famille Bush, pour remettre au président américain un message de paix. Il envisage de s'adresser personnellement au Conseil de sécurité si son message au président américain ne le convainc pas de renoncer à l'usage de la force, selon une source diplomatique vaticane.
Alors que l'Organisation de la conférence islamique doit tenir un sommet demain à Doha, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a appelé à la tenue rapide d'un deuxième sommet arabe.
Cinq des six monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) se sont regroupées autour d'une initiative visant l'exil du président irakien Saddam Hussein et la mise en place à Bagdad d'une administration transitoire sous l'autorité de la Ligue arabe et de l'ONU.
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