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La fin de l'antagonisme gauche-droite ?

17 novembre 2008 
La campagne électorale québécoise confirmera sans doute, avec le déclin annoncé de l'ADQ, combien aura été éphémère la montée subite d'une droite conservatrice au niveau idéologique et économique. Bref, on assiste à un retour de programmes plus centristes à l'image, comme le prétendent les chefs du PLQ et du PQ, de la société québécoise.

Certes, au-delà des questions identitaires, il est vrai que, depuis maintenant quelques années, les programmes politiques semblent vouloir se ressembler, bifurquant vers ce qu'il est maintenant convenu de nommer le centre: une expression qui sert à la fois une gauche qui a renoncé à son idéal révolutionnaire pour accepter définitivement la logique du marché économique, et une droite dont le laisser-faire a mené à la catastrophique crise financière et économique que nous vivons présentement. Dans ce contexte, pouvons-nous vraiment encore classer les partis politiques en fonction du traditionnel antagonisme gauche-droite?

Une gauche «efficace»

L'avènement des politiques de centre est probablement le résultat d'une transformation radicale de la gauche au cours des trente dernières années. Devant faire face à l'échec du communisme et à la montée en puissance du néo-libéralisme (Reagan et Thatcher), la gauche a dû graduellement adoucir son discours politique afin de conserver la ferveur populaire. En somme, faire un détour plus à droite afin de séduire un électorat qui, avouons-le, se montrait critique devant les succès modestes de l'État providence et ses lacunes évidentes (dégradation des finances publiques, interventionnisme excessif, croissance des inégalités).

Avec un instinct politique remarquable, la gauche a alors adopté un discours de droite axé autour du thème de l'efficacité et de la productivité. Bref, l'état doit toujours servir de moteur afin de réduire les inégalités, mais sans compromettre la libre concurrence, la croissance économique et la logique du marché. L'apogée de cette transformation alchimique est survenue au milieu des années 1990 avec le renouveau de la social-démocratie proposé par Tony Blair et Anthony Giddens.

Cette «troisième voie» avait pour objectif de présenter un projet politique accrocheur, susceptible de réconcilier une gauche devenue modérée avec un électorat moins idéologique et plus individualiste. Au Québec, la «nouvelle gauche» a été incarnée par Lucien Bouchard et le déficit zéro. Encore aujourd'hui, sous la plume de Jean-François Lisée, il est question de rendre la gauche plus efficace. C'est que, pour être électoralement rentable, il faut miser sur le centre, en empruntant au discours égalitaire, mais en se justifiant d'une pratique issue du «public management» et qui prétend que l'État devrait être géré à la manière d'une entreprise.

Une droite en perte de vitesse

À droite, on assiste à un renversement similaire, mais suivant la logique inverse. En effet, la crise économique et financière qui secoue actuellement l'ensemble de la planète démontre, à l'évidence, l'incapacité du marché à se réglementer seul et le besoin de faire appel à l'État afin d'encadrer le secteur financier. En outre, la présente débâcle semble avoir sonné le glas du «laisser-faire» et consacré le retour en force de l'État interventionniste avec pour preuve la quasi-nationalisation du milieu bancaire aux États-Unis.

Au Québec, même s'il est vrai que la crise touche moins le milieu bancaire, le programme du PLQ suggère d'accélérer les investissements dans les infrastructures à la hauteur de quatre milliards afin de soutenir l'économie du Québec en cette période d'incertitude économique. Même en Chine, le royaume de la productivité, l'État songe à un programme d'investissement dans les infrastructures de plusieurs centaines de milliards, prouvant par là que le «new deal» n'est pas encore mort et que l'État interventionniste, que certains avaient enterré prématurément, renaîtra de ses cendres.

La droite est donc obligée elle aussi de s'adapter à la nouvelle réalité et d'adopter un discours moins radical, à tout le moins au niveau économique, afin de retrouver un électorat qui pourrait être tenté de lui faire payer le prix politique des échecs qui ont mené à ce qui est maintenant considéré comme la plus grande crise depuis la dépression des années 1930.

Une classification désuète?

Certes, il faut admettre que le concept de gauche et de droite n'a pas toujours eu la même signification selon l'époque dans laquelle on le situe. Par exemple, à l'origine, le concept servait à distinguer les tenants du libéralisme politique des monarchistes de l'Ancien régime. Force est donc d'admettre que l'antagonisme gauche-droite est un concept à géométrie variable qui est largement tributaire des valeurs d'une époque.

Cependant, à la lumière des transformations récentes, la classification des formations politiques en fonction de l'axe gauche-droite s'avère de plus en plus obsolète. Au cours des trente dernières années, nous avons assisté à un étrange mouvement de gauche à droite, du côté des formations dites de «gauche», et de droite à gauche pour les formations dites de «droite». Le point culminant de ce transfert est cette politique du centre à laquelle les partis politiques empruntent, au gré des circonstances et des événements, des éléments susceptibles d'attirer l'électorat. Devant ce constat, peut-être est-il temps de trouver une nouvelle typologie susceptible d'être en harmonie avec notre époque et révélatrice des nouveaux défis qui nous attendent.






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