Coup de filet opportun pour Bush
La foule brandissait des pancartes montrant Oussama ben Laden au cours d’une manifestation monstre contre la guerre qui s’est déroulée hier à Karachi, la plus grande ville du Pakistan. L’arrestation d’un haut dirigeant d’al-Qaïda, samedi à
Au lendemain du cuisant revers essuyé par les États-Unis avec le refus du Parlement turc d'autoriser sur son sol le déploiement de militaires américains, Bagdad accélérait son désarmement hier en annonçant la «découverte» d'éléments sur d'importantes quantités d'armes chimiques et biologiques ainsi que la destruction de six autres missiles prohibés. Les difficultés étant loin de s'estomper pour Washington au Conseil de sécurité, l'administration Bush était heureuse de pouvoir pavoiser après l'arrestation au Pakistan de Khalid Sheikh Mohammed, l'un des principaux lieutenants d'Oussama ben Laden.
Washington — Lorsque George Tenet, le directeur de la CIA, a appris la nouvelle, il a aussitôt téléphoné à Camp David, la maison de campagne présidentielle américaine. Condoleeza Rice, conseillère à la Sécurité nationale du président, a pris l'appel et a aussitôt informé Bush: «C'est fantastique!», aurait-il lâché.
Samedi matin, à Rawalpindi, ville proche d'Islamabad, la capitale du Pakistan, Khalid Sheikh Mohammed, l'un des principaux lieutenants d'Oussama ben Laden, a été arrêté par les services de sécurité pakistanais. Après Ben Laden, Mohammed, âgé de 37 à 39 ans selon ses différents passeports, était l'homme que les Américains rêvaient le plus d'attraper. Il est suspecté d'avoir directement planifié le complot ayant abouti aux attentats du 11 septembre. Sa tête était mise à prix pour 25 millions $US. Pour la Maison-Blanche, sa capture est donc un «formidable coup porté contre al-Qaïda».
Les Pakistanais, travaillant avec la CIA et le FBI, avaient repéré la planque de Mohammed: une maison située dans un quartier bourgeois, occupée par un Pakistanais, Ahmad Abdul Qudus, 42 ans, marié et père de deux enfants, membre du parti islamiste Jamaat-e-Islami. Sa soeur le décrivait, hier, comme «lent d'esprit» et «incapable de faire du mal».
Selon le récit officiel, l'arrestation a eu lieu samedi vers 3h du matin, au terme d'un raid impliquant deux douzaines d'agents pakistanais armés de kalachnikovs. Des documents et un ordinateur ont été saisis. Ahmad Abdul Qudus a lui aussi été arrêté, ainsi qu'un homme d'origine moyen-orientale (un Égyptien, selon une source citée par Reuters) dont le nom n'a pas été révélé. Mohammed a été transféré dans un lieu tenu secret et devrait être extradé vers les États-Unis. Mais les Américains entendent le garder prisonnier et l'interroger en dehors du sol américain.
Né au Koweït d'une famille d'origine pakistanaise, Khalid Sheikh Mohammed connaît bien les États-Unis: il a fait des études d'ingénieur en Caroline du Nord. Il semble être l'oncle de Ramzi Yousef, l'homme qui avait organisé un premier attentat à l'explosif contre le World Trade Center en 1993 et qui purge une peine de prison à perpétuité aux États-Unis. Avec Ramzi Yousef, en 1995, Mohammed avait participé, aux Philippines, à plusieurs complots. L'un visait à faire exploser une douzaine d'avions de ligne américains au-dessus de l'océan Pacifique. L'autre, à assassiner le pape lors d'une visite de ce dernier à Manille...
En cavale depuis 1996, il aurait tissé des liens étroits avec Ben Laden. Selon le FBI, il a joué un rôle dans la plupart des grands coups organisés depuis lors par al-Qaïda, comme les attentats, en 1998, contre deux ambassades américaines en Afrique, ou celui, en 2000, qui avait visé l'USS Cole au Yémen.
Son nom a également été évoqué dans le kidnapping et le meurtre à Karachi de Daniel Pearl: le journaliste du Wall Street Journal, qui enquêtait sur les réseaux d'al-Qaïda au Pakistan, était sur sa piste. Mohammed est enfin suspecté d'avoir été en contact avec Jose Padilla, sympathisant américain d'al-Qaïda arrêté en mai 2002, soupçonné d'avoir préparé un attentat avec une bombe radioactive. Le mois dernier, lorsqu'a été lancée aux États-Unis l'alerte «orange» signalant un fort risque d'attentat, les journaux ont de nouveau publié les deux photos désormais familières de Mohammed: sur l'une, il est coiffé d'un keffieh et porte des lunettes; sur l'autre, il est dégarni, en cravate, et sa barbe est soigneusement taillée.
Comme la libération de Paris!
Pour George W. Bush, cette arrestation tombe à point nommé. Les opposants à la guerre contre l'Irak accusaient l'administration de vouloir faire oublier son échec dans la lutte contre les dirigeants d'al-Qaïda. L'arrestation de Mohammed montre que la traque des responsables des attentats du 11 septembre se poursuit et qu'elle donne des résultats. En contact avec de nombreux agents d'al-Qaïda, peut-être avec Ben Laden lui-même, Mohammed est une prise précieuse qui relance les espoirs des enquêteurs de pouvoir terrasser l'organisation terroriste. Il n'est pas impossible qu'il parle, et les documents saisis peuvent révéler de nouvelles pistes.
Les superlatifs ne manquaient donc pas, hier, sur les plateaux des télévisions américaines, pour célébrer l'événement. La palme revient au représentant républicain de Floride, Porter Goss, président de la commission du renseignement à la Chambre des représentants: «C'est un événement énorme. L'équivalent de la libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale», a-t-il lancé sur la chaîne ABC.
Pour Washington, il y a pourtant une ombre au tableau de cette arrestation. Elle risque de modifier le comportement du Pakistan au Conseil de sécurité des Nations unies, où les Américains tentent toujours de pousser au vote d'une résolution qui ouvrira la voie à une invasion de l'Irak. La guerre contre Bagdad est très impopulaire au Pakistan, mais jusque-là, le président Pervez Musharraf hésitait à résister ouvertement à Washington, de peur d'envenimer les relations entre les deux pays. Après le somptueux «cadeau» que représente l'arrestation de Mohammed, Islamabad pourrait trouver le courage de s'abstenir lors du vote sur la résolution anglo-américaine en discussion.
Du reste, une manifestation monstre contre la guerre — 100 000 personnes selon la police, 500 000 selon les organisateurs — s'est déroulée hier à Karachi, la plus grande ville du Pakistan (sud), à l'appel de plusieurs partis islamistes, très en colère face à la collaboration de leur gouvernement avec les Américains.
«Aucun responsable des agences américaines ne devrait être autorisé à mener des opérations au Pakistan», a déclaré Qazi Hussein Ahmed, chef du parti Jamaat-i-Islami (JI), à propos de l'arrestation de Mohammed.
«Notre gouvernement a vendu notre souveraineté», a-t-il poursuivi, en exigeant un arrêt immédiat de la traque des membres d'al-Qaïda.
Avec l'Agence France-Presse
Washington — Lorsque George Tenet, le directeur de la CIA, a appris la nouvelle, il a aussitôt téléphoné à Camp David, la maison de campagne présidentielle américaine. Condoleeza Rice, conseillère à la Sécurité nationale du président, a pris l'appel et a aussitôt informé Bush: «C'est fantastique!», aurait-il lâché.
Samedi matin, à Rawalpindi, ville proche d'Islamabad, la capitale du Pakistan, Khalid Sheikh Mohammed, l'un des principaux lieutenants d'Oussama ben Laden, a été arrêté par les services de sécurité pakistanais. Après Ben Laden, Mohammed, âgé de 37 à 39 ans selon ses différents passeports, était l'homme que les Américains rêvaient le plus d'attraper. Il est suspecté d'avoir directement planifié le complot ayant abouti aux attentats du 11 septembre. Sa tête était mise à prix pour 25 millions $US. Pour la Maison-Blanche, sa capture est donc un «formidable coup porté contre al-Qaïda».
Les Pakistanais, travaillant avec la CIA et le FBI, avaient repéré la planque de Mohammed: une maison située dans un quartier bourgeois, occupée par un Pakistanais, Ahmad Abdul Qudus, 42 ans, marié et père de deux enfants, membre du parti islamiste Jamaat-e-Islami. Sa soeur le décrivait, hier, comme «lent d'esprit» et «incapable de faire du mal».
Selon le récit officiel, l'arrestation a eu lieu samedi vers 3h du matin, au terme d'un raid impliquant deux douzaines d'agents pakistanais armés de kalachnikovs. Des documents et un ordinateur ont été saisis. Ahmad Abdul Qudus a lui aussi été arrêté, ainsi qu'un homme d'origine moyen-orientale (un Égyptien, selon une source citée par Reuters) dont le nom n'a pas été révélé. Mohammed a été transféré dans un lieu tenu secret et devrait être extradé vers les États-Unis. Mais les Américains entendent le garder prisonnier et l'interroger en dehors du sol américain.
Né au Koweït d'une famille d'origine pakistanaise, Khalid Sheikh Mohammed connaît bien les États-Unis: il a fait des études d'ingénieur en Caroline du Nord. Il semble être l'oncle de Ramzi Yousef, l'homme qui avait organisé un premier attentat à l'explosif contre le World Trade Center en 1993 et qui purge une peine de prison à perpétuité aux États-Unis. Avec Ramzi Yousef, en 1995, Mohammed avait participé, aux Philippines, à plusieurs complots. L'un visait à faire exploser une douzaine d'avions de ligne américains au-dessus de l'océan Pacifique. L'autre, à assassiner le pape lors d'une visite de ce dernier à Manille...
En cavale depuis 1996, il aurait tissé des liens étroits avec Ben Laden. Selon le FBI, il a joué un rôle dans la plupart des grands coups organisés depuis lors par al-Qaïda, comme les attentats, en 1998, contre deux ambassades américaines en Afrique, ou celui, en 2000, qui avait visé l'USS Cole au Yémen.
Son nom a également été évoqué dans le kidnapping et le meurtre à Karachi de Daniel Pearl: le journaliste du Wall Street Journal, qui enquêtait sur les réseaux d'al-Qaïda au Pakistan, était sur sa piste. Mohammed est enfin suspecté d'avoir été en contact avec Jose Padilla, sympathisant américain d'al-Qaïda arrêté en mai 2002, soupçonné d'avoir préparé un attentat avec une bombe radioactive. Le mois dernier, lorsqu'a été lancée aux États-Unis l'alerte «orange» signalant un fort risque d'attentat, les journaux ont de nouveau publié les deux photos désormais familières de Mohammed: sur l'une, il est coiffé d'un keffieh et porte des lunettes; sur l'autre, il est dégarni, en cravate, et sa barbe est soigneusement taillée.
Comme la libération de Paris!
Pour George W. Bush, cette arrestation tombe à point nommé. Les opposants à la guerre contre l'Irak accusaient l'administration de vouloir faire oublier son échec dans la lutte contre les dirigeants d'al-Qaïda. L'arrestation de Mohammed montre que la traque des responsables des attentats du 11 septembre se poursuit et qu'elle donne des résultats. En contact avec de nombreux agents d'al-Qaïda, peut-être avec Ben Laden lui-même, Mohammed est une prise précieuse qui relance les espoirs des enquêteurs de pouvoir terrasser l'organisation terroriste. Il n'est pas impossible qu'il parle, et les documents saisis peuvent révéler de nouvelles pistes.
Les superlatifs ne manquaient donc pas, hier, sur les plateaux des télévisions américaines, pour célébrer l'événement. La palme revient au représentant républicain de Floride, Porter Goss, président de la commission du renseignement à la Chambre des représentants: «C'est un événement énorme. L'équivalent de la libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale», a-t-il lancé sur la chaîne ABC.
Pour Washington, il y a pourtant une ombre au tableau de cette arrestation. Elle risque de modifier le comportement du Pakistan au Conseil de sécurité des Nations unies, où les Américains tentent toujours de pousser au vote d'une résolution qui ouvrira la voie à une invasion de l'Irak. La guerre contre Bagdad est très impopulaire au Pakistan, mais jusque-là, le président Pervez Musharraf hésitait à résister ouvertement à Washington, de peur d'envenimer les relations entre les deux pays. Après le somptueux «cadeau» que représente l'arrestation de Mohammed, Islamabad pourrait trouver le courage de s'abstenir lors du vote sur la résolution anglo-américaine en discussion.
Du reste, une manifestation monstre contre la guerre — 100 000 personnes selon la police, 500 000 selon les organisateurs — s'est déroulée hier à Karachi, la plus grande ville du Pakistan (sud), à l'appel de plusieurs partis islamistes, très en colère face à la collaboration de leur gouvernement avec les Américains.
«Aucun responsable des agences américaines ne devrait être autorisé à mener des opérations au Pakistan», a déclaré Qazi Hussein Ahmed, chef du parti Jamaat-i-Islami (JI), à propos de l'arrestation de Mohammed.
«Notre gouvernement a vendu notre souveraineté», a-t-il poursuivi, en exigeant un arrêt immédiat de la traque des membres d'al-Qaïda.
Avec l'Agence France-Presse
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