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Lettre ouverte à Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté - Souveraineté: au-delà de la problématique électorale

Il faut resensibiliser les Québécois aux questions entourant leur avenir politique

Alexis Cossette-Trudel - Candidat à la maîtrise en science politique à l'UQAM  3 mars 2003 
Nous percevons deux problèmes majeurs dans l'approche à la souveraineté véhiculée jusqu'à maintenant par le gouvernement québécois.

Le Parti québécois a eu tendance, ces dernières années, à traiter la question de l'accession du Québec à la souveraineté sous l'angle d'une problématique essentiellement électorale, à ne se poser qu'une seule question dans son approche à la souveraineté: comment aller chercher par le chemin le plus court les 30 000 voix qui nous ont fait défaut en 1995? Cette approche nous semble réductrice et inadéquate pour atteindre notre objectif commun car elle stérilise tout effort sérieux de réflexion et de réévaluation au sein du mouvement souverainiste.

Nous sommes d'avis que le mouvement souverainiste devrait fournir un effort intellectuel convaincant afin de proposer un projet substantiel à nos concitoyens lors de la prochaine consultation populaire, une réflexion nouvelle témoignant du dynamisme et de la pertinence de nos idées sur l'avenir de l'État et de la société québécois.

Nous pensons que, loin de continuer à frapper sur le même clou en tentant de chercher comment convaincre de la même façon, avec la même approche et les mêmes arguments, nos concitoyens, le mouvement souverainiste devrait, par l'entremise du Conseil de la souveraineté, lancer un chantier mobilisateur visant à définir ce à quoi nous convions les Québécois (constitution, institutions, représentation, relations avec le reste du monde, etc.). Cette réflexion pourrait et devrait être la base d'un effort de communication national visant à resensibiliser les Québécois aux questions entourant leur avenir politique.

Ce qui frappe l'observateur de la scène politique québécoise et canadienne, c'est le gouffre apparent entre Québec et Ottawa au niveau idéologique et organisationnel dans le débat constitutionnel. Le fédéralisme canadien jouit de fondements idéologiques solides, dont le principal est sa politique de multiculturalisme et d'individualisme incarnée par la Charte canadienne des droits et libertés.

Le fédéralisme canadien dispose également d'un système bien rodé d'application pratique de ses assises idéologiques: une stratégie de contournement des collectivités politiques par la centralisation des pouvoirs et des ressources financières à Ottawa et une politique agressive de nation-building visant à remodeler les appartenances identitaires des Canadiens.

Face à ce rouleau compresseur politico-idéologique, le Québec n'a pas beaucoup à offrir. Depuis le dernier référendum, nous avons délaissé complètement le champ de bataille idéologique et ses moyens d'application. Aujourd'hui, le mouvement souverainiste se trouve sur la défensive sur le plan idéologique. Si nous voulons remporter le prochain combat politique visant à faire du Québec un pays, nous avons l'obligation de renverser cette situation.

Nous devons premièrement clarifier et réhabiliter le nationalisme québécois tant pour les souverainistes que pour les moins souverainistes d'entre nous. Depuis le référendum, le nationalisme québécois a été associé injustement par les ténors fédéralistes à l'intolérance ethnique et au racisme. Il a été qualifié de «rétrograde» et de «dépassé» comparativement au nationalisme canadien qui lui était censément «progressiste», «inclusif» et «moderne».

Cette offensive du gouvernement fédéral visant la destruction du nationalisme québécois porte ses fruits aujourd'hui: nous avons cessé de revendiquer, de nous insurger collectivement, de nous affirmer politiquement. La montée de l'ADQ en est le reflet.

Nous devons dès aujourd'hui reconstruire les fondements du nationalisme québécois sur de nouvelles bases. Nous nous devons de formuler un nationalisme civique et ouvert aux Québécois de toutes origines. Un nationalisme qui ne montre pas du doigt les «traîtres à la patrie», mais plutôt un nationalisme moderne et dynamique qui donne le goût d'y participer. Un nationalisme qui souligne ce qui nous distingue du reste de l'Amérique du Nord, comme l'a fait Bernard Landry dernièrement en parlant du pacifisme québécois. Comme dirait Jacques Chirac: «Voilà ce qui nous distingue!»

Nous croyons que le renouvellement du nationalisme québécois est une condition sine qua non de la reprise du processus politique devant faire du Québec un pays. Ce renouveau idéologique devra être incarné dans des mesures concrètes visant à renforcer le sentiment d'appartenance et l'identité propre des Québécois dans des structures et des institutions visant à solidifier le «nous» collectif. Bref, il faut nous engager à notre tour dans une entreprise de

nation-building avant la tenue d'une consultation populaire.

L'objectif des mille jours ne nous permettra pas de reconstruire le mouvement nationaliste-souverainiste sur de nouvelles bases avant la tenue de la prochaine consultation populaire. Il est conséquent avec l'approche électoraliste du PQ dont nous avons déjà évoqué les lacunes. L'aventure à laquelle nous convie Bernard Landry présentement est donc prématurée.

En ce sens, le Conseil de la souveraineté pourrait lui suggérer une solution plus raisonnable, lui recommandant de construire son projet avec plus de prudence en jetant avant tout les fondations sociales et politiques qui permettront la tenue d'un processus consultatif gagnant à moyen terme. Serez-vous en mesure, M. Larose, d'être au diapason de la société québécoise et de relativiser l'échéancier gouvernemental?
 
 
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