Jolies pommettes!
Bienheureux ceux qui savent capter ces moments de joie et qui croient encore au bonheur de la fleur
Julie Dansereau
1 juin 2002
Photo : ITA de Saint-Hyacinthe
Une promenade sous les pommetiers est une expérience qu’on n’oublie pas! Surtout quand il pleut des pétales, un vrai bonheur.
De leurs petites joues roses sont sortis mille sourires tout blancs. Les fleurs de pommiers nous font respirer du bonheur!
Dans mes courses d'enfant où seule la destination était importante, me revient pourtant en mémoire des moments d'arrêt sur image, gros plans sur fleurs en fleurs, film parfumé d'un nuage rose. Quelque part dans le jardin, un petit arbre réussissait à m'envelopper de son printemps et, qui sait, peut-être me parlait-il déjà de mon jardin futur. Je ne savais de lui que la grosseur de ses pommes, petites comme moi, et de la teinte foncée du feuillage comme si on s'était trompé de crayon de couleur. On l'appelait pommetier et de pouvoir le dire aux passants, curieux de cet arbre peu ordinaire, faisait aussi partie de ma course.
La culture du pétale
Le spectacle printanier des arbres en fleurs déclenche toujours en nous comme une sorte de plaisir sucré mêlé d'une grande bouffée d'air frais. Les douces nuances du blanc jusqu'au rose carmin sur fond de bleu de mai ravivent les sens les plus endormis. On se sent des ailes et les parfums volages nous parlent déjà de l'été qui mijote. Bienheureux ceux qui savent capter ces moments de joie et qui croient encore au bonheur de la fleur. Certains s'en réjouissent par tradition, comme les Japonais pour qui la fleur du cerisier, laiteuse et translucide, porte en son coeur toutes les promesses de la nature.
Dès que le printemps badigeonne le paysage de nuages blancs, ces gens affairés débarquent au milieu des parcs où s'alignent fièrement des centaines de cerisiers, japonais il va sans dire. On s'installe pour quelques jours, en pique-nique sur tatamis, et on célèbre le renouveau, la vie en fleurs. Le cerisier est l'arbre du peuple et il le salue. Peint et chanté, le cerisier est partout, sa fleur dit tout. Copiés et mis en panneaux, les pétales blanchâtres deviennent des portes voilées, ne laissant passer qu'une lumière crémeuse au travers des habitations traditionnelles. Comme une idée du temps arrêté, ces portes glissent doucement au sol comme un pétale qui se serait détaché du lot mais qui revient sans cesse. La fleur du cerisier ne se ramasse pas, elle garnit le vert gazon en petites taches blanches et nul n'oserait arracher au cerisier ces perles qui lui offrent en reflet sa beauté d'hier.
Le fruit de la fleur
Issus de la très riche famille des rosacées, qui se distinguent entre autres par leurs fleurs à cinq pétales et leurs fruits rondouillards, les pommiers, pommetiers, cerisiers et pruniers garnissent nos printemps de la mi-avril jusqu'au début juin. Nous trouvons peu de cerisiers décoratifs chez-nous et encore moins de pruniers d'ornement tels qu'on peut les retrouver en Europe et en Asie, car ces derniers sont gélifs sous notre avril. Mais rien n'empêche d'aller fouiller parmi les arbres dits fruitiers où vous trouverez des variétés tout aussi juteuses que superbes. Invitez le prunier «Mont-Royal» à vous offrir des fruits bleus à chaire jaune ou encore le cerisier «Montmorency» pour goûter aux plaisirs des tartes et des gelées. Et pourquoi pas un abricotier? Le «Scout» est toujours prêt et sa floraison est à couper le souffle.
La pomme en quatre
Du genre Malus pour les pommiers et pommetiers et Prunus pour les cerisiers et les pruniers, ces annonciateurs des beaux jours arrivent en formats variés. Ces arbres ont tellement de charmes qu'on se demande comment ils font! Floraison abondante, feuillage rafraîchissant et fruits délectables, surtout pour les oiseaux qui s'en régalent sans compter, comme un dessert. De petits à moyens de hauteur autant que de tour de taille, les pommetiers surprennent par l'ampleur de leur assortiment, un vrai spectacle de variétés! Il faut vraiment être difficile pour ne pas se laisser tomber à genoux devant les coloris disponibles. Peu demandants, sinon d'avoir le nez au soleil, ces arbres et arbustes à fleurs sont d'une générosité étonnante. De par leurs formats qui permettent au nez de butiner à l'aise, ces arbres délicats s'évertuent à la polyvalence: c'est le meilleur compagnon du petit jardin de ville, l'allié le plus subtil pour tendre un rideau vert entre deux jardins; il tient à merveille une longue allée campagnarde et reste le porte-parole convaincu des jardins d'oiseaux.
Si votre terrain n'a pas l'envergure des grandes voilures, les pommetiers seront des compagnons dont vous ne voudrez plus vous passer. En pourtour d'une terrasse, ces arbrisseaux aux têtes colorées viendront égayer tous vos repas d'amitié. Lorsque le soleil de l'après-midi ne fait qu'une bouchée de votre chapeau de paille, pensez alors à ces ombrelles à pommettes qui, sans partir dans un coup de vent, se pencheront sur votre confort. Et elles sont si jolies, ces terrasses, quand elles sont ornées d'une couronne, tantôt de fleurs, tantôt de fruits et plus tard, d'un manteau d'oiseaux d'automne. Car ces arbres de parure suivent les saisons et leurs robes s'endimanchent rien que pour faire passer le temps. Et si vous n'avez jamais fait de petit somme sous des branches pareilles à des bras d'anges, il manque ce plaisir à la vie de votre jardin.
Compote de couleurs
Quand on décide d'adopter des membres de cette famille parfumée, il est doux de se rappeler l'image du verger paresseux où les arbres, parsemés et bariolés de lumière, donnent des tableaux impressionnistes. Ces arbres aiment la compagnie qui multiplie leurs charmes et comme leur résistance aux vilains maux d'hier (demandez aux pépiniéristes les nouveaux cultivars résistants et n'y pensez plus!) n'est plus qu'une histoire de tartelettes, on peut sans hésiter se laisser tomber dans les pommettes! Mais avouons-le, choisir les couleurs qui feront chanter ce mai tant attendu est un plaisir presque aussi grand que de mettre son nez dedans. Afin de chercher les teintes qui vous rappelleront les plus beaux papiers peints, allez faire un tour au splendide Jardin botanique de Montréal où se pavane à l'aise l'orgueil de la fleur. C'est le meilleur moyen de frapper votre coeur.
- À retenir pour le printemps prochain: Les amis du Jardin botanique de Montréal organisent chaque printemps un pique-nique sous les pommetiers en fleurs du jardin japonais. Une occasion rêvée pour pincer les pommettes du printemps!
Julie Dansereau est architecte de jardin et professeure d'horticulture à l'ITA de Saint-Hyacinthe.
***
Les articles écrits par les professeurs de l'ITA de Saint-Hyacinthe parus dans Le Devoir sont aussi disponibles sur le site de l'ITA au ita.qc.ca le lundi suivant leur parution.
Dans mes courses d'enfant où seule la destination était importante, me revient pourtant en mémoire des moments d'arrêt sur image, gros plans sur fleurs en fleurs, film parfumé d'un nuage rose. Quelque part dans le jardin, un petit arbre réussissait à m'envelopper de son printemps et, qui sait, peut-être me parlait-il déjà de mon jardin futur. Je ne savais de lui que la grosseur de ses pommes, petites comme moi, et de la teinte foncée du feuillage comme si on s'était trompé de crayon de couleur. On l'appelait pommetier et de pouvoir le dire aux passants, curieux de cet arbre peu ordinaire, faisait aussi partie de ma course.
La culture du pétale
Le spectacle printanier des arbres en fleurs déclenche toujours en nous comme une sorte de plaisir sucré mêlé d'une grande bouffée d'air frais. Les douces nuances du blanc jusqu'au rose carmin sur fond de bleu de mai ravivent les sens les plus endormis. On se sent des ailes et les parfums volages nous parlent déjà de l'été qui mijote. Bienheureux ceux qui savent capter ces moments de joie et qui croient encore au bonheur de la fleur. Certains s'en réjouissent par tradition, comme les Japonais pour qui la fleur du cerisier, laiteuse et translucide, porte en son coeur toutes les promesses de la nature.
Dès que le printemps badigeonne le paysage de nuages blancs, ces gens affairés débarquent au milieu des parcs où s'alignent fièrement des centaines de cerisiers, japonais il va sans dire. On s'installe pour quelques jours, en pique-nique sur tatamis, et on célèbre le renouveau, la vie en fleurs. Le cerisier est l'arbre du peuple et il le salue. Peint et chanté, le cerisier est partout, sa fleur dit tout. Copiés et mis en panneaux, les pétales blanchâtres deviennent des portes voilées, ne laissant passer qu'une lumière crémeuse au travers des habitations traditionnelles. Comme une idée du temps arrêté, ces portes glissent doucement au sol comme un pétale qui se serait détaché du lot mais qui revient sans cesse. La fleur du cerisier ne se ramasse pas, elle garnit le vert gazon en petites taches blanches et nul n'oserait arracher au cerisier ces perles qui lui offrent en reflet sa beauté d'hier.
Le fruit de la fleur
Issus de la très riche famille des rosacées, qui se distinguent entre autres par leurs fleurs à cinq pétales et leurs fruits rondouillards, les pommiers, pommetiers, cerisiers et pruniers garnissent nos printemps de la mi-avril jusqu'au début juin. Nous trouvons peu de cerisiers décoratifs chez-nous et encore moins de pruniers d'ornement tels qu'on peut les retrouver en Europe et en Asie, car ces derniers sont gélifs sous notre avril. Mais rien n'empêche d'aller fouiller parmi les arbres dits fruitiers où vous trouverez des variétés tout aussi juteuses que superbes. Invitez le prunier «Mont-Royal» à vous offrir des fruits bleus à chaire jaune ou encore le cerisier «Montmorency» pour goûter aux plaisirs des tartes et des gelées. Et pourquoi pas un abricotier? Le «Scout» est toujours prêt et sa floraison est à couper le souffle.
La pomme en quatre
Du genre Malus pour les pommiers et pommetiers et Prunus pour les cerisiers et les pruniers, ces annonciateurs des beaux jours arrivent en formats variés. Ces arbres ont tellement de charmes qu'on se demande comment ils font! Floraison abondante, feuillage rafraîchissant et fruits délectables, surtout pour les oiseaux qui s'en régalent sans compter, comme un dessert. De petits à moyens de hauteur autant que de tour de taille, les pommetiers surprennent par l'ampleur de leur assortiment, un vrai spectacle de variétés! Il faut vraiment être difficile pour ne pas se laisser tomber à genoux devant les coloris disponibles. Peu demandants, sinon d'avoir le nez au soleil, ces arbres et arbustes à fleurs sont d'une générosité étonnante. De par leurs formats qui permettent au nez de butiner à l'aise, ces arbres délicats s'évertuent à la polyvalence: c'est le meilleur compagnon du petit jardin de ville, l'allié le plus subtil pour tendre un rideau vert entre deux jardins; il tient à merveille une longue allée campagnarde et reste le porte-parole convaincu des jardins d'oiseaux.
Si votre terrain n'a pas l'envergure des grandes voilures, les pommetiers seront des compagnons dont vous ne voudrez plus vous passer. En pourtour d'une terrasse, ces arbrisseaux aux têtes colorées viendront égayer tous vos repas d'amitié. Lorsque le soleil de l'après-midi ne fait qu'une bouchée de votre chapeau de paille, pensez alors à ces ombrelles à pommettes qui, sans partir dans un coup de vent, se pencheront sur votre confort. Et elles sont si jolies, ces terrasses, quand elles sont ornées d'une couronne, tantôt de fleurs, tantôt de fruits et plus tard, d'un manteau d'oiseaux d'automne. Car ces arbres de parure suivent les saisons et leurs robes s'endimanchent rien que pour faire passer le temps. Et si vous n'avez jamais fait de petit somme sous des branches pareilles à des bras d'anges, il manque ce plaisir à la vie de votre jardin.
Compote de couleurs
Quand on décide d'adopter des membres de cette famille parfumée, il est doux de se rappeler l'image du verger paresseux où les arbres, parsemés et bariolés de lumière, donnent des tableaux impressionnistes. Ces arbres aiment la compagnie qui multiplie leurs charmes et comme leur résistance aux vilains maux d'hier (demandez aux pépiniéristes les nouveaux cultivars résistants et n'y pensez plus!) n'est plus qu'une histoire de tartelettes, on peut sans hésiter se laisser tomber dans les pommettes! Mais avouons-le, choisir les couleurs qui feront chanter ce mai tant attendu est un plaisir presque aussi grand que de mettre son nez dedans. Afin de chercher les teintes qui vous rappelleront les plus beaux papiers peints, allez faire un tour au splendide Jardin botanique de Montréal où se pavane à l'aise l'orgueil de la fleur. C'est le meilleur moyen de frapper votre coeur.
- À retenir pour le printemps prochain: Les amis du Jardin botanique de Montréal organisent chaque printemps un pique-nique sous les pommetiers en fleurs du jardin japonais. Une occasion rêvée pour pincer les pommettes du printemps!
Julie Dansereau est architecte de jardin et professeure d'horticulture à l'ITA de Saint-Hyacinthe.
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Les articles écrits par les professeurs de l'ITA de Saint-Hyacinthe parus dans Le Devoir sont aussi disponibles sur le site de l'ITA au ita.qc.ca le lundi suivant leur parution.
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