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Présidentielle américaine - Un vote émouvant

Zachary Richard - Auteur-compositeur-interprète  7 novembre 2008 
Nouvelle-Orléans — J'ai quitté Montréal pour me rendre aux urnes, arrivant à l'école primaire d'Ossun, à Lafayette, vers 15h. Je vote dans la même conscription depuis plus de 30 ans, et je n'avais jamais vu une telle affluence qu'en ce jour du 4 novembre 2008. J'habite au coeur d'un pays cadien (cajun). Mes concitoyens sont fermiers et femmes de fermiers, ouvriers et ouvrières. Des gens simples.

L'ambiance était calme, presque solennelle. Il y avait beaucoup de jeunes enfants, mais ils étaient tous très bien élevés, comme s'ils comprenaient instinctivement l'importance de cet événement. Environ un quart des gens étaient Noirs, parmi lesquels se trouvait un jeune homme qui portait des «dreadlocks» dépassant ses épaules. Il s'est trompé de queue, se tenant dans la file de l'autre district (il y en a deux chez moi, le 8e et le 9e). Quand je lui ai offert de prendre place devant moi, il a accepté avec un grand sourire. Je présume qu'il allait voter Obama, mais j'aurais eu envers lui la même courtoisie, qu'il soit Blanc ou Noir. Autour de moi, la même chose s'est produite à plusieurs reprises. La politesse était au rendez-vous.

Plusieurs fois j'ai été touché par l'émotion. Ça peut paraître «quétaine», mais j'ai été ému par la scène. Il n'y a pas si longtemps, il aurait été difficile d'imaginer des Blancs et des Noirs se côtoyant avec courtoisie autour des urnes. L'élection louisianaise de 1871 fut caractérisée par des batailles sanglantes quand le White League tentait d'arracher le pouvoir des «carpetbaggers» et de leurs protégés noirs, une des batailles à coup de feu s'étant produite aux Opelousas qui se trouvent dans la paroisse avoisinante. C'était il y a plus d'un siècle, mais je me souviens des vestiges de la ségrégation qu'on trouvait dans mon village pendant ma jeunesse. Le Sud de Jim Crow (euphémisme pour la ségrégation) n'est pas si loin. Ce qui rend la candidature de Barack Obama encore plus significative.

Bush et McCain: déception

Les États-Unis sont à la dérive, après huit ans du «leadership» déchu de George W. Bush. Il laisse derrière lui deux guerres et une image ternie dans le monde entier, en plus d'un gouvernement apparemment incapable de protéger ses propres citoyens. Qu'il s'agisse d'un ouragan, de soins de santé, de l'emploi ou de la sauvegarde d'une maison familiale et des économies de retraite, l'héritage du président Bush s'avère désastreux, et ce, au milieu d'une crise économique prévue et évitable.

John McCain s'est révélé, hélas, prêt à compromettre ses principes pour gagner de l'avantage politique, flattant bassement l'aile droite du parti républicain dans l'espoir de se faire élire. Son choix de Sarah Palin comme vice-présidente était l'ultime geste d'opportunisme et de mauvais jugement qui éclipsera ses 26 ans au Congrès et son service militaire exemplaire. Il a paru indécis face à la crise économique, mettant en «suspens» sa campagne électorale pour retourner à Washington aider à «résoudre la crise». Il semblait agir sans réflexion. Par comparaison, Barack Obama a tenu le cap, faisant preuve d'un jugement clair et posé.

Coup d'émotion

Barack Obama a été victime des attaques les plus basses. Il a été traité d'«anti-Americain» et accusé d'être musulman en cachette. Les Républicains ont tenté de l'associer au terrorisme et n'ont pas hésité à attaquer sa femme. De plus, Barack Obama est Noir.

Faisant la queue avec les citoyens de ma circonscription, parents avec jeunes enfants, des hommes et des femmes travailleurs, des Noirs et des Blancs, j'ai été frappé d'émotion. Je ne pense pas que Barack Obama est parfait, et je serai probablement déçu par certaines de ses positions, mais je crois qu'il était le meilleur candidat.

Je crois que sous sa direction, l'étoile américaine va pouvoir regagner un peu de son éclat. Et je crois que le peuple américain va se réunir derrière lui. Cette campagne fut une des plus passionnées de l'ère moderne et laissera certainement des blessures, mais les Américains vont accepter la décision de la démocratie et vont affronter l'avenir avec espoir et courage.

Fierté et reconnaissance

Pour cela, je suis fier. Je n'ai pas cette arrogance qui caractérise certains Américains. Je ne pense pas que les États-Unis soient le «meilleur» ou le «plus grand» pays du monde. C'est un pays avec ses qualités et ses défauts, les deux accentués par leur puissance économique et militaire. En faisant la queue pour voter à l'école primaire d'Ossun, j'ai été très touché. Pas supérieur, pas orgueilleux, pas suffisant, mais tout simplement reconnaissant.

Comme le disaient les fondateurs: «Nous tenons pour évidentes en elles-mêmes les vérités suivantes: tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés.»
 
 
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