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La remontée spectaculaire du Parti québécois - La force tranquille de Bernard Landry

Jean-François Bertrand - Député et ministre dans le gouvernement du Parti québécois entre 1976 et 1985  28 février 2003 
Dans les pages du quotidien Le Soleil de septembre dernier, je commettais une série de trois textes adressés aux partis politiques et qui, pour l'essentiel, annonçaient la défaite du Parti québécois, une victoire écrasante de l'Action démocratique du Québec et le maintien du Parti libéral dans son statut d'opposition officielle. Rien de moins. Six mois plus tard, force est de reconnaître que je risque de devoir me couvrir d'un sac de honte.

En effet, nous sommes témoins d'un revirement de situation qui pourrait faire mentir tous les prophètes de malheur, à commencer par moi. Que s'est-il donc passé? Essentiellement, un effondrement majeur de l'ADQ, et de Mario Dumont en particulier, qui profite presque exclusivement au PQ. En six mois, ce cher Mario aura réussi à commettre toute une série de gaffes et de bévues qui en font aujourd'hui le champion incontesté de l'improvisation et de l'incohérence.

Rentrer au bercail

Des dizaines de milliers de personnes qui avaient déserté le Parti québécois pour rejoindre l'ADQ rentrent progressivement au bercail. Je pense particulièrement aux souverainistes modérés qui ont cru au programme de ce parti qui s'affichait résolument nationaliste. Qu'en reste-t-il? Plus rien. La question de l'avenir du Québec se retrouve au fond de la poubelle, presque considérée comme un sujet insignifiant.

Et puis, au moment où les gens recherchent des dirigeants responsables, quel supplice pour notre intelligence que d'assister aux reculs tactiques d'un parti dont l'absence chronique d'expérience et de maturité transparaît de plus en plus! Les fameux changements annoncés à grand renfort de sourires et de slogans se révèlent, à l'analyse, vidés d'une véritable vision du modèle social qu'on souhaite instaurer. Les gens se rendent compte tout à coup que les risques de déstabilisation du Québec sont trop grands pour en confier la gestion à des amateurs.

Par ailleurs, sous la houlette de Bernard Landry, le gouvernement a lancé toute une série d'actions qui lui rapportent maintenant des dividendes: la déclaration unanime sur le déséquilibre fiscal, le sommet réussi des régions, un plan d'action articulé pour les prochaines années, la participation dynamique du Québec au débat sur le financement des soins de santé, l'engagement d'alléger l'appareil étatique, la mise en place de mesures concrètes pour améliorer notre système de santé. Voilà autant d'éléments attrayants qui rassurent les Québécois sur la capacité de leurs dirigeants de tenir compte de leurs inquiétudes.

S'ajoute à cela un remarquable et spectaculaire changement chez le premier ministre lui-même: plusieurs l'attribuent à la source de Jouvence que semble être pour lui sa nouvelle bien-aimée, et pourquoi pas, mais il y a aussi chez cet homme, en ce moment, une force tranquille qui rassure une population qui se cherche. Ballottés d'un pôle à l'autre, les gens veulent s'engager dans une direction qui ne compromette pas les grands changements survenus ces dernières décennies mais qui apporte aussi les correctifs nécessaires, même au prix de sérieuses remises en question sur la gouverne de l'État québécois.

L'automne dernier, j'évaluais à environ 500 000 ou 600 000 le nombre de personnes que le Parti québécois devait rapatrier de l'ADQ. À l'évidence, ce mouvement est bel et bien amorcé, encouragé par un facteur négatif, Mario Dumont, et par un facteur positif, Bernard Landry. Quand on tient compte du vote francophone dans ces quelque 85 comtés où les élections se joueront, le PQ mène maintenant une lutte féroce à l'ADQ, au point même de le devancer substantiellement.

Nous voilà donc bien partis pour une campagne électorale captivante. La donne a considérablement changé. Peut-être, pour la première fois depuis un demi-siècle, verrons-nous un parti reconduit au pouvoir pour un troisième mandat. Et, ce faisant, nous aurons été nombreux à prédire un peu trop vite l'effondrement du Parti québécois et le couronnement de Mario Dumont. J'en étais, mais je suis plutôt réjoui aujourd'hui de m'être trompé!
 
 
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