Rencontre entre la Vierge et la Putain
Photo : Jacques Nadeau
Deux sexagénaires aux antipodes, l’écrivaine Catherine Millet et la religieuse-sexologue Marie-Paul Ross, échangent sur l’échangisme au Fétiche Store.
Devant moi, la «vierge» ceinture noire en karaté et la «putain» masochiste, deux figures bibliques modernisées de l'éventail fantasmatique féminin. Réunir ces deux sexagénaires des antipodes faisait partie de mes perversions intimes. On dit de la perversion qu'elle est une forme érotique de la haine, mais dans ce cas particulier, j'y vois plutôt un clin d'oeil érotique de mon humour.
La sexologue et psychothérapeute Marie-Paul Ross, une religieuse de Québec dont les médias se sont allègrement entichés cet automne, et l'écrivaine parisienne Catherine Millet, ont accepté de partager leurs vues sur la sexualité. Le dernier livre de Catherine Millet, Jour de souffrance, prolonge le récit lubrique qu'elle avait amorcé en 2001 avec La Vie sexuelle de Catherine M, traduit en 45 langues.
Nous avions laissé notre héroïne et sa libido fiévreuse, écartelée dans quelque partouze du 16e; nous la retrouvons sept ans plus tard, en proie à ses fantasmes, broyée par la jalousie, se livrant corps et âme à un onanisme compulsif doublé d'un masochisme psychologique ou de ce qu'elle appelle plus sobrement un «érotisme de souffrance».
En fait, le véritable sujet de ce livre, bien plus tabou que l'échangisme et la sexualité libertine, demeure le plaisir solitaire auquel se livre Catherine Millet tout du long, une façon d'expier ou d'expédier, selon les cas. Elle ne nous épargne rien: ni sa façon d'atteindre l'onde suprême en frottant les lèvres de sa vulve, ni le fait qu'elle s'excitait dans le lit de sa mère toute petite, ni la teneur de ses fantasmes qui mettent en scène son compagnon, le romancier Jacques Henric, avec qui elle partage sa vie depuis 28 ans et qui partage la sienne avec d'autres.
Le seul tabou à subsister entre eux demeure celui de cette liberté mutuellement consentie (mais jamais verbalisée!), leur terrain de jeu sexuel et tout ce qu'il engendre de tortures mentales et physiques. Chaque minute de plaisir coûte cher en anxiolytiques: «Il y a des gens qui voudraient interpréter ce livre comme si j'avais payé le prix. Mais c'est plutôt le récit de beaucoup de fantasmes colonisés par des images de Jacques avec ses amies. Je me masturbais avec ça, en me substituant mentalement à Jacques. C'était un fantasme homosexuel, au fond», me dit celle qui écrit: «Heureuses les imaginations pauvres!»
Thérapie en direct
Pour son plus grand bonheur ou malheur, Catherine Millet a deux corps et divise complètement amour et sexe. Depuis la parution de son best-seller, elle prétend que son être s'est dissocié encore davantage de son corps.
— La sexologue: C'est une protection; quand on dissocie et qu'on génitalise, on souffre moins.
— Catherine M: Généralement, les problèmes commencent quand on associe...
— La sexologue: Ça mène à des pratiques compulsives.
— Catherine M: Je ne suis pas nymphomane mais je suis plutôt disponible... Un psychanalyste m'a déjà dit que j'étais un homme!
— La sexologue: Il y a trois niveaux dans le cerveau: le cognitif, l'affectif et l'érotique. De plus en plus de femmes dissocient mais elles ne sont pas fidèles à leur structure cérébrale, qui associe sexe et amour. Et il y a des femmes dont le cerveau est plus androgynisé.
— Catherine M: Je suis freudienne et beauvoirienne; je ne vois pas ce qu'est l'essence de la femme. Je suis tombée dans la sexualité libre comme Obélix dans la potion magique.
— La sexologue: C'est problématique; une personne est faite pour s'intégrer. Les femmes apprennent l'orgasme alors que ça vient tout seul aux hommes. Par contre, les hommes doivent apprendre l'amour. L'homme a besoin de la femme pour intégrer amour et génitalité, vivre la fidélité. Ça ne fait pas partie naturellement de sa configuration cérébrale. Sur le plan spirituel, quelles sont vos expériences?
— Catherine M: Je crois que je ne suis pas croyante...
— La sexologue: On porte tous une soif de vie et d'amour éternel. Que le corps soit soumis à la finitude va à l'encontre de la soif de l'âme. Quand on n'accepte pas ça, le corps se sent obligé d'aller vers des stimulations excessives pour rejoindre la vie éternelle.
— Catherine M: Ce n'est pas le résultat d'un choix et j'ai connu la sexualité de groupe quasi immédiatement, dès 18 ans.
— La sexologue: C'est d'ailleurs ce que vivent beaucoup de jeunes présentement. Ils sont initiés à la porno vers 12-13 ans et ça se termine dans les partys de sous-sol, en groupe. Pour y arriver, ils doivent se dissocier. La proposition actuelle, c'est une sexualité dissociative selon un modèle masculin. Mais ça provoque aussi la jalousie...
Exquise douleur
Toutes les deux semblent avoir oublié ma présence tant elles sont ravies de confronter leurs idées sur un terrain qu'elles maîtrisent bien. Marie-Paul Ross a repris les rênes de la discussion et analyse l'écrivaine en face d'elle, comme une patiente. Catherine Millet m'avouera, amusée, que c'est la première fois qu'elle se prête à une entrevue du genre.
— La sexologue: C'est difficile pour une femme de concevoir que son conjoint l'aime quand il est avec une autre. La jalousie, c'est la perte de l'amour.
— Catherine M: Je n'ai jamais pensé qu'il m'aimait moins. Ma jalousie était d'ordre purement sexuel.
— La sexologue: Ça ne se peut pas! C'est un élément trop dérangeant. Avec le cortex, vous savez, on peut dire n'importe quoi! La jalousie est une émotion active, elle peut freiner ou provoquer. Mais l'intimité du corps, dans un concept humain, implique un don à l'autre. Et c'est plus fort chez la femme. J'en rencontre, des échangistes, mais quand ils se connectent à leur sensibilité, ils se sentent mal.
— Catherine M: Moi, je me suis complue dans la jalousie et j'en ai tiré une jouissance. J'étais le voyeur. Je me suis défendue en mettant en place cette obsession. C'était une douleur exquise. La grande question, celle qui torture, reste de savoir si la personne que l'on aime jouit davantage avec quelqu'un d'autre.
— La sexologue: En tout cas, vous avez ouvert la porte aux fantasmes pour bien des gens.
— Catherine M: Je les ai autorisés à en avoir. Sans vouloir être indiscrète, vous êtes vierge?
— La sexologue: ... Oui!
— Catherine M: Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ces questions?
— La sexologue: Petite, ma pulsion était orientée vers l'aide aux gens. Et puis, j'ai connu l'émotion apostolique.
— Catherine M: Finalement, vous êtes comme moi... très paradoxale.
Paradoxale, mais juste un peu moins sorteuse...
***
Dévoré: Les Secrets du cerveau féminin de la Dre Louann Brizendine, diplômée de Yale, de Harvard et de l'Institut américain de psychiatrie et de neurologie. Vous saurez tout, tout, tout sur les hormones qui nous mènent, qui nous mènent. Un soupçon de testostérone en plus et une femme peut se transformer en bête de sexe. Le code génétique masculin et féminin serait semblable à 99 % et c'est le petit 1 % qui justifie les 300 pages de ce bouquin fort intéressant. La scientifique raconte que lorsque les circuits de l'amour fonctionnent à plein régime, c'est l'équivalent de l'ecstasy: «La méfiance habituelle vis-à-vis des étrangers est endormie et les circuits de l'amour sont activés.» D'où le besoin pour certains de constamment tomber amoureux pour réactiver l'effet euphorique, semblable à celui des narcotiques. L'état cérébral extatique durerait de six à huit mois. Et le pusher peut être exigeant.
Adoré: le Guide des jolies femmes de Paris de Pierre-Louis Colin (Robert Laffont). Bien tourné, d'un langage ciselé, ce livre d'un voyeur pourvoyeur de lieux d'errances et de fantasmes est un petit ouvrage inusité. Tous les amoureux de Paris s'y retrouveront, en rêves du moins. L'auteur explore les endroits susceptibles d'émouvoir la pupille, les rues, les modes de transport, même le vélo: «D'un côté, des efforts pénibles, une disgracieuse sudation et un inutile développement des mollets; d'un autre, des jupes qui remontent au gré des coups de pédale, une cambrure exacerbée et un permanent tressautement du décolleté: le cyclisme est une activité mêlant le tragique au sublime.» La Parisienne recherchée? De 25 et 45 ans, entre jeunesse dorée et maturité cochonne. Au sujet des voyeurs, Catherine Millet écrit: «Les voyeurs sont des jouisseurs solitaires, et les masturbateurs des voyeurs qui, aux occasions risquées qui se présenteraient dans la vie pour satisfaire leur pulsion, préfèrent le confort de leurs visions mentales.»
***
Échange de party d'Halloween entre gens du monde qui broient du noir dans les bulles blanches du cava
— Vous voyez un psy?
— Moi, c'est une psychologue, lui, un psychiatre.
— J'ai toujours pensé que le psychiatre coûtait plus cher.
— Non, c'est gratuit. Défrayé par l'État, devrais-je dire. Donc, faut être vraiment «malade». Généralement, on les réserve aux cas lourds, mais pas tout le temps. Ça dépend des disponibilités dans l'emploi du temps du psychiatre. En temps normal, tu devrais être bon pour attendre deux ans.
— Et le psychologue?
— Des fois, c'est couvert, mais le plus souvent, ce ne l'est pas. Les psychanalystes, eux, sont réputés pour te voir souvent et facturer le silence; même les séances où le patient n'est pas là.
— Ah, charmant! Et après ça, on dira que ce sont les patients qui ont besoin d'eux. Et les psychothérapeutes, ce sont des psychologues qui n'ont pas terminé leur thèse de doctorat?
— Ça dépend, encore là. Tu peux avoir une sexologue qui a complété son doctorat qui est également psychothérapeute. On peut être thérapeute en pas mal n'importe quoi. Une diététiste peut devenir psychothérapeute. C'est la partie plus floue du programme. Remarque que floué et floue, ça se ressemble. Et si t'es vraiment pauvre, tu as droit à une travailleuse sociale au CLSC, mais pas pour trop longtemps.
— Ça rend fou, toutes ces catégories. Comment on fait pour se trouver un bon psy?
— Essai-erreur-chimie. Comme en amour. Et quand c'est terminé, tu le sens.
La sexologue et psychothérapeute Marie-Paul Ross, une religieuse de Québec dont les médias se sont allègrement entichés cet automne, et l'écrivaine parisienne Catherine Millet, ont accepté de partager leurs vues sur la sexualité. Le dernier livre de Catherine Millet, Jour de souffrance, prolonge le récit lubrique qu'elle avait amorcé en 2001 avec La Vie sexuelle de Catherine M, traduit en 45 langues.
Nous avions laissé notre héroïne et sa libido fiévreuse, écartelée dans quelque partouze du 16e; nous la retrouvons sept ans plus tard, en proie à ses fantasmes, broyée par la jalousie, se livrant corps et âme à un onanisme compulsif doublé d'un masochisme psychologique ou de ce qu'elle appelle plus sobrement un «érotisme de souffrance».
En fait, le véritable sujet de ce livre, bien plus tabou que l'échangisme et la sexualité libertine, demeure le plaisir solitaire auquel se livre Catherine Millet tout du long, une façon d'expier ou d'expédier, selon les cas. Elle ne nous épargne rien: ni sa façon d'atteindre l'onde suprême en frottant les lèvres de sa vulve, ni le fait qu'elle s'excitait dans le lit de sa mère toute petite, ni la teneur de ses fantasmes qui mettent en scène son compagnon, le romancier Jacques Henric, avec qui elle partage sa vie depuis 28 ans et qui partage la sienne avec d'autres.
Le seul tabou à subsister entre eux demeure celui de cette liberté mutuellement consentie (mais jamais verbalisée!), leur terrain de jeu sexuel et tout ce qu'il engendre de tortures mentales et physiques. Chaque minute de plaisir coûte cher en anxiolytiques: «Il y a des gens qui voudraient interpréter ce livre comme si j'avais payé le prix. Mais c'est plutôt le récit de beaucoup de fantasmes colonisés par des images de Jacques avec ses amies. Je me masturbais avec ça, en me substituant mentalement à Jacques. C'était un fantasme homosexuel, au fond», me dit celle qui écrit: «Heureuses les imaginations pauvres!»
Thérapie en direct
Pour son plus grand bonheur ou malheur, Catherine Millet a deux corps et divise complètement amour et sexe. Depuis la parution de son best-seller, elle prétend que son être s'est dissocié encore davantage de son corps.
— La sexologue: C'est une protection; quand on dissocie et qu'on génitalise, on souffre moins.
— Catherine M: Généralement, les problèmes commencent quand on associe...
— La sexologue: Ça mène à des pratiques compulsives.
— Catherine M: Je ne suis pas nymphomane mais je suis plutôt disponible... Un psychanalyste m'a déjà dit que j'étais un homme!
— La sexologue: Il y a trois niveaux dans le cerveau: le cognitif, l'affectif et l'érotique. De plus en plus de femmes dissocient mais elles ne sont pas fidèles à leur structure cérébrale, qui associe sexe et amour. Et il y a des femmes dont le cerveau est plus androgynisé.
— Catherine M: Je suis freudienne et beauvoirienne; je ne vois pas ce qu'est l'essence de la femme. Je suis tombée dans la sexualité libre comme Obélix dans la potion magique.
— La sexologue: C'est problématique; une personne est faite pour s'intégrer. Les femmes apprennent l'orgasme alors que ça vient tout seul aux hommes. Par contre, les hommes doivent apprendre l'amour. L'homme a besoin de la femme pour intégrer amour et génitalité, vivre la fidélité. Ça ne fait pas partie naturellement de sa configuration cérébrale. Sur le plan spirituel, quelles sont vos expériences?
— Catherine M: Je crois que je ne suis pas croyante...
— La sexologue: On porte tous une soif de vie et d'amour éternel. Que le corps soit soumis à la finitude va à l'encontre de la soif de l'âme. Quand on n'accepte pas ça, le corps se sent obligé d'aller vers des stimulations excessives pour rejoindre la vie éternelle.
— Catherine M: Ce n'est pas le résultat d'un choix et j'ai connu la sexualité de groupe quasi immédiatement, dès 18 ans.
— La sexologue: C'est d'ailleurs ce que vivent beaucoup de jeunes présentement. Ils sont initiés à la porno vers 12-13 ans et ça se termine dans les partys de sous-sol, en groupe. Pour y arriver, ils doivent se dissocier. La proposition actuelle, c'est une sexualité dissociative selon un modèle masculin. Mais ça provoque aussi la jalousie...
Exquise douleur
Toutes les deux semblent avoir oublié ma présence tant elles sont ravies de confronter leurs idées sur un terrain qu'elles maîtrisent bien. Marie-Paul Ross a repris les rênes de la discussion et analyse l'écrivaine en face d'elle, comme une patiente. Catherine Millet m'avouera, amusée, que c'est la première fois qu'elle se prête à une entrevue du genre.
— La sexologue: C'est difficile pour une femme de concevoir que son conjoint l'aime quand il est avec une autre. La jalousie, c'est la perte de l'amour.
— Catherine M: Je n'ai jamais pensé qu'il m'aimait moins. Ma jalousie était d'ordre purement sexuel.
— La sexologue: Ça ne se peut pas! C'est un élément trop dérangeant. Avec le cortex, vous savez, on peut dire n'importe quoi! La jalousie est une émotion active, elle peut freiner ou provoquer. Mais l'intimité du corps, dans un concept humain, implique un don à l'autre. Et c'est plus fort chez la femme. J'en rencontre, des échangistes, mais quand ils se connectent à leur sensibilité, ils se sentent mal.
— Catherine M: Moi, je me suis complue dans la jalousie et j'en ai tiré une jouissance. J'étais le voyeur. Je me suis défendue en mettant en place cette obsession. C'était une douleur exquise. La grande question, celle qui torture, reste de savoir si la personne que l'on aime jouit davantage avec quelqu'un d'autre.
— La sexologue: En tout cas, vous avez ouvert la porte aux fantasmes pour bien des gens.
— Catherine M: Je les ai autorisés à en avoir. Sans vouloir être indiscrète, vous êtes vierge?
— La sexologue: ... Oui!
— Catherine M: Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ces questions?
— La sexologue: Petite, ma pulsion était orientée vers l'aide aux gens. Et puis, j'ai connu l'émotion apostolique.
— Catherine M: Finalement, vous êtes comme moi... très paradoxale.
Paradoxale, mais juste un peu moins sorteuse...
***
Dévoré: Les Secrets du cerveau féminin de la Dre Louann Brizendine, diplômée de Yale, de Harvard et de l'Institut américain de psychiatrie et de neurologie. Vous saurez tout, tout, tout sur les hormones qui nous mènent, qui nous mènent. Un soupçon de testostérone en plus et une femme peut se transformer en bête de sexe. Le code génétique masculin et féminin serait semblable à 99 % et c'est le petit 1 % qui justifie les 300 pages de ce bouquin fort intéressant. La scientifique raconte que lorsque les circuits de l'amour fonctionnent à plein régime, c'est l'équivalent de l'ecstasy: «La méfiance habituelle vis-à-vis des étrangers est endormie et les circuits de l'amour sont activés.» D'où le besoin pour certains de constamment tomber amoureux pour réactiver l'effet euphorique, semblable à celui des narcotiques. L'état cérébral extatique durerait de six à huit mois. Et le pusher peut être exigeant.
Adoré: le Guide des jolies femmes de Paris de Pierre-Louis Colin (Robert Laffont). Bien tourné, d'un langage ciselé, ce livre d'un voyeur pourvoyeur de lieux d'errances et de fantasmes est un petit ouvrage inusité. Tous les amoureux de Paris s'y retrouveront, en rêves du moins. L'auteur explore les endroits susceptibles d'émouvoir la pupille, les rues, les modes de transport, même le vélo: «D'un côté, des efforts pénibles, une disgracieuse sudation et un inutile développement des mollets; d'un autre, des jupes qui remontent au gré des coups de pédale, une cambrure exacerbée et un permanent tressautement du décolleté: le cyclisme est une activité mêlant le tragique au sublime.» La Parisienne recherchée? De 25 et 45 ans, entre jeunesse dorée et maturité cochonne. Au sujet des voyeurs, Catherine Millet écrit: «Les voyeurs sont des jouisseurs solitaires, et les masturbateurs des voyeurs qui, aux occasions risquées qui se présenteraient dans la vie pour satisfaire leur pulsion, préfèrent le confort de leurs visions mentales.»
***
Échange de party d'Halloween entre gens du monde qui broient du noir dans les bulles blanches du cava
— Vous voyez un psy?
— Moi, c'est une psychologue, lui, un psychiatre.
— J'ai toujours pensé que le psychiatre coûtait plus cher.
— Non, c'est gratuit. Défrayé par l'État, devrais-je dire. Donc, faut être vraiment «malade». Généralement, on les réserve aux cas lourds, mais pas tout le temps. Ça dépend des disponibilités dans l'emploi du temps du psychiatre. En temps normal, tu devrais être bon pour attendre deux ans.
— Et le psychologue?
— Des fois, c'est couvert, mais le plus souvent, ce ne l'est pas. Les psychanalystes, eux, sont réputés pour te voir souvent et facturer le silence; même les séances où le patient n'est pas là.
— Ah, charmant! Et après ça, on dira que ce sont les patients qui ont besoin d'eux. Et les psychothérapeutes, ce sont des psychologues qui n'ont pas terminé leur thèse de doctorat?
— Ça dépend, encore là. Tu peux avoir une sexologue qui a complété son doctorat qui est également psychothérapeute. On peut être thérapeute en pas mal n'importe quoi. Une diététiste peut devenir psychothérapeute. C'est la partie plus floue du programme. Remarque que floué et floue, ça se ressemble. Et si t'es vraiment pauvre, tu as droit à une travailleuse sociale au CLSC, mais pas pour trop longtemps.
— Ça rend fou, toutes ces catégories. Comment on fait pour se trouver un bon psy?
— Essai-erreur-chimie. Comme en amour. Et quand c'est terminé, tu le sens.
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