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Libre-Opinion - Repenser la médecine familiale

François Desbiens - Médecin, professeur adjoint au département de médecine familiale de l'Université de Montréal et chef du département régional de médecine générale de l'Abitibi-Témiscamingue  22 octobre 2008 
Je souhaite réagir à l'éditorial de Jean-Robert Sansfaçon publié le 10 octobre dernier et intitulé «Médecine familiale - choisir les bons moyens». Je souscris dans l'ensemble aux recommandations comprises dans l'énoncé de principe pour une Politique nationale sur la médecine familiale publiée récemment par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

L'éditorialiste exprime quelques réticences concernant les recommandations de ce document, plus particulièrement en ce qui concerne la recommandation «d'adjoindre une infirmière» par médecin. Si je partage avec lui quelques réticences au sujet de cette formulation un peu réductrice, il est tout aussi réducteur d'y répondre que «la pénurie existe aussi chez les infirmières».

Il s'agirait plutôt ici de développer un travail multidisciplinaire en santé de première ligne avec des médecins équipés et formés pour agir. Ils agiraient comme véritables coordonnateurs de ces équipes multidisciplinaires qui peuvent et pourront comprendre divers types de professionnels de la santé bien au-delà des seules infirmières, le but étant d'atteindre un ratio qui pourrait aller jusqu'à un pour un.

L'inversion de la pyramide de la population que nous annoncent depuis plusieurs années les démographes entraîne une pénurie de main-d'oeuvre qui constitue un véritable mur auquel nous nous heurterons sous peu. Le domaine de la santé n'y échappe pas. Le phénomène y sera sûrement amplifié parce que le vieillissement de la population y compliquera la tâche davantage que dans d'autres domaines.

En conséquence, le défi premier du système de santé au cours des prochaines années sera de surmonter cette pénurie de main-d'oeuvre. Nous ne pourrons le faire qu'en redéfinissant la façon de travailler et en créant des modèles de travail encore inédits. La médecine de première ligne et la médecine de famille n'y échapperont pas.

Malgré les résistances aux changements et les réflexes défensifs de chaque groupe concerné, il faudra revoir les façons de travailler et la façon de répartir les responsabilités pour arriver à créer des modèles de soins plus efficaces. De tels changements, bien qu'absolument nécessaires, auraient semblé impossible à réaliser il y a quelques années encore parce qu'ils auraient rencontré beaucoup trop de résistance.

Dans ce contexte, il faut voir que la pénurie de médecins de famille ne sera peut être jamais complètement comblée et que c'est en redéfinissant son mode de travail en première ligne autour de la création d'une équipe multidisciplinaire que l'on pourra assurer la prise en charge de toute la population qui mérite un suivi en médecine familiale. Cette réflexion est en cours depuis de nombreuses années, le département de médecine familiale de l'Université de Montréal ayant fait de la multidisciplinarité de son développement et de son enseignement à la résidence, le thème de son assemblée annuelle de 2006.

Voilà donc plusieurs années que l'on tente d'enseigner aux résidents en médecine familiale à devenir des acteurs au centre d'une équipe multidisciplinaire pour arriver à travers la redéfinition de ces rôles à véritablement offrir des soins et des services à toute la population.

Les groupes de médecine familiale (GMF) ont été au cours des dernières années des laboratoires d'implantation de ces nouveaux modèles de soins porteurs d'avenir et de solutions véritables. Leur développement est cependant freiné par manque de souplesse et manque de ressources.

Alors qu'on visait 300 groupes de médecine familiale pour le Québec, après cinq ans, il n'y en a toujours que 130 en opération. C'est pourquoi la recommandation qui vise à assouplir les règles de mises en place des GMF est probablement beaucoup plus importante, car il s'agit de permettre à un plus grand nombre possible de médecins de famille d'accéder à ces modes d'organisation qui permettent d'y introduire des équipes multidisciplinaires, novatrices et porteuses de solutions.

Cependant, ces GMF fonctionnent actuellement avec environ une ressource pour cinq équivalents temps plein par médecin, alors qu'il faudrait sûrement viser un ratio qui se rapproche d'une ressource par médecin de famille équivalent temps plein afin que ces équipes prennent leur plein essor et atteignent leur pleine efficacité. L'Espagne, qui semble être un modèle à bien des égards dans l'organisation des soins de première ligne, aurait réussi à s'approcher d'un tel ratio.

Nous devrions viser à ce que le médecin de famille soit un véritable coordonnateur d'une équipe multidisciplinaire (médecin de famille, infirmière, pharmacien, ergothérapeute, physiothérapeute, nutritionniste, et autres) de première ligne. Qu'il soit le véritable spécialiste en charge de la première ligne mais au coeur d'une équipe multidisciplinaire avec un ratio s'approchant d'un médecin de famille pour un autre professionnel de la santé au sein des GMF.
 
 
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