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Forcing américain à l'ONU

N/A ZZZN/A   24 février 2003 
Tokyo/Bagdad — Tandis que s'amorce une semaine cruciale qui les verra soumettre un projet de résolution à l'ONU, les États-Unis ont accru leurs pressions hier sur les membres du Conseil de sécurité des Nations unies auxquels ils vont réclamer un feu vert pour une guerre contre l'Irak.

Dans une entrevue au magazine américain Time, le chef des inspecteurs en désarmement de l'ONU, Hans Blix, tout en réitérant sa foi dans le processus d'inspections, a par ailleurs affirmé n'accorder «aucune crédibilité» à l'Irak, pendant que Bagdad continuait hier de «discuter» de la question des missiles prohibés Al-Samoud 2, dont l'ONU a ordonné la destruction.

Ce week-end, l'administration américaine n'a même plus cherché à dissimuler ses intentions pour les jours à venir. Elle va tout tenter pour rallier les membres récalcitrants du Conseil de sécurité au recours à la force. En marge du sommet avec le premier ministre espagnol Jose Maria Aznar samedi au Texas, les officiels américains ont reconnu qu'ils étaient en train de mettre sur pied une «tactique permettant d'aboutir à un large vote en notre faveur».

Depuis Tokyo, et avant d'arriver en Chine, le secrétaire d'État Colin Powell a, quant à lui, ouvertement exprimé l'espoir que le Japon «entre en contact direct» avec les indécis du Conseil pour les convaincre de se ranger derrière Washington.

Le problème de George W. Bush est d'ordre mathématique. Pour faire adopter le projet de résolution anglo-américain — qui pourrait circuler dès aujourd'hui à New York et devrait accuser Bagdad de «violation flagrante» de ses engagements —, Bush a besoin de neuf voix au Conseil de sécurité sur quinze. Il doit annihiler toute volonté de veto de la part des quatre autres membres permanents — France, Chine, Grande-Bretagne, Russie. À ce jour, les États-Unis ne comptent que trois partisans sûrs: la Grande-Bretagne, l'Espagne et la Bulgarie. La France, la Chine et la Russie sont toutes trois opposées à la guerre et sont soutenues par l'Allemagne et la Syrie. Restent les pays que l'on désigne à New York comme «le marais»: Angola, Guinée, Cameroun, Chili, Mexique et Pakistan. Ils ont pris position en faveur de la poursuite des inspections, mais ils sont néanmoins susceptibles de changer d'avis.

En tournée de quatre jours en Extrême-Orient, M. Powell a estimé que les 15 membres du Conseil auraient à se prononcer sur une résolution «peu après» la présentation d'un nouveau rapport des inspecteurs des Nations unies le 7 mars. «Le temps est venu d'agir. Les preuves sont claires. Ils sont coupables [...]. Nous sommes à un stade où les sérieuses conséquences doivent se faire jour», a déclaré Powell lors d'une conférence de presse à Tokyo.

Dans une interview qui paraît aujourd'hui dans Le Figaro, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a de son côté répété que la France se situait «résolument dans le temps des inspections». Le chef de la diplomatie française estime même que la France n'a pas à se poser la question de l'usage de son droit de veto car «une large majorité» de membres du Conseil est favorable à la poursuite des inspections. Face à l'offensive américano-britannique, la France s'apprête du reste à déposer à l'ONU un nouveau mémorandum destiné à «faciliter le travail des inspecteurs et à accélérer un désarmement effectif» en fixant un échéancier pour différents programmes, ajoute Villepin dans Le Figaro.

Dans le cadre des efforts diplomatiques américains, Powell est arrivé hier à Pékin, où il rencontrera aujourd'hui le président chinois Jiang Zemin, son successeur désigné Hu Jintao et le ministre des Affaires étrangères, Tang Jiaxuan. Sa réticence actuelle à une guerre, moins vigoureuse que l'opposition affirmée de la France et de la Russie, qui disposent aussi du droit de veto, pourrait cependant conduire Pékin à s'abstenir lors d'un vote à l'ONU.

Tests de missiles

Au Time, M. Blix a déclaré que les Irakiens «n'ont bien sûr aucune crédibilité. S'ils en avaient un peu, ils l'ont certainement perdue en 1991, et ils n'en ont pas acquis depuis».

Répondant à M. Blix qui a demandé à l'Irak de commencer à détruire d'ici le 1er mars ses missiles Al-Samoud 2, le directeur général de l'organisme de contrôle du désarmement irakien, Hossam Mohamed Amine, a déclaré que le message de M. Blix «est à l'étude». «Nous l'examinons sérieusement et nous espérons régler cette question sans intervention américaine ou britannique», a-t-il dit.

En conférence de presse, le général a ajouté que l'Irak étudiait «de manière approfondie, globale et avec sérieux» la demande de M. Blix. «La destruction de ces missiles affectera nos capacités militaires, mais [...] pas de façon totale.» Pour appuyer leur dire voulant que leurs missiles ne violent pas la portée autorisée de 150 km, les autorités irakiennes ont procédé hier, sous les yeux des inspecteurs, à un essai de moteurs d'Al-Samoud 2.

De toute façon, a indiqué le président américain George W. Bush, la destruction par Bagdad de ces missiles serait une mesure insuffisante. «Si l'Irak décidait de détruire ses armes à longue portée, ce serait juste le sommet de l'iceberg. Ma question est: pourquoi ne détruisent-ils pas toutes leurs armes illégales?», s'était demandé M. Bush samedi.

Les États-Unis ont affirmé à d'innombrables reprises qu'un feu vert onusien ne leur était pas essentiel. Hier encore, Richard Perle, influent conseiller du Pentagone, a affirmé dans un entretien publié par le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat que Washington attaquerait l'Irak même si la France usait de son veto car le président Jacques Chirac ne peut pas «définir la politique américaine».

Dans son attitude envers l'Irak, a déclaré hier le président Saddam Hussein, Bush ne se comporte pas en homme véritable et manque singulièrement d'esprit de chevalerie. «L'Irakien n'est pas un homme facile lorsqu'il est en colère. Les Irakiens sont furieux de l'attitude de leur ennemi, qui ne se comporte même pas comme un homme digne de ce nom et auquel il manque les qualités d'un chevalier.»






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