Les CLSC ouverts sept jours sur sept
Création de 10 000 emplois pour les soins de première ligne
Isabelle Paré
22 février 2003
Le gouvernement Landry injectera 556 millions de plus dès l'an prochain pour revamper les services à domicile, ouvrir tous les CLSC sept jours sur sept et assurer à deux millions de Québécois l'accès à un groupe de médecine de famille (GMF).
C'est à ce tour de force que se sont engagés hier le premier ministre Bernard Landry et les ministres de la Santé, François Legault et Roger Bertrand, afin de remettre sur ses rails un réseau qui en a plus que besoin.
Première retombée des millions consentis dans la foulée de l'entente fédérale-provinciale, cette injection massive de quelque 550 millions sera administrée aux services de première ligne, en grande partie dispensés par les CLSC. Cet ajout de services mettra toutefois les CLSC devant la tâche titanesque de recruter les 8000 à 10 000 employés requis pour donner ces services à la population.
Pour la première fois depuis des années, cet afflux d'argent dans le système de santé n'ira donc pas aux hôpitaux mais aux CLSC, qui ont le mandat de bonifier «très rapidement» l'offre de services de santé de proximité offerts aux Québécois, a insisté le ministre Legault.
«Nous sommes en train de rééquilibrer les priorités. Ça fait des années qu'on dit au Québec qu'il faut renverser la pyramide. La tentation [était] toujours d'injecter de l'argent là où sont les symptômes [à l'hôpital]. J'ai demandé au réseau qu'on commence à voir des résultats au cours des prochaines semaines», a insisté hier M. Legault.
Le premier ministre Landry estime qu'avec ces investissements et son plan d'attaque, son ministre de la Santé dispose désormais d'une «Formule 1» pour s'attaquer aux problèmes de fond du système. «Maintenant on a du carburant dans le bolide. Pas autant qu'on le voudrait, mais assez pour faire un bout de chemin», a dit Bernard Landry.
Fort de ces sommes, le ministre Legault s'est engagé à ce que l'accès à la première ligne soit accéléré, et ce, dès l'été prochain, grâce à l'ouverture sept jours sur sept de la totalité des 147 CLSC du Québec et à la participation de 1000 médecins à 100 nouveaux groupes de médecine de famille. Cela «va permettre à près de deux millions de Québécois d'avoir accès à des conseils professionnels de santé 24 heures par jour, sept jours semaine», a-t-il déclaré.
Pour les CLSC, le défi est de taille. À l'heure actuelle, seulement 45 % des 147 CLSC du Québec sont ouverts tous les jours de la semaine. En fait, la majorité ne sont accessibles que quatre ou cinq jours par semaine, pour une moyenne de 52 heures.
250 millions aux CLSC
Mais les CLSC hériteront de la part du lion de la nouvelle manne. Dès cette année, ils jouiront de 250 millions additionnels, soit une hausse de 20 % de leur budget de 1,2 milliard. De ce montant, 120 millions iront aux soins à domicile et à la mise en oeuvre de la toute première politique gouvernementale sur le soutien à domicile, dévoilée hier.
Concrètement, cela se traduira par une hausse de 23 % des budgets de 600 millions affectés en 2001 aux soins à domicile. Québec estime que ces sommes desserviront 23 000 Québécois de plus, dont au moins 12 000 personnes âgées. Quelque 10 millions sont aussi destinés à des services de répit pour 6400 familles qui soutiennent leurs proches malades.
Les personnes âgées vivant en centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) profiteront aussi de ces annonces puisque Québec investira 156 millions pour ajouter 362 places et requinquer certains CHSLD. En sus, 40 millions seront injectés pour rehausser les services donnés aux personnes déjà hébergées.
L'argent venu d'Ottawa se répercutera aussi dès l'an prochain sur les services aux clientèles vulnérables, puisque le ministre délégué à la Santé, Roger Bertrand, a annoncé un nouvel apport de 130 millions à divers programmes sociaux, dont 28 millions pour les jeunes en difficulté, 25 millions pour rejoindre 10 000 personnes atteintes de troubles mentaux graves et 1800 affectées par des déficiences intellectuelles ou physiques. Le budget destiné aux personnes autistes et souffrant de troubles envahissant du comportement bondira quant à lui de 2 à 14 millions et desservira notamment 500 enfants et leurs familles.
Un pari important
Le premier ministre Bernard Landry et les ministres Legault et Bertrand font le pari que ces investissements hors des hôpitaux auront rapidement des effets sur l'engorgement des urgences et, par ricochet, sur la pression extrême que vivent les hôpitaux.
«J'ai des attentes très élevées de voir les urgences se désengorger au cours des prochaines semaines», a assuré le ministre Legault, précisant que la signature de contrats de performance servira à garantir que ces sommes se traduisent par des services directs à la population.
Interrogé sur la capacité des CLSC à embaucher près de 10 000 personnes alors que le réseau fait déjà face à une grave pénurie de personnel, le ministre Legault reconnaît que ce sera «tout un défi». «Ce sera une occasion pour les infirmières d'avoir accès à des emplois à temps complet. Si on prend les services à domicile, plusieurs personnes en donnent qui ne sont pas des infirmières ou des médecins», a soutenu le ministre.
Du courage
Ces millions ont été accueillis comme une bouffée d'air frais par le réseau des CLSC. Saluant «le courage» du ministre Legault, les représentants des CLSC conviennent de l'ampleur de la tâche qui les attend mais s'engagent à tout mettre en oeuvre pour que cet argent se traduise par de meilleurs services. «Je crois que les sommes sont suffisantes pour y arriver, mais ça ne se fera pas immédiatement. Il va falloir embaucher les personnes pour donner ces soins à domicile et ce sera un défi», a soutenu hier Jacques Lemire, président de l'Association des CLSC et CHSLD.
Pour la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) et la FTQ, ces annonces constituent un «choix judicieux» qui se traduira par la création de nombreux postes à temps plein en CLSC et offrira un répit aux travailleurs. «Cela ouvre beaucoup de possibilités pour les infirmières, mais il faudra faire très attention pour ne pas vider les hôpitaux, déjà en manque, pour rehausser le personnel en CLSC», met en garde Lina Bonamie, vice-présidente de la FIIQ.
La même crainte est formulée par l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ), qui presse Québec de voir à ce que cet ajout de sang neuf en CLSC ne se fasse pas à leurs dépens. «Il va falloir éviter de se "cannibaliser". Nous sommes d'accord avec ces investissements en première ligne qui nous permettront de nous concentrer sur les soins de courte durée, mais il faudra que nos actions soient bien coordonnées», a soutenu Daniel Adam, directeur de l'AHQ.
À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, on voit d'un bon oeil le plan de match du ministre Legault, même si la création de 100 GMF d'ici l'été est jugée fort «ambitieuse». «C'est sûr que c'est ambitieux, mais non utopique. Beaucoup de médecins se disent intéressés et sept GMF ont déjà adhéré à la nouvelle entente que nous venons de conclure avec Québec», a soutenu hier le Dr Jean Rodrigue, porte-parole de la FMOQ.
Claude Vanasse, de la Fédération des centres de réadaptation en déficiences physique et intellectuelle, s'est félicité de voir autant d'argent atterrir pour augmenter les services aux bénéficiaires mais estime que l'embauche de 200 à 300 personnes constituera la «principale difficulté».
L'Association des centres jeunesse du Québec, dont les budgets seront peu affectés par ces annonces, juge que l'aide aux familles en difficulté allégera la pression sur ses propres services de protection de la jeunesse. «C'est sûr que la prévention et le suivi vont nous aider à réduire les listes d'attente pour nos propres services. Cela pourrait aussi nous aider à réduire le nombre de dossiers par intervenants», a fait valoir le directeur général de l'ACJQ, Pierre Lamarche.
Pour la CSN, il ne s'agit que d'un premier pas dans l'atteinte des 842 millions jugés nécessaires pour améliorer la première ligne par le plan «Faire les bons choix» du ministre Legault, dévoilé en novembre. «L'écart entre les services et les fonds consentis reste grand. Si les sommes allouées sont non négligeables, elles ne réussiront pas à résoudre tous les problèmes. La remise à niveau du réseau de la santé requiert plus que ce qui a été annoncé aujourd'hui», a plaidé hier Louis Roy, vice-président de la CSN.
***
Les annnonces en santé
400 millions dans les services
- 10 000 emplois créés
Soutien à domicile
- 130 millions et 23 000 usagers de plus qui seront desservis
- 10 millions pour les aidants naturels
Services aux personnes âgées ou vulnérables
130 millions, dont:
- 28 millions aux jeunes
en difficulté
- 25 millions en santé mentale
- 14 millions pour les enfants
autistes
CLSC sept jours et Info Santé
- 50 millions pour ouvrir les CLSC 24 heures sur 24, sept jours sur sept
Centres d'hébergement (CHSLD)
- 40 millions et embauche de 625 personnes
156 millions pour l'ajout de 362 places
Groupes de médecine de famille (GMF)
- 50 millions pour 100 GMF en 2003-04
C'est à ce tour de force que se sont engagés hier le premier ministre Bernard Landry et les ministres de la Santé, François Legault et Roger Bertrand, afin de remettre sur ses rails un réseau qui en a plus que besoin.
Première retombée des millions consentis dans la foulée de l'entente fédérale-provinciale, cette injection massive de quelque 550 millions sera administrée aux services de première ligne, en grande partie dispensés par les CLSC. Cet ajout de services mettra toutefois les CLSC devant la tâche titanesque de recruter les 8000 à 10 000 employés requis pour donner ces services à la population.
Pour la première fois depuis des années, cet afflux d'argent dans le système de santé n'ira donc pas aux hôpitaux mais aux CLSC, qui ont le mandat de bonifier «très rapidement» l'offre de services de santé de proximité offerts aux Québécois, a insisté le ministre Legault.
«Nous sommes en train de rééquilibrer les priorités. Ça fait des années qu'on dit au Québec qu'il faut renverser la pyramide. La tentation [était] toujours d'injecter de l'argent là où sont les symptômes [à l'hôpital]. J'ai demandé au réseau qu'on commence à voir des résultats au cours des prochaines semaines», a insisté hier M. Legault.
Le premier ministre Landry estime qu'avec ces investissements et son plan d'attaque, son ministre de la Santé dispose désormais d'une «Formule 1» pour s'attaquer aux problèmes de fond du système. «Maintenant on a du carburant dans le bolide. Pas autant qu'on le voudrait, mais assez pour faire un bout de chemin», a dit Bernard Landry.
Fort de ces sommes, le ministre Legault s'est engagé à ce que l'accès à la première ligne soit accéléré, et ce, dès l'été prochain, grâce à l'ouverture sept jours sur sept de la totalité des 147 CLSC du Québec et à la participation de 1000 médecins à 100 nouveaux groupes de médecine de famille. Cela «va permettre à près de deux millions de Québécois d'avoir accès à des conseils professionnels de santé 24 heures par jour, sept jours semaine», a-t-il déclaré.
Pour les CLSC, le défi est de taille. À l'heure actuelle, seulement 45 % des 147 CLSC du Québec sont ouverts tous les jours de la semaine. En fait, la majorité ne sont accessibles que quatre ou cinq jours par semaine, pour une moyenne de 52 heures.
250 millions aux CLSC
Mais les CLSC hériteront de la part du lion de la nouvelle manne. Dès cette année, ils jouiront de 250 millions additionnels, soit une hausse de 20 % de leur budget de 1,2 milliard. De ce montant, 120 millions iront aux soins à domicile et à la mise en oeuvre de la toute première politique gouvernementale sur le soutien à domicile, dévoilée hier.
Concrètement, cela se traduira par une hausse de 23 % des budgets de 600 millions affectés en 2001 aux soins à domicile. Québec estime que ces sommes desserviront 23 000 Québécois de plus, dont au moins 12 000 personnes âgées. Quelque 10 millions sont aussi destinés à des services de répit pour 6400 familles qui soutiennent leurs proches malades.
Les personnes âgées vivant en centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) profiteront aussi de ces annonces puisque Québec investira 156 millions pour ajouter 362 places et requinquer certains CHSLD. En sus, 40 millions seront injectés pour rehausser les services donnés aux personnes déjà hébergées.
L'argent venu d'Ottawa se répercutera aussi dès l'an prochain sur les services aux clientèles vulnérables, puisque le ministre délégué à la Santé, Roger Bertrand, a annoncé un nouvel apport de 130 millions à divers programmes sociaux, dont 28 millions pour les jeunes en difficulté, 25 millions pour rejoindre 10 000 personnes atteintes de troubles mentaux graves et 1800 affectées par des déficiences intellectuelles ou physiques. Le budget destiné aux personnes autistes et souffrant de troubles envahissant du comportement bondira quant à lui de 2 à 14 millions et desservira notamment 500 enfants et leurs familles.
Un pari important
Le premier ministre Bernard Landry et les ministres Legault et Bertrand font le pari que ces investissements hors des hôpitaux auront rapidement des effets sur l'engorgement des urgences et, par ricochet, sur la pression extrême que vivent les hôpitaux.
«J'ai des attentes très élevées de voir les urgences se désengorger au cours des prochaines semaines», a assuré le ministre Legault, précisant que la signature de contrats de performance servira à garantir que ces sommes se traduisent par des services directs à la population.
Interrogé sur la capacité des CLSC à embaucher près de 10 000 personnes alors que le réseau fait déjà face à une grave pénurie de personnel, le ministre Legault reconnaît que ce sera «tout un défi». «Ce sera une occasion pour les infirmières d'avoir accès à des emplois à temps complet. Si on prend les services à domicile, plusieurs personnes en donnent qui ne sont pas des infirmières ou des médecins», a soutenu le ministre.
Du courage
Ces millions ont été accueillis comme une bouffée d'air frais par le réseau des CLSC. Saluant «le courage» du ministre Legault, les représentants des CLSC conviennent de l'ampleur de la tâche qui les attend mais s'engagent à tout mettre en oeuvre pour que cet argent se traduise par de meilleurs services. «Je crois que les sommes sont suffisantes pour y arriver, mais ça ne se fera pas immédiatement. Il va falloir embaucher les personnes pour donner ces soins à domicile et ce sera un défi», a soutenu hier Jacques Lemire, président de l'Association des CLSC et CHSLD.
Pour la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) et la FTQ, ces annonces constituent un «choix judicieux» qui se traduira par la création de nombreux postes à temps plein en CLSC et offrira un répit aux travailleurs. «Cela ouvre beaucoup de possibilités pour les infirmières, mais il faudra faire très attention pour ne pas vider les hôpitaux, déjà en manque, pour rehausser le personnel en CLSC», met en garde Lina Bonamie, vice-présidente de la FIIQ.
La même crainte est formulée par l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ), qui presse Québec de voir à ce que cet ajout de sang neuf en CLSC ne se fasse pas à leurs dépens. «Il va falloir éviter de se "cannibaliser". Nous sommes d'accord avec ces investissements en première ligne qui nous permettront de nous concentrer sur les soins de courte durée, mais il faudra que nos actions soient bien coordonnées», a soutenu Daniel Adam, directeur de l'AHQ.
À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, on voit d'un bon oeil le plan de match du ministre Legault, même si la création de 100 GMF d'ici l'été est jugée fort «ambitieuse». «C'est sûr que c'est ambitieux, mais non utopique. Beaucoup de médecins se disent intéressés et sept GMF ont déjà adhéré à la nouvelle entente que nous venons de conclure avec Québec», a soutenu hier le Dr Jean Rodrigue, porte-parole de la FMOQ.
Claude Vanasse, de la Fédération des centres de réadaptation en déficiences physique et intellectuelle, s'est félicité de voir autant d'argent atterrir pour augmenter les services aux bénéficiaires mais estime que l'embauche de 200 à 300 personnes constituera la «principale difficulté».
L'Association des centres jeunesse du Québec, dont les budgets seront peu affectés par ces annonces, juge que l'aide aux familles en difficulté allégera la pression sur ses propres services de protection de la jeunesse. «C'est sûr que la prévention et le suivi vont nous aider à réduire les listes d'attente pour nos propres services. Cela pourrait aussi nous aider à réduire le nombre de dossiers par intervenants», a fait valoir le directeur général de l'ACJQ, Pierre Lamarche.
Pour la CSN, il ne s'agit que d'un premier pas dans l'atteinte des 842 millions jugés nécessaires pour améliorer la première ligne par le plan «Faire les bons choix» du ministre Legault, dévoilé en novembre. «L'écart entre les services et les fonds consentis reste grand. Si les sommes allouées sont non négligeables, elles ne réussiront pas à résoudre tous les problèmes. La remise à niveau du réseau de la santé requiert plus que ce qui a été annoncé aujourd'hui», a plaidé hier Louis Roy, vice-président de la CSN.
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Les annnonces en santé
400 millions dans les services
- 10 000 emplois créés
Soutien à domicile
- 130 millions et 23 000 usagers de plus qui seront desservis
- 10 millions pour les aidants naturels
Services aux personnes âgées ou vulnérables
130 millions, dont:
- 28 millions aux jeunes
en difficulté
- 25 millions en santé mentale
- 14 millions pour les enfants
autistes
CLSC sept jours et Info Santé
- 50 millions pour ouvrir les CLSC 24 heures sur 24, sept jours sur sept
Centres d'hébergement (CHSLD)
- 40 millions et embauche de 625 personnes
156 millions pour l'ajout de 362 places
Groupes de médecine de famille (GMF)
- 50 millions pour 100 GMF en 2003-04
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